Autre Dumas (L')

Réalisé par Safy Nebbou (2010)

Drame
Autre Dumas (L')
Durée 105 minutes
Sortie 10/02/2010
Note 6/10

L'ancien professeur d'Histoire Auguste Maquet est depuis de nombreuses années le collaborateur fidèle de l'immense écrivain Alexandre Dumas. C'est lui qui effectue le plus de travail sur les célèbres romans signés de la main de Dumas, et c'est aussi lui qui donne de l'inspiration au génie démesuré de l'auteur. Lors d'un voyage à Trouville en 1848, Maquet succombe à la tentation de se faire passer pour son maître, suite à un malentendu. Il prend la défense du père emprisonné de la belle Charlotte Desrives, une jeune anarchiste qui est convaincue que celui qu'elle prend pour Alexandre Dumas l'aidera à mener la révolution contre le roi.

Les critiques

Par Mulder 07/03/2010

L’Autre Dumas correspond à l’archétype du film français selon la perception des spectateurs européens et américains, soit un film porté par quatre excellents comédiens, reposant sur une mise en scène très théâtrale et un scénario ayant guère de rebondissements.

Inspiré de la vie de l'un des plus grands écrivains du XIX siècle, ce film a pour finalité de montrer les rapports qu’entretenait Alexandre Dumas avec son nègre. Le duo Benoît Poelvoorde – Gérard Depardieu est très convaincant et nous permet d'assister à d'excellentes joutes verbales. La liaison avec la ravissante Charlotte Desrives (Mélanie Thierry) opposera ces deux écrivains talentueux. Ce qui fait la force littéraire des œuvres d'Alexandre Dumas vient de l'opposition de ces deux personnes. Lorsque chacun d'eux décide de travailler séparément, cela se traduit par un manque d'inspiration pour l'un et par un amoindrissement du style littéraire pour l'autre. Ce film guère passionnant retient uniquement mon intérêt par son casting, faute à des décors minimalistes et un manque de soin apporté à la réalisation. On rappellera ainsi que réaliser un film ne signifie pas uniquement de poser sa caméra à un endroit fixe et filmer les acteurs jouant leur rôle. Un film ne sera jamais du théâtre filmé, celui-ci doit reposer sur un sentiment d'immensité géographique, un découpage précis, permettant de rythmer au mieux l'action.

Lorsque Stephen Frears réalisa Les Liaisons dangereuses, cela donne un film virevoltant, rythmé comme une ballade et surtout reposant sur un crescendo croissant. Ce film est très loin d'avoir l'opacité d'un tel classique. D'un portrait d’Alexandre Dumas, on aurait pu s'attendre à une dramatique donnant envie de voyager. Le résultat est peu probant.

Gérard Depardieu se révèle de nouveau dans ce film comme l'un des plus grands comédiens français. Son jeu plein d'éclat est en parfaite osmose avec celui de Benoît Poelvoorde tout en retrait. Les deux actrices principales ne servent ici qu’en tant que simples accessoires pour mettre en avant la liaison entre Auguste Maquet et Alexandre Dumas.

Ce film mérite certes d'être vu, mais une sortie en salle ne s'imposait guère. Ce programme serait parfait pour irradier une soirée sur arte, mais en aucun cas payer une place dix euros plein tarif.

Vu le 13 février 2010, au Gaumont Disney Village, Salle 8

★★★★★☆☆☆☆☆ 5/10

Par Tootpadu 18/02/2010

"L'humour est la politesse du désespoir."

Cette citation placée en exergue, dont l'origine est impossible à tracer et qui figure dans le troisième film de Safy Nebbou, est symptomatique de la mentalité d'Auguste Maquet, tel que le voit le scénario de L'Autre Dumas. Comme tous les hommes sans verve qui évoluent à l'ombre d'un génie, le scribe d'Alexandre Dumas nourrit un nombre croissant de frustrations et de rancoeurs à l'égard de l'artiste qui engrange tous les bénéfices - célébrité, fortune, et plaisirs luxueux - de leur travail commun. A l'image d'Amadeus de Milos Forman, mais dans un registre plus confidentiel, ce film suit la lente décadence de cet écrivain manqué, autrefois un assistant fiable et terne et désormais un bourreau des coeurs fourbe et tragique.
Le motif du double et de l'identité usurpée, déjà cher au réalisateur dans L'Empreinte de l'ange, se conjugue ici de façons multiples. La situation de départ, où Dumas jouit pleinement de sa notoriété tandis que personne n'est capable de retenir ne serait-ce que le nom du pauvre Maquet, est reflétée par la suite dans l'imbroglio autour de l'action humanitaire afin de libérer le docteur Desrives agonisant. La ronde des quiproquos se poursuit de plus belle, au point de trahir un peu trop l'origine théâtrale de l'intrigue, avec les implications sentimentales de l'imposture de l'assistant servilement effacé. Peu importe cependant les sursauts téméraires d'Auguste Maquet, son manque de talent, attesté avec le plus de prévénance possible par son épouse, l'oblige à rester au service du bon vivant Dumas.
La mise en scène de Safy Nebbou s'acquitte assez bien des bifurcations incessantes de cette histoire plaisante sur la rivalité entre le génie excentrique et le tâcheron consciencieux. Le ton change en effet régulièrement, passant de la farce à la tragédie et inversement, sans que ces variations ne dévient le regard du réalisateur de l'essentiel : l'existence ingrate d'un homme moyen qui se met à rêver d'une reconnaissance artistique et d'un épanouissement sentimental auxquels il n'a nullement le droit de prétendre. Même si les interprétations des deux têtes d'affiche, Gérard Depardieu et Benoît Poelvoorde, sont tout à fait convenables, c'est surtout Dominique Blanc qui amuse dans le rôle savoureux de la maîtresse de Dumas, qui fait preuve d'au moins autant de complaisance qu'Auguste Maquet.

Vu le 17 février 2010, à l'UGC Ciné Cité Bercy, Salle 16

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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