Sans queue ni tête

Réalisé par Jeanne Labrune (2010)

Drame
Sans queue ni tête
Durée 96 minutes
Sortie 29/09/2010
Note 5/10

Alice, la pute, et Xavier, le psychiatre, ont tous les deux marre de la vie. La première ne supporte plus les coups tordus qu’elle doit accomplir pour satisfaire sa clientèle complexée. Et le deuxième se sent vidé de toutes ses forces, incapable d’écouter réellement les cas sociaux qui le consultent et de faire durer son couple avec sa collègue Hélène. Pour changer la donne et se libérer de leurs inhibitions sociales ou sexuelles, ils décident chacun de chercher le conseil d’un membre de la profession adverse.

La critique

Par Tootpadu 22/09/2010

Pour un film qui parle de putes, Sans queue ni tête est assez peu vulgaire. L’essentiel de l’activité sexuelle se passe en effet hors champ. Et Alice a adopté un mode opératoire pour rencontrer ses clients qui lui évite de faire le tapin. L’incursion dans le domaine de la psychanalyse ne débouche pas non plus sur des observations intellectuellement exigeantes, qui définiraient les personnages et leurs petits tracas selon une grille psychologique établie d’avance. Du coup, la question se pose de savoir où la réalisatrice Jeanne Labrune veut en venir avec son huitième film. Parfois, ce dernier nous donne l’impression qu’elle ne sait pas non plus exactement la raison d’être de cette histoire curieuse, mais guère excitante.
D’emblée, il devient clair que ce n’est pas un film où l’action mène la danse, mais plutôt une œuvre intimiste, faite de contemplations pas toujours pertinentes sur l’usure du travail et du quotidien quels qu’ils soient. Alice et Xavier sont des personnages qui subissent plus qu’ils n’agissent. La mise en parallèle de leurs métiers, qui consistent essentiellement en la satisfaction du besoin d’écoute ou en l’assouvissement des fantasmes tordus de leurs clients, en fait les victimes d’un choix de vie qui ne leur paraît plus viable à la longue. Tous les deux veulent changer – leur couple ou leur appartenance à un groupe social dédaigné – sans avoir pour l’instant les clefs en main pour la réussite de cette prochaine étape dans leur vie. Dans ce contexte, leur rencontre n’a rien de prémédité. Elle est même dispensable dans la mécanique narrative d’un film qui cherche en tâtonnant, sans la moindre détermination. Le fait que les deux personnages consultent un membre de la profession opposée, afin d’y voir plus clair dans leur propre misère existentielle, est entièrement indépendant d’une rencontre impérative entre Alice et Xavier. La séparation jusqu’au bout de ces deux fils de l’intrigue aurait éventuellement produit une tension dramatique plus prenante que le rythme assez mou avec lequel se traîne Sans queue ni tête vers un dénouement vaguement optimiste.
Le ton sans véritable point d’attache ou d’accessibilité du film n’empêche cependant pas quelques moments plus réussis. Le personnage interprété par le co-scénariste Richard Debuisne apporte ainsi un peu de recul et de sagesse au mal-être de la prostituée et du psychiatre. Et la galerie de malades dans l’âme ou dans le slip, qui défile sur le divan ou le lit des deux personnages principaux, participe à une mise à nu qui n’a rien d’un voyeurisme bon marché. Enfin, si l’interprétation calme et sérieuse de Bouli Lanners a de quoi étonner de la part d’un acteur jusqu’à présent abonné aux comédies délirantes, Isabelle Huppert s’acquitte de son énième rôle de femme au bout du rouleau avec l’intensité qu’on lui connaît, mais qui laisse apparaître trop rarement le côté noble de son personnage en quête de reconversion.

Vu le 1er septembre 2010, au Club de l'Etoile

★★★★★☆☆☆☆☆ 5/10

Retour à la liste des Critiques