Imogene
Réalisé par Shari Springer Berman, Robert Pulcini (2013)
| Durée | 103 minutes |
| Sortie | 07/08/2013 |
| Note | 6/10 |
Imogene Duncan est une citadine d’adoption, comblée par toutes les propositions qui s’offrent à elle à New York. Elle n’a certes jamais concrétisé son ambition de devenir un célèbre auteur de pièces de théâtre, mais elle profite néanmoins de la vie culturelle et sociale de la ville, aux côtés de son ami Peter qu’elle compte épouser prochainement. Imogene tombe des nues quand elle se fait larguer sans préavis. Après avoir de surcroît perdu son emploi de rédactrice de notules théâtrales pour un magazine, elle simule une tentative de suicide, dans l’espoir de reconquérir Peter. Hélas, c’est sa mère Zelda qui rapplique, une joueuse compulsive qui ramène sa fille contre son gré dans sa maison natale à Ocean City, dans le New Jersey.
La critique
Par Tootpadu 05/08/2013
La carte culturelle des Etats-Unis se laisse découper essentiellement en deux zones bien distinctes : les deux côtes où un état d’esprit à peu près éveillé prospère parmi l’ingéniosité américaine en termes de technologie et de divertissement, et le cœur du continent avec ses exploitations agricoles gigantesques, ses derricks, et sa piété chrétienne qui frôle l’intégrisme. Le quatrième film du tandem de réalisateurs Shari Springer Berman et Robert Pulcini ne s’emploie guère à exacerber cette disparité de style et de philosophie de vie. Il prend cependant un malin plaisir à jouer des différences entre l’hypocrisie engoncée de la haute société de New York et la banalité de la province balnéaire, et cela d’autant plus que le personnage principal aspire avec une ambition démesurée à la première, tout en voulant oublier à tout prix les séquelles ringardes de la deuxième. Toutes proportions gardées, son parcours s’apparente à celui de l’auteur du bouquin excellent que nous venons de terminer, « Retour à Reims » de Didier Eribon, ou la réconciliation difficile d’un intellectuel gay de gauche avec son milieu ouvrier d’origine.
Le ton assez léger d’Imogene fait toutefois que ce retour forcé aux sources ne quitte jamais entièrement le terrain anodin de la farce. Ce qui aurait pu être un règlement de compte impitoyable avec l’hystérie inhérente au rêve américain, qui s’obstine à vouloir faire croire aux petites filles et garçons mal dans leur peau qu’il suffit de croire en ses ambitions les plus folles pour les réaliser un jour, devient au gré des humiliations de Imogene un fourre-tout des obsessions et thèmes à la mode, sans distinction ni ligne directive clairement établie. En parallèle de la transformation presque naturelle de la conformiste névrosée en cougar sans scrupules, le scénario accumule ainsi les poncifs, de la trentenaire paumée à la paranoïa omniprésente au plus tard depuis l’ère Bush fils, globalement bien intégrés à l’exception notable d’un sursaut artificiel d’action vers la fin.
Or, le projet entier du film se voit moins mis en question par cette intrusion du cabotinage policier digne des comédies des années 1980, que par le retour du motif du regard désarmant face à la glace. Au tout début d’un film autrement sans signes formels distinctifs, la caméra adopte en effet le point de vue subjectif de Imogene jusqu’à ce qu’elle se retrouve confronté à son propre reflet, prêt à se montrer dans le cercle des mondanités auquel elle croit être parfaitement intégré. A la fin de l’histoire joyeusement rocambolesque, la mise en scène ne prend heureusement pas la peine de nous refaire ce même coup d’identificaton poussive. Néanmoins, le personnage principal se retrouve une fois de plus face à elle-même, au moment de sa consécration, cette fois-ci gagnée au prix d’une réconciliation tumultueuse avec la face cachée de sa biographie. La visée du récit n’est en fin de compte pas assez iconoclaste pour faire de cet instant de vérité plus qu’un point d’interrogation, à l’extrémité d’un film plaisant, mais trop docile pour atteindre les hauteurs jubilatoires de la satire cinglante.
Vu le 18 juillet 2013, à la Salle Pathé Lincoln, en VO