Tsar

Réalisé par Pavel Lounguine (2010)

Epopée historique
Tsar
Durée 124 minutes
Sortie 13/01/2010
Note 7/10

En 1565, le tsar Ivan IV, dit le Terrible, a essuyé une défaite cuisante sur le champ de bataille contre l'ennemi polonais. Afin de s'assurer de sa sécurité, il forme une garde personnelle, faite de mercenaires sanguinaires qui sèment la terreur à travers le pays. Face à ces horreurs, le métropolite, le chef de l'église orthodoxe russe, prend la fuite et se réfugie dans un monastère. Convaincu par ces événements que la fin des temps approche, Ivan fait alors appel à Philippe, un ami d'enfance et supérieur d'un monastère, afin de le nommer comme nouveau métropolite. Mais cet homme intègre ne souhaite point prendre part au règne de la terreur d'Ivan.

La critique

Par Tootpadu 06/01/2010

Le pouvoir est au coeur de cette belle fresque historique, orchestrée magistralement par Pavel Lounguine : le pouvoir corrupteur, voire enivrant, de la politique par lequel le souverain russe se fourvoie dans une paranoïa folle, qui avait fait tant de victimes que son nom reste jusqu'à ce jour, cinq siècles plus tard, le synonyme d'un totalitarisme aveugle et barbare; et le pouvoir de la vérité humaine, personnifié par le métropolite vertueux, qui cherche à contrecarrer grâce à lui les desseins machiavéliques du monarque. Entre ces deux fronts, la religion joue au ping-pong, comme toute profession de foi susceptible d'être interprétée à l'infini, puisqu'elle se plie selon les circonstances à la volonté de l'un ou de l'autre.
Le réalisateur Pavel Lounguine a mis en scène cette épopée sur une période charnière de l'Histoire russe avec la gravité qui lui revient de plein droit. Sa représentation du règne d'Ivan le Terrible ne se limite toutefois pas à des massacres sans fin. Même si nous sommes bien conscients de la menace de la torture et d'une mort atroce qui pèse sur quiconque ose déplaire au tsar, cette issue invariablement fatale fonctionne d'un point de vue dramatique surtout comme une sentence inévitable. La mort qu'Ivan sème sur son chemin est plus l'indicateur clair et net de sa folie et de sa mégalomanie croissantes, qu'une tragédie humaine à l'échelle individuelle. Ainsi, Philippe sait d'emblée que l'acceptation du poste qu'Ivan lui offre, implique l'obligation de souscrire à ses dérives futures. Mais à la façon du chancelier Thomas Moore dans Un homme pour l'éternité de Fred Zinnemann, le métropolite récalcitrant se laisse faire. D'un, parce qu'il espère pouvoir atténuer les conséquences des écarts de conduite d'Ivan. Et de deux, avant tout, car il sait que toute résistance serait inutile, face à un homme qui se considère comme un Dieu sur terre.
Les tractations diplomatiques qui finissent sans exception sur l'échafaud, Pavel Lounguine les retranscrit avec une sobriété, qui accroit encore leur intensité. Le faste de la cour d'Ivan se montre ainsi complémentaire de la photographie plutôt dépouillée de Tom Stern, le chef-opérateur attitré des derniers films de Clint Eastwood. Le souffle épique de la narration nous emporte ainsi dans un drame majestueux et crépusculaire, comme le cinéma, russe ou d'un autre pays, n'en fait hélas pratiquement plus depuis trop longtemps.

Vu le 5 janvier 2010, au Club Marbeuf, en VO

★★★★★★★☆☆☆ 7/10

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