Torch Song Trilogy

Réalisé par Paul Bogart (1990)

Comédie Dramatique
Torch Song Trilogy
Durée 114 minutes
Sortie 02/05/1990
Note 6/10

Dans les années 1970, Arnold Beckoff gagne sa vie en tant que chanteur travesti dans un club de New York. Un soir, il rencontre Ed Reese dans un bar gay. Les deux hommes tombent amoureux, mais Ed n'ose pas quitter sa copine Laurel, ni lui avouer qu'il est bisexuel. Des années plus tard, Arnold tombe sous le charme d'Alan Simon, un jeune modèle, avec lequel il aimerait bien fonder une famille.

La critique

Par Tootpadu 14/05/2009

Les temps ont bien changé depuis la sortie de ce film gay emblématique. Déjà un peu dépassé à l'époque, puisqu'il ne fait référence au sida que dans une dédicace du générique de fin, alors que des films contemporains comme Un compagnon de longue date de Norman René s'y référaient bien, Torch Song Trilogy est surtout représentatif des oeuvres, qui revendiquaient timidement une sorte de droit au bonheur pour les homosexuels, jusque là dénigrés et discriminés à tout va. Vingt ans plus tard, le combat pour l'égalité des droits continue, à moins qu'il ne se soit banalisé. Mais il est toujours utile de se souvenir des précurseurs et de reconnaître leurs mérites.
Ainsi, la vision que Harvey Fierstein, l'auteur de la pièce sur laquelle le scénario se base, a de l'homosexualité est au moins aussi complexe que son personnage, une "drag queen" un brin narcissique, qui n'hésite pas à s'adresser directement au spectateur pour lui faire part de sa philosophie. Bien qu'Arnold fasse tout pour assumer son orientation sexuelle et s'y épanouir, il n'arrête pas de se heurter à la réaction de son entourage. Que ce soit avec sa mère juive caricaturale qui supporte difficilement le militantisme de son fils ou avec son amant Ed qui ne voit pas leur vie commune aussi rose bonbon que son partenaire, Arnold vit dans un état de confrontation permanente avec quiconque ne veut pas accepter et respecter entièrement son style de vie. Ce sont là les premiers pas pénibles, marqués par l'entêtement et le refus de compromis, d'une communauté gaie qui, après s'être construit un ghetto trop contraignant pour ses ambitions, cherche à faire irruption dans la vie normale, c'est-à-dire soumise depuis toujours aux normes hétérocentristes.
Ce malaise existentiel, de se savoir accepté au sein de la communauté mais pas en dehors, se traduit par quelques répliques phares, à travers lesquelles Arnold crache toute sa frustration de pédé coincé entre deux chaises à la figure d'une majorité hétérosexuelle au mieux tolérante. Même si le fait d'être homo n'est plus une tare sociale aussi préjudiciable de nos jours qu'il a été dans les décennies précédentes, cette prise de parole condense admirablement la difficulté de vivre sa sexualité au grand jour, sans honte, ni fierté excessive. Et pour mieux faire rêver le romantique qui sommeille en chacun d'entre nous, Fierstein nous conte même une relation presque abusivement parfaite entre Arnold et Alan. Bien sûr, pareil bonheur n'est pas fait pour durer, mais il en résulte un autre pilier de revendication (l'adoption de David), qui nous paraît même considérablement en avance sur son temps.
La structure morcelée de l'intrigue, due au regroupement de trois pièces de théâtre distinctes en cette célèbre trilogie, nous déconcerte toujours autant que l'ordre artificiel et probablement à seul but commercial des noms des comédiens au générique. Cependant, ce sont là des réserves mesurées face à un film de notre jeunesse, qui promeut principalement une image valorisante de l'homosexualité et qu'accessoirement les clichés qui vont avec.

Revu le 14 mai 2009, au Latina, Salle 1, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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