Hadewijch
Réalisé par Bruno Dumont (2009)
Drame religieux
| Durée | 106 minutes |
| Sortie | 25/11/2009 |
| Note | 5/10 |
La jeune Céline souhaite vivre sa foi chrétienne profonde en entrant dans les ordres. Mais la mère supérieure ne tarde pas à mettre cette novice fanatique à la porte. Céline retourne alors à Paris, dans l'appartement luxueux de ses parents sur l'île St. Louis. Le retour dans le monde ne lui apporte aucune satisfaction spirituelle, jusqu'à ce qu'elle rencontre Yassine, un jeune de la banlieue. Nassir, le frère de ce dernier et un musulman pratiquant, ouvre à Céline la voie de l'action par la foi.
La critique
Par Tootpadu 06/11/2009
Jusqu'à présent, Bruno Dumont s'était fait un nom comme l'observateur radical de la bestialité humaine, dans ce qu'elle a de plus brut. Dans ses films précédents, quelques mots suffisaient pour susciter cette sorte de sauvagerie, que l'on associe communément avec les gens rustres de la campagne ou de la province. En tant que chroniqueur de l'essence primaire d'une vie menée instinctivement, le réalisateur est devenu un maître dans son art particulier, au point de faire des émules, comme par exemple le récent Coeur animal de Séverine Cornamusaz. Pour son cinquième film, il entreprend un départ plutôt téméraire vers la quête spirituelle, sur fond d'une bourgeoise parisienne préservée. S'il faut reconnaître son courage artistique qui l'empêche de se reposer sur ses lauriers et refaire encore et encore le même film, l'exploration de ce terrain filmique en friche dans son univers ne nous a guère convaincus. Aussi intéressant soit-il, Hadewijch indique bien trop clairement les limites esthétiques, thématiques et narratives du naturalisme selon Bruno Dumont.
Privé du caractère taciturne de ses personnages habituels, le réalisateur se trouve sans préparation particulière face à des enjeux intellectuels et spirituels, qui passent avant tout par la parole. Même si l'élévation de l'âme de Céline peut de temps en temps passer par des regards illuminés, auxquels l'actrice non-professionnelle Julie Sokolowski sait parfois conférer une noblesse inspirante, le dilemme existentiel de cette jeune femme passablement paumée ne peut pas se résumer en quelques prières et discussions approximatives. Fidèle à son style de travail d'antan, Bruno Dumont a recours à l'improvisation - c'est en tout cas l'impression que la plupart des confrontations donnent -, qui débouche sur des séquences assez pénibles. Les répliques gênées de tous les personnages sont sans doute censé traduire le malaise que le fanatisme religieux, pas fait pour ce bas monde, de Céline provoque chez les autres et dans une certaine mesure chez elle, incapable qu'elle est de vivre concrètement sa foi abstraite. Mais à force de tourner autour du pot, les radotages et les esquives verbales éloignent Hadewijch du potentiel spirituel qu'il aurait pu réaliser sous une direction plus ferme.
Hélas, Bruno Dumont se montre sensiblement plus pragmatique dans la représentation de l'islam, qui est inévitablement rapproché du terrorisme en ces temps de paranoïa galopante. Après quelques préliminaires sans gravité, l'engagement religieux de Nassir est démasqué comme l'allégeance à une entreprise terroriste, qui sème le doute quant à l'intérêt qu'il porte au bien-être spirituel de Céline. Ce lien préjudiciable a beau garder un fond d'idéalisme et de sincérité, il ne s'inscrit pas moins dans la lignée persistante de l'amalgame entre la religion musulmane et le fanatisme intégriste. Que le seul point précis sur lequel le film s'engage réellement relève d'un tel préjugé en dit long sur son manque de fermeté narrative et ses motivations troubles.
Toujours aussi peu conformiste dans le cas présent que dans ses films antérieurs, Bruno Dumont ne deploie pas la même force cinématographique dans le milieu engoncé des palais privés parisiens. Les inégalités de ton et une histoire annexe presqu'inutile ont failli prédestiner Hadewijch à l'échec. Bien qu'il n'atteigne que rarement les hauteurs éthérées que son sujet religieux aurait exigé, c'est néanmoins un film qui sait intriguer : par la succession de deux séquences musicales diamétralement opposées, par sa volonté d'envisager tous les défis de sa héroïne pieuse d'un point de vue idéaliste, voire par le simple fait qu'il ose soumettre le thème de la vocation spirituelle à un traitement inhabituel, qui s'avère en fin de compte peu concluant.
Privé du caractère taciturne de ses personnages habituels, le réalisateur se trouve sans préparation particulière face à des enjeux intellectuels et spirituels, qui passent avant tout par la parole. Même si l'élévation de l'âme de Céline peut de temps en temps passer par des regards illuminés, auxquels l'actrice non-professionnelle Julie Sokolowski sait parfois conférer une noblesse inspirante, le dilemme existentiel de cette jeune femme passablement paumée ne peut pas se résumer en quelques prières et discussions approximatives. Fidèle à son style de travail d'antan, Bruno Dumont a recours à l'improvisation - c'est en tout cas l'impression que la plupart des confrontations donnent -, qui débouche sur des séquences assez pénibles. Les répliques gênées de tous les personnages sont sans doute censé traduire le malaise que le fanatisme religieux, pas fait pour ce bas monde, de Céline provoque chez les autres et dans une certaine mesure chez elle, incapable qu'elle est de vivre concrètement sa foi abstraite. Mais à force de tourner autour du pot, les radotages et les esquives verbales éloignent Hadewijch du potentiel spirituel qu'il aurait pu réaliser sous une direction plus ferme.
Hélas, Bruno Dumont se montre sensiblement plus pragmatique dans la représentation de l'islam, qui est inévitablement rapproché du terrorisme en ces temps de paranoïa galopante. Après quelques préliminaires sans gravité, l'engagement religieux de Nassir est démasqué comme l'allégeance à une entreprise terroriste, qui sème le doute quant à l'intérêt qu'il porte au bien-être spirituel de Céline. Ce lien préjudiciable a beau garder un fond d'idéalisme et de sincérité, il ne s'inscrit pas moins dans la lignée persistante de l'amalgame entre la religion musulmane et le fanatisme intégriste. Que le seul point précis sur lequel le film s'engage réellement relève d'un tel préjugé en dit long sur son manque de fermeté narrative et ses motivations troubles.
Toujours aussi peu conformiste dans le cas présent que dans ses films antérieurs, Bruno Dumont ne deploie pas la même force cinématographique dans le milieu engoncé des palais privés parisiens. Les inégalités de ton et une histoire annexe presqu'inutile ont failli prédestiner Hadewijch à l'échec. Bien qu'il n'atteigne que rarement les hauteurs éthérées que son sujet religieux aurait exigé, c'est néanmoins un film qui sait intriguer : par la succession de deux séquences musicales diamétralement opposées, par sa volonté d'envisager tous les défis de sa héroïne pieuse d'un point de vue idéaliste, voire par le simple fait qu'il ose soumettre le thème de la vocation spirituelle à un traitement inhabituel, qui s'avère en fin de compte peu concluant.
Vu le 5 novembre 2009, au Club Marbeuf
★★★★★☆☆☆☆☆
5/10