Limits of Control (The)

Réalisé par Jim Jarmusch (2009)

Gangster
Limits of Control (The)
Durée 116 minutes
Sortie 02/12/2009
Note 7/10

Un étranger est envoyé en Espagne pour une mission secrète. D'abord à Madrid, puis à Séville, il rencontre une série de personnes mystérieuses, qui lui parlent de l'art, du cinéma ou de la science, avant d'échanger avec lui des boîtes d'allumettes, contenant des instructions codées.

La critique

Par Tootpadu 19/11/2009

Le mystère est d'une épaisseur extrême dans le nouveau film de Jim Jarmusch, à notre humble avis son plus réussi depuis Ghost Dog. Il n'y a rien à comprendre, mais tout à vivre et à ressentir, même si apparemment la vie ne vaut pas la peine d'être vécue. Les codes et les symboles récurrents sont notre seul guide à travers un voyage initiatique qui ne mène nulle part, ne serait-ce que vers une oeuvre d'art filmique à la beauté plastique enivrante et au ton ensorcelant. Le réalisateur Jim Jarmusch renoue ainsi avec l'essence spirituelle de ses succès antérieurs (Dead Man en tête), tout en avançant vers une pureté de l'expression filmique, qui se nourrit de la présence d'un acteur - Isaach De Bankolé, plus charismatique que jamais - plutôt que d'une intrigue ordinaire.
Le maître mot des films de Jim Jarmusch est depuis toujours "être", par opposition à "faire". Pour réellement comprendre la nature profonde de ses films, il ne suffit pas d'en analyser bêtement l'action. D'ailleurs, le plus souvent l'intrigue se résume à des situations de base, à partir desquelles le réalisateur compose un florilège de variations plus étranges les unes que les autres. Mais contrairement à ses contemporains David Lynch et David Cronenberg, aucun élément fantastique ne tire ces mystères vers l'illusion. L'aspect fictif de ses films se situe à un niveau infiniment plus accessible, et d'autant plus déroutant. L'étranger dans The Limits of Control ne fait rien d'extravagant, à l'exception de sa manie de commander deux expressos dans deux tasses différentes. Son contrat et ses motivations demeurent néanmoins complètement obscurs, comme pour mieux indiquer que ce n'est pas la solution de l'affaire qui importe, mais l'attitude à la fois ténébreuse et séreine pour y parvenir.
Ce film hautement énigmatique est aussi peu banal qu'il est excessivement beau à regarder. La photographie splendide de Christopher Doyle et la mise en scène peu conventionnelle de Jim Jarmusch plongent le spectateur, ouvert à une telle expérience hors normes, dans un périple fascinant, qui est parfaitement conscient de sa propre vacuité. Comme dans La Dame de Shanghaï d'Orson Welles, cité par Tilda Swinton lors de son apparition jubilatoire, l'intrigue n'a ni tête, ni queue. Car l'objectif du cinéma en général, et de ce film en particulier, n'est pas toujours d'apporter des réponses rassurantes, mais aussi d'emmener le spectateur en un voyage des sens, qui nous rappelle tout le terrain formel, esthétique et narratif qu'il reste à explorer.
Cet émerveillement devant la pureté du style cinématographique se trouve magistralement condensé ici en un simple effet de montage : après avoir observé scrupuleusement la forteresse dans laquelle l'Américain tient son bureau, l'étranger se retrouve tout à coup sur le canapé de ce dernier, dans l'attente de l'arrivée de sa cible. Tout au long de son film, Jim Jarmusch fait preuve du même dédain face aux conventions narratives, afin de créer quelque chose d'intrinsèquement beau et atypique.

Vu le 18 novembre 2009, au Club de l'Etoile, en VO

★★★★★★★☆☆☆ 7/10

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