Mariage à trois (Le)
Réalisé par Jacques Doillon (2010)
| Durée | 108 minutes |
| Sortie | 21/04/2010 |
| Note | 5/10 |
Le metteur en scène de théâtre Auguste reçoit les comédiens de sa prochaine pièce dans sa maison de campagne. Alors qu'il a déjà travaillé à plusieurs reprises avec son ex-femme Harriet, qui lui paraît d'ailleurs trop âgée pour interpréter le rôle de l'ingénue, Auguste n'avait pas encore fait la connaissance de sa nouvelle vedette Théo, un jeune déniché par son producteur Stéphane. Toujours attaché à Harriet, le réalisateur apprend avec dépit que cette dernière s'apprête à épouser Théo à la fin de l'été. Il fait alors tout pour les séparer et réaffirmer ses droits et ses désirs par rapport à l'actrice, tout en tombant sous le charme de Fanny, l'étudiante en droit discrète qui lui sert d'assistante pendant la douloureuse phase de correction finale de la pièce.
La critique
Par Tootpadu 01/04/2010
Dans un univers aussi renfermé, voire nombriliste, les plans de la caméra de Jacques Doillon suggèrent une ouverture curieuse sur le monde. Tandis que le champ de l'écran opère dans la plupart des films comme un condensé exclusif, à l'intérieur duquel l'action se concentre selon les règles établies de la narration et de l'esthétique cinématographiques, dans le cas présent, ce que l'on voit ne paraît être qu'une sélection arbitraire d'un canevas plus vaste, qui se prolongerait hors-champ. L'interprétation de ce dispositif comme une lucarne d'observation, à travers laquelle le spectateur suivrait les personnages, nous paraît juste, vu le prisme qui se ferme à la toute fin du film. Sauf que l'intrigue du Mariage à trois est construite pour faire en sorte qu'il n'y a pratiquement rien d'intéressant qui se passerait hors de notre vue.
Et même le spectacle de marivaudage, qui se déroule mollement sous nos yeux, est bien trop vague et indécis pour nous passionner. La confusion des genres à laquelle s'adonnent les personnages est si tortueuse, artificielle, et en même temps inoffensive, que les multiples revirements des coeurs et des alliances au fil de l'histoire nous ennuient plus qu'ils ne nous intriguent. Le délire narcissique d'un réalisateur vieillissant, dont la sensibilité est à fleur de peau au moment crucial de la création, pourrait avoir quelques traits en commun avec l'état d'esprit actuel de Jacques Doillon lui-même. Espérons alors que ce dernier est encore capable d'une véritable oeuvre de maturité. Car ce film-ci ne l'est certainement pas, avec ses lubies de vieillard gâteux pour déshabiller les comédiennes plus (Agathe Bonitzer) ou moins jeunes (Julie Depardieu), et un ton tellement étrange et sophistiqué que le propos du film demeure fâcheusement dans l'abstrait.
Vu le 31 mars 2010, au Club de l'Etoile