Jerichow

Réalisé par Christian Petzold (2009)

Drame
Jerichow
Durée 91 minutes
Sortie 22/04/2009
Note 6/10

A la mort de sa mère, Thomas s'installe dans sa maison près de la côte en Allemagne de l'Est. Criblé de dettes et déchargé de l'armée sans indemnité, il espère pouvoir y recommencer sa vie à zéro. Par hasard, il rencontre Ali Özkan, un entrepreneur régional d'origine turque. Thomas est engagé en tant que chauffeur et homme à tout faire par Ali, après que le permis de ce dernier a été suspendu pour conduite en état d'ébriété. Ainsi, Thomas rencontre régulièrement Laura, la belle femme d'Ali, dont il ne tarde pas à tomber amoureux.

La critique

Par Tootpadu 17/03/2009

Pour son film le plus récent, présenté en compétition au dernier festival de Venise, Christian Petzold nous propose une relecture fascinante du "Facteur sonne toujours deux fois" de James M. Cain. Comme ce fut déjà le cas dans Yella, il y est question d'un triangle romantique malsain et de dépendances professionnelles précaires dans un contexte économique incertain. Toutefois, les personnages de ce film ne concluent pas des contrats aux sommes mirobolantes. Ils sont plutôt empressés de gratter quelques euros par ci et par là, ou de piéger ceux qui le font. Ce qui ne rend pas leur combat existentiel moins passionnant, au contraire.
Christian Petzold excelle en effet une fois de plus à instaurer une tension palpable à partir d'éléments simples. Grâce à son scénario solide, il peut se permettre d'indiquer très tôt les failles de ses personnages. En dépit du cadre bucolique, Thomas, Ali et Laura portent tous les marques déplaisantes, physiques ou psychologiques, d'une vie marquée par l'échec. Mais l'enjeu engageant de l'intrigue devient du coup la friction entre les circonstances défavorables dans lesquelles ils évoluent, et l'aspiration, aussi timide soit-elle, à un état de bien-être, qui prend des formes parfois très personnelles.
Plus encore que la sobriété de la mise en scène de Christian Petzold, c'est sa direction d'acteurs qui nous a une fois de plus subjugués. Outre un Benno Fürmann qui prend plus que jamais, mais sans excès, l'allure d'un Paul Newman allemand, Hilmi Sözer dans le rôle ingrat du mari cocu gagne toutes nos sympathies avec son interprétation d'une sincérité et d'une vulnérabilité très touchantes.
Enfin, saluons l'initiative du distributeur Jour2fête de nous sortir simultanément ces deux oeuvres d'un réalisateur fort talentueux, en guise de témoins complémentaires de la santé du jeune cinéma allemand, qui se fait encore trop rare sur les écrans français.

Vu le 16 mars 2009, au Club Publicis, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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