Ne change rien
Réalisé par Pedro Costa (2010)
Documentaire musical
| Durée | 99 minutes |
| Sortie | 27/01/2010 |
| Note | 5/10 |
La chanteuse française Jeanne Balibar enregistre son nouvel album. Elle prend des cours de chant lyrique, afin de se produire sur scène dans l'opéra d'Offenbach, "La Périchole". Elle donne un concert dans un café à Tokyo.
La critique
Par Tootpadu 21/01/2010
Même le spectateur le moins averti saura à quoi s'attendre dès les premières minutes de ce documentaire de Pedro Costa, pendant lesquelles des choses aussi plaisantes que la torture ou la peine perdue sont évoquées à satiété. Contrairement aux règles établies du film de concert, qui cherche le plus souvent à capter la frénésie, le trac et la consécration publique propres à une représentation artistique, les quelques moments d'intimité volés à Jeanne Balibar en plein élan de création se démarquent par leur immobilisme assumé, voire revendiqué. Comme à son habitude, Pedro Costa se sert en effet de la caméra pour un manifeste minimaliste contre le cinéma des attractions. Le temps s'écoule au ralenti - et à notre immense soulagement pas pendant une éternité comme dans le film précédent du réalisateur, En avant jeunesse - et l'absence totale de rythme invite à un ennui sophistiqué.
L'exigence considérable de Pedro Costa envers son public confidentiel consiste à le soumettre à une longue suite de plans fixes, pour la plupart plongés dans la pénombre. La photographie stylisée en noir et blanc représente quasiment le seul parti pris de dénaturalisation dans un contexte esthétique hautement ascétique. La voix de Jeanne Balibar susurre inlassablement un choix éclectique de chansons dans le micro, pendant que tout le poids du temps se fait sentir. C'est comme si Pedro Costa nous avait conviés à l'équivalent cinématographique du proverbial regarder la peinture sécher, une tâche aussi inutile que hors des sentiers battus. La dimension artistique du cinéma prend ainsi le dessus sur toute velléité de divertissement, sans que cette épreuve en patience et en rééducation du regard ne soit complètement déplaisante.
L'aspect du talent d'artiste de Jeanne Balibar qui se manifeste sans doute le moins dans Ne change rien, c'est son grain de folie, qui rend chacune de ses interprétations aussi jubilatoire. Ici, elle ne fait essentiellement que travailler, et même trimer, pour trouver le ton juste de sa voix. Seulement, ces longues séances de labeur nocturne ne se soldent pas par un événement de libération créative, à cause de la structure narrative presque expérimentale de ce film à la fois éprouvant et apaisant.
L'exigence considérable de Pedro Costa envers son public confidentiel consiste à le soumettre à une longue suite de plans fixes, pour la plupart plongés dans la pénombre. La photographie stylisée en noir et blanc représente quasiment le seul parti pris de dénaturalisation dans un contexte esthétique hautement ascétique. La voix de Jeanne Balibar susurre inlassablement un choix éclectique de chansons dans le micro, pendant que tout le poids du temps se fait sentir. C'est comme si Pedro Costa nous avait conviés à l'équivalent cinématographique du proverbial regarder la peinture sécher, une tâche aussi inutile que hors des sentiers battus. La dimension artistique du cinéma prend ainsi le dessus sur toute velléité de divertissement, sans que cette épreuve en patience et en rééducation du regard ne soit complètement déplaisante.
L'aspect du talent d'artiste de Jeanne Balibar qui se manifeste sans doute le moins dans Ne change rien, c'est son grain de folie, qui rend chacune de ses interprétations aussi jubilatoire. Ici, elle ne fait essentiellement que travailler, et même trimer, pour trouver le ton juste de sa voix. Seulement, ces longues séances de labeur nocturne ne se soldent pas par un événement de libération créative, à cause de la structure narrative presque expérimentale de ce film à la fois éprouvant et apaisant.
Vu le 20 janvier 2010, au Club Marbeuf
★★★★★☆☆☆☆☆
5/10