In Memoria Di Me

Réalisé par Saverio Costanzo (2008)

Drame religieux
In Memoria Di Me
Durée 116 minutes
Sortie 16/04/2008
Note 6/10

Le jeune Andrea en a marre de courir après la liberté que le monde matériel offre à sa génération. Il décide d'entrer au noviciat jésuite au monastère de l'île de San Giorgio Maggiore, au large de Venise. Alors que le père supérieur vante ses accomplissement dans l'analyse littéraire des textes bibliques, Andrea porte davantage son attention sur Fausto, un autre novice qui doute profondément, et Zanna, qui met en question l'enseignement de l'ordre mais qui n'ose pas partir.

La critique

Par Tootpadu 28/03/2008

Qu'est-ce que la religion, sinon une éternelle quête de soi, une forme organisée de croyance, qui engonce l'individu plus qu'il ne lui permet de s'épanouir spirituellement ? Toutes les idées sont bonnes par rapport à la religion, et en même temps, elles sont toutes à rejeter, tellement c'est un sujet vaste et complexe, qui suscite invariablement la polémique. Car l'expérience de la foi ou son reniement différent fortement pour chacun, au point de rendre la notion même d'organisation religieuse absurde. Dans cette jungle de théories et de doctrines, d'illuminations et d'hypocrisie, le cinéma n'ose s'aventurer que très rarement. Entre les pamphlets de zélateur à la Mel Gibson, et les mises en question plus ou moins ouvertes de l'église (Prêtre d'Antonia Bird et l'excellent Délivrez-nous du mal d'Amy Berg), sans même mentionner le rapport particulier d'autres religions envers leur propre représentation, les exemples de films, qui se préoccupent de cette question que certains considèrent comme essentielle, sont très rares.
L'approche du deuxième film de Saverio Costanzo se distingue par une subtilité, qui laisse une part importante au mystère de la foi. Parcimonieuse en paroles, l'introduction du jeune novice dans le monde fermé sur lui-même et en lui-même du monastère jésuite s'articule à travers le déroulement journalier régulier des moments de méditation et de tâches ménagères. C'est la nuit que ce monde autoritaire et ordonné rencontre des perturbations, qui expriment plus le doute qui gronde à l'intérieur qu'une quelconque tentation venue de l'extérieur.
Le réalisateur mène son récit avec suffisamment d'intelligence et de neutralité dans ses propos, pour ne pas le précipiter vers l'extrême charnel ou spirituel. Tout en finesse, il préserve la part de mystère de l'initiation d'Andrea, sans pour autant approuver le mode de fonctionnement, pas loin de l'endoctrinement, de la communauté religieuse. Des motifs récurrents imposants, comme le couloir et les déplacements anodins ou secrets en son sein, rythment cette quête vers quelque chose d'abstrait, qui ne se trouve pas forcément à l'église.
Grâce à l'emploi magistral de la musique et aux interprétations fascinantes, notamment de Christo Jivkov et André Hennicke, qui font passer des émotions et des interrogations très complexes seulement par leur regard, ce film inspiré, cinématographiquement parlant, aborde le sujet délicat de la religion sans préjugé, ni vocation missionnaire.

Vu le 26 mars 2008, au Club Marbeuf, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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