Temps de la kermesse est terminé (Le)

Réalisé par Frédéric Chignac (2010)

Drame
Temps de la kermesse est terminé (Le)
Durée 99 minutes
Sortie 17/03/2010
Note 5/10

L'ingénieur français Alex a échoué dans un petit village africain, perdu au milieu de nulle part. Depuis deux jours déjà, il essaye de faire redémarrer sa vieille Mercedes, tombée en panne, en payant les hommes du village pour la pousser chaque matin jusqu'en bas de la pente sur laquelle se dressent les quelques cases misérables du village. Aucune voiture ne passe pour le secourir et le commandant de la caserne voisine ne souhaite pas prendre le risque de voir cet homme blanc partir tout seul sur la route à la réputation dangereuse. Il ne reste alors plus à Alex que d'attendre, en sirotant les bières fraîches du bar de Dogni et en séduisant la belle Martina, sa cousine.

La critique

Par Tootpadu 18/02/2010

Même si l'action de ce premier film problématique n'est pas clairement datée, il devient vite apparent qu'elle se déroule à peu près à l'époque contemporaine, et en tout cas après l'indépendance des pays africains. Il est alors d'autant plus étonnant, voire frustrant, que l'intrigue s'évertue à perpétuer une certaine philosophie colonialiste, qui se base sur la suprématie de l'homme blanc et le rôle inférieur que la population africaine doit jouer pour satisfaire ses moindres désirs. L'arme pour obtenir une soumission aveugle n'est certes plus le fouet, mais l'argent. Le traitement des villageois n'en est pas pour autant moins dégradant qu'au moment de l'exploitation coloniale. Auparavant, ils se faisaient maltraiter contre leur gré, par un envahisseur convaincu de la qualité supérieure de sa culture, sa civilisation, sa religion et sa langue. Dorénavant, ils manquent de tout et se mettent par conséquent, et d'une manière fort perverse, par leur propre volonté au service de leurs maîtres d'antan. S'il faut croire l'hypothèse tordue de ce film, au titre qui ne l'est pas moins, la population africaine traverse toutes ces épreuves et ces humiliations rien que pour pouvoir goûter à l'aisance matérielle qu'on lui promet, comme de la poudre aux yeux, en Europe.
Pas assez de la morale douteuse et vainement provocante du Temps de la kermesse est terminé, l'antipathie profonde que nous inspire son protagoniste ne nous rend ce film certainement pas plus attrayant. Abonné depuis toujours aux rôles de salauds, Stéphane Guillon excelle une fois de plus dans l'interprétation peu fine d'une crapule parfaite. Rien ne préoccupe Alex plus que la possibilité de partir du trou paumé dans lequel il végète pendant une semaine, à l'exception de l'assouvissement de ses instincts les plus bas. Son étroitesse d'esprit s'exprime à travers un égoïsme sans bornes, bien sûr le plus flagrant lors de son acte final, et une conception archaïque de l'Afrique et de ses habitants. Son comportement est si caricatural que l'on pourrait considérer sans peine ce personnage comme un condensé symbolique de tout ce qui cloche dans les rapports entre l'Afrique et les anciennes puissances coloniales. Encore faudrait-il savoir à quoi est censé servir un tel portrait exacerbé et déplaisant, qui ne s'emploie en fin de compte qu'à remuer la merde du passé.
En effet, il ne devient jamais tout à fait clair quel but le réalisateur Frédéric Chignac, pourtant apparemment un connaisseur avisé du continent africain, poursuit avec son film. Peut-être sommes-nous trop naïfs de vouloir croire que les mentalités puissent évoluer et que la finalité principale du cinéma ne soit pas de se complaire dans la description des aspects abjects de la nature humaine ? Toujours est-il que le bagage idéologique que ce film porte presque fièrement - afin de créer la controverse, qui sait ? - opère d'une manière au moins aussi constructive et subtile que ne le ferait un film sur les bienfaits du nazisme, par exemple. En somme, le réalisateur joue avec le feu et nous ne sommes guère disposés à le voir se brûler ses doigts de cinéaste débutant, à cause d'un sujet dont les enjeux moraux devraient être clarifiés depuis des lustres.
Ce qui est plutôt dommage, puisque d'un point de vue filmique, il n'y a rien de substantiel à critiquer dans la mise en scène de Frédéric Chignac. L'immersion dans l'immobilité qui pèse sur le village est assez saisissante. Au moins, Eriq Ebouaney, décidément très présent sur nos écrans cet hiver, après Disgrace et La Horde, arrive à tirer son épingle du jeu, grâce au rôle ambigu du commandant de la caserne. La même chose ne peut malheureusement pas être dite du retour aux sources d'Aïssa Maïga, une fois de plus particulièrement mal à l'aise avec son personnage soumis, dans lequel tout le malheur de l'Afrique est probablement censé se refléter.

Vu le 18 février 2010, au Club Marbeuf

★★★★★☆☆☆☆☆ 5/10

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