Braqueur La Dernière course (Le)

Réalisé par Benjamin Heisenberg (2010)

Gangster
Braqueur La Dernière course (Le)
Durée 101 minutes
Sortie 10/11/2010
Note 6/10

A peine sorti de prison, où il avait purgé une peine de six ans pour braquage, Johann Rettenberger récidive. Parallèlement à l’entraînement rigoureux en vue de sa participation au marathon de Vienne, il s’attaque aux banques de la région. Les tentatives de réinsertion de la part de l’administration pénitentiaire ne représentent pas le moindre intérêt pour cet homme solitaire et renfermé, même s’il rencontre par hasard Erika, une amie d’enfance, au pôle emploi. Elle lui propose de s’installer chez elle, dans le grand appartement qu’elle a hérité de sa mère, le temps de trouver autre chose.

La critique

Par Tootpadu 06/10/2010

Les nombreux défauts de caractère du personnage principal de ce film autrichien, présenté en compétition au dernier festival de Berlin, sont supposés le rendre si antipathique, que toute identification avec ce braqueur de banques invétéré deviendrait impossible. Pourtant, le jeune réalisateur Benjamin Heisenberg réussit à nous intéresser au sort de cet homme taciturne et volontairement isolé. Il y arrive sans lever le doigt moralisateur face aux crimes sans remords de Rettenberger, et sans s’apitoyer non plus sur l’existence de l’ex-détenu à l’écart de tout espoir au bonheur. La finalité de son deuxième film se situe davantage du côté du mouvement de fuite, vers une destination illusoire qui apporterait une satisfaction réelle à cet homme, apparemment plus traqué par ses propres démons que par les forces de police passablement ineptes.
En restant en dehors de toute analyse psychologique sommaire de la condition irascible et fugace du protagoniste, la narration permet un regard agréablement neutre sur ses agissements pas forcément raisonnables, ni exemplaires. A la fin du film – quand Rettenberger a atteint la fin de sa course personnelle d’une façon bien moins théâtrale que Johann Kastenberger, le braqueur réel sur lequel se base le scénario –, nous n’en savons pas vraiment plus sur lui qu’au début. L’exécution maîtrisée de ses braquages de banques successifs et son attitude plus débrouillarde qu’agressive au fil de la traque finale nous ont ôté toute suspicion quant à sa bestialité intrinsèque. Cette apparence sans doute trompeuse d’une gentillesse toute relative ne signifie par contre nullement que nous comprenons mieux le moteur qui fait courir Rettenberger toujours plus loin et plus vite, qui le pousse à se rabattre en l’espace de quelques minutes sur une deuxième banque, quand le braquage de la première a foiré. En même temps, le comportement compulsif du personnage n’a pas tellement besoin d’être expliqué en long et en large, grâce au rythme soutenu du film, qui vit essentiellement de ce mouvement de fuite sans fin, déjà évoqué plus haut.
Pour un film aux personnages dépourvus de joie et d’épanouissement sincère, Le Braqueur La Dernière course est étonnamment fascinant. Aussi en retrait et hostile aux tentatives d’ingérence dans sa vie privée de la part de son entourage le personnage principal soit-il, l’effort qu’il fournit pour remporter ses victoires sportives et le sang froid avec lequel il mène à bien ses agissements criminels ne manquent pas de le rendre curieusement attachant. Cette sympathie timide pour quelqu’un qui s’applique au fond à une apologie du crime sans le moindre questionnement moral ne va peut-être pas jusqu’à nous faire regretter les revers qu’il subit pendant sa cavale. Mais son état d’esprit impassible, traduit parfaitement par l’interprétation stoïque d’Andreas Lust, finit par nous faire éprouver quelque chose qui s’apparente à de la compassion pour la courbe tragique, qu’il suit sans la moindre aspiration à une rédemption sociale au cours de ce film prenant.

Vu le 6 octobre 2010, à la Salle Pathé Lincoln, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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