Mon cousin
Réalisé par Jan Kounen (2020)
| Durée | 104 minutes |
| Sortie | 30/09/2020 |
| Note | 8/10 |
Pierre est le PDG accompli d’un grand groupe familial. Sur le point de signer l’affaire du siècle, il doit régler une dernière formalité : la signature de son cousin Adrien qui détient 50% de sa société. Ce doux rêveur idéaliste qui enchaine gaffes et maladresses est tellement heureux de retrouver Pierre, qu’il veut passer du temps avec lui et retarder la signature. Pierre n’a donc pas le choix que d’embarquer son cousin avec lui dans un voyage d’affaire plus que mouvementé où sa patience sera mise à rude épreuve.
La critique
Par Mulder 27/09/2020
Après des premiers films marquants et sans concessions (Doberman (1997), Blueberry, l’expérience interdite (2004) ry 99 francs (2007) on avait perdu un peu la trace du réalisateur Jan Kounen et son dernier film en date Coco Chanel et Igor Stravinky (2009) était passé assez inaperçus. (On fera l’impasse sur son documentaire Vape Wave (2017)). Mon cousin marque donc son grand retour et il faut reconnaitre qu’il s’agit à ce jour et de loin de son meilleur film. On sent dans la réalisation une réelle volonté de transcender le simple feel good movie et la comédie populaire en quelque chose de plus dramatique et surtout une volonté de montrer qu’il est important pour son équilibre personnel de trouver un juste milieu entre son travail (même si vous êtes le PDG d’un grand groupe) et sa famille. Le scénario de Fabrice Roger-Lacan épaulé par Jan Kounen et Vincent Lindon se veut être à la fois un portrait de deux hommes qui ont un lourd passif ensemble, un road movie entre Paris et Bordeaux mais aussi une description du monde de l’entreprise dans lequel tout semble aseptisé et les sacrifices personnels nombreux pour arriver à bout de vastes projets.
Alors que l’on pourrait s’attendre avec un duo tel que Vincent Lindon et François Damiens à une comédie dans la ligne de celles devenues cultes de Francis Veber, il n’en est rien. Au contraire, le scénario assez original s’approche plus par certains côtés du film Rain Man (la voiture rouge et la photo déchirée n’est pas un hasard fortuit) que des simples comédies populaires et trop souvent sans saveur. Pierre (Vincent Lindon) est un PDG d’un grand groupe familial à un tournant décisif de sa carrière. Son cousin, Adrien (François Damiens) possède 50% des parts de sa société et est interné volontairement dans un asile psychiatrique pour sa dépression et ses agissements parfois inconsidérés. Alors que Pierre et Adrien avaient rendez vous pour signer un accord tacite des deux hommes de ne pas vendre leurs parts, les choses vont prendre un autre tournant et les deux hommes vont devoir non seulement cohabiter mais aussi se retrouver.
Alors que Pierre est un père souvent absent et qui ne semble pas être à l’écoute de ses deux enfants ni de sa femme, Adrien est un célibataire endurci en proie à des réactions surprenantes ce qui en fait une personne incontrôlable, différente et un peu dangereuse pour ses proches. Porté par deux grands comédiens, Mon cousin s’impose comme une comédie dramatique prenante avec plusieurs scènes réussies notamment un crash aérien et un repas d’affaires qui tourne mal à Bordeaux. Le réalisateur Jan Kounen sait parfaitement mettre ce duo attachant en avant et incorpore aussi une véritable tension dramatique en imaginant et montrant le ressenti de Pierre qui oserait bien se débarrasser au début de son cousin embarrassant mais qui va finir par mieux le comprendre et le voir comme un prince des temps modernes (certes dépressif) que comme un fou obsessionnel.
On appréciera aussi le grand soin apporté concernant le traitement des seconds rôles notamment de la femme de Pierre (Pascale Arbillot), de la secrétaire de Direction (Alix Poisson), de la fille de Pierre (Capucine Valmary) et surtout d’un excellent caméo d’Albert Dupontel comme pensionnaire de l’asile de fou dans lequel Adrien s’est lui-même interné. Le réalisateur n’oublie à aucun moment qu’il faut soigner son casting pour rendre un film attachant, vivant et créer un lien émotionnel avec les spectateurs.
Le cinéma français montre une nouvelle fois avec ce film qu’il n’a rien à envier au cinéma américain. On possède ainsi de bons comédiens, réalisateurs et scénaristes et on est capable de sortir des sentiers battus et d’avoir un regard nouveau sur des genres populaires et mécanisés à outrance comme les comédies. De la même manière, un grand soin a été porté aux dialogues et à rendre humains les personnages principaux quitte à en montrer leurs blessures, leur volonté de réussir à tout prix. En se déconnectant de sa famille et en n’écoutant pas ses proches collaborateurs, Pierre est un PDG qui ne veut pas entendre le mot problème mais voir des solutions possibles pour y remédier.
Certes, le côté trop simpliste de la fin laisse une légère fausse note et on aurait aimé un peu plus d’originalité. Alors que Pierre pense un léger moment au suicide suite à une succession de mauvaises nouvelles, il ne devra son salut qu’à son cousin Adrien. Ce dernier pour sa part aura trouvé un réconfort auprès de Diane, l’assistante de Pierre. Une fin certes heureuse mais guère ce qu’il y a de plus réussi dans ce film.
Mon cousin
Un film de Jan Kounen
Produit par Richard Grandpierre
Scénario de Fabrice Roger-Lacan, avec l'aide de Jan Kounen et Vincent Lindon
Avec Vincent Lindon, François Damiens, Pascale Arbillot, Alix Poisson, Pierre Gommé, Séverine Vasselin, Olivia Gotanègre, Dominique Bettenfeld, Catherine Davenier, Eric Laugérias, Nicolas Audebaud, Jean Reynès, Andre LaGeorge, Avant Strangel
Musique : Anne-Sophie Versnaeyen
Directeur de la photographie : Guillaume Schiffman
Montage : Muriel Douvry
Production : Eskwad, avec la participation de TF1 Films Productions, UMedia, Pathé
Distribution : Pathé (France)
Dates de sortie : 30 septembre 2020 (France)
Durée : 104 minutes
Vu le 27 septembre 2020 au Gaumont Disney Village, Salle 16 place A17