Disgrace
Réalisé par Steve Jacobs (2010)
| Durée | 118 minutes |
| Sortie | 03/02/2010 |
| Note | 6/10 |
David Lurie, professeur de poésie romantique à l'université du Cap en Afrique du Sud, s'est épris de Mélanie, une de ses étudiantes. Il commence une relation avec la jeune femme, même si celle-ci ne paraît guère enthousiaste face à ses avances. Lorsque les parents de Mélanie et le conseil d'administration de l'université apprennent cette liaison, David est obligé de démissionner. Il se réfugie alors à la campagne, chez sa fille Lucy, qui tient une petite ferme et recueille des chiens. Peu de temps après l'arrivée de David, trois jeunes cambriolent la maison, violent Lucy, et brûlent légèrement le professeur. C'est alors que celui-ci se rend compte de la situation intenable dans laquelle évolue sa fille.
La critique
Par Tootpadu 27/01/2010
La lassitude de la vie de David Lurie est apparente dès les premières minutes. Son travail à l'université l'indiffère royalement et il s'accommode tant soit peu de sa libido d'homme vieillissant par le biais de rendez-vous réguliers avec une prostituée. Le coup de foudre qu'il éprouve pour Mélanie ne ressemble jamais à l'amour. Au contraire, la réponse de la jeune femme est si molle et passive, que le comportement directif et insistant de David ferait presque pitié par son entêtement contre toute raison. D'ailleurs, un des points clés pour comprendre, et peut-être apprécier ce récit moral sur une civilisation en pleine évolution douloureuse, est la perte progressive du raisonnement. L'homme des lettres, cultivé et distant, qui ne connaît que le pragmatisme et la logique pour organiser sa vie, se trouve par sa faute propulsé dans un microcosme social, qui ne répond nullement aux mêmes règles d'une civilisation arbitrairement sophistiquée. Cet individu cynique est évidemment incapable de s'adapter au nouveau mode opératoire et se voit par conséquent contraint à une errance morale et sentimentale, qui ne lui procure pas la moindre satisfaction.
Le ton et la trajectoire scénaristique du film de Steve Jacobs sont si fascinants, parce qu'ils ne répondent pas davantage aux impératifs d'une intrigue classique, qui doit obligatoirement se terminer bien, ou au pire des cas finir mal, afin de dresser un exemple édifiant. Rien de tel dans le cas présent, puisque la résignation et l'impuissance qui caractérisent David lui rendent toute rédemption impossible. Le malaise existentiel qui l'entoure, et dont il fait en même temps partie intégrante, se manifeste à travers une ambiance malsaine, d'autant plus insoutenable que personne n'éprouve le besoin de se révolter contre l'odeur néfaste de la décomposition morale qui empeste tout. Les quelques signes de vie, comme les femmes enceintes, sont facilement relativisés par une avalanche de symboles putrides, tels les chiens errants qui sont euthanasiés à la chaîne.
C'est le refus de toute emphase formelle et narrative, qui rend la misère des personnages aussi intense et crédible. La retenue du jeu de John Malkovich est dans ce contexte emblématique de la philosophie de l'impuissance, qui pèse comme une chape de plomb sur le film dans son ensemble. Reste à savoir ce qui est plus tragique : l'abattement moral pour le moins préoccupant en Afrique du Sud après l'abolition de l'Apartheid, ou bien la paralysie des personnages qui ont renoncé depuis longtemps à toute action constructive, ou au moins contestataire, pour améliorer sensiblement leur situation déplorable ?
Vu le 27 janvier 2010, au Club Marbeuf, en VO