Un si beau voyage

Réalisé par Khaled Ghorbal (2009)

Drame
Un si beau voyage
Durée 144 minutes
Sortie 18/03/2009
Note 6/10

A la retraite depuis trois ans à cause d'une maladie incurable qui progresse plus vite que prévu, Mohamed habite seul dans un foyer pour travailleurs dans la banlieue parisienne. Ses seuls amis sont Karim, tunisien comme lui, et Mansour, qui habitent au même endroit. Lorsque le foyer doit être rénové, le directeur annonce à Mohamed qu'il ne pourra plus rester. Conscient qu'il ne trouvera jamais un autre logement, Mohamed se résigne à rentrer au pays.

La critique

Par Tootpadu 11/03/2009

Probablement sans le vouloir, ce film doux et calme est un testament déchirant à Farid Chopel, l'interprète du personnage principal, qui s'est éteint il y a presqu'un an, peu de temps après la fin du tournage. Avec ce fait triste en tête, le parcours digne de Mohamed gagne encore en intensité et en noblesse. Ce n'est pas l'histoire d'un vieillard qui se lève pour un dernier bras d'honneur à ses détracteurs, comme l'est le clairement plus pompeux, en comparaison, Gran Torino de Clint Eastwood, mais le récit mélancolique d'un homme discret, qui n'est chez lui nulle part et qui est fauché par la maladie et la misère à un âge relativement jeune.
Le réalisateur et scénariste Khaled Ghorbal joue admirablement sur cette double misère : celle des émotions, où tout ce qui reste est le souvenir d'une période aussi heureuse qu'éphémère, et celle des biens, où une vie d'activité professionnelle et une retraite anticipée ne laissent pas assez d'argent pour vivre, mais trop pour mourir. Par ailleurs, la première longue partie du film, qui montre la vie solitaire de Mohamed à Paris, représente sans doute le témoignage le plus saisissant sur ces hommes célibataires abandonnés à eux-mêmes dans les grandes villes depuis L'Homme qui marche d'Aurélia Georges. Comme Viktor Atemian, Mohamed s'est installé dans une situation de confort modeste, qui cède à la moindre évolution, pour l'expulser dans la rue tel un rebut de la société. Et comme dans le film précité, la fragilité de cette existence frugale, qui est aussi en quelque sorte la nôtre, ne peut que nous préoccuper et nous toucher.
Le retour en Tunisie s'accompagne d'un sentiment autrement plus dépaysant. Même s'il parle évidemment encore la langue et s'il a des souvenirs vagues de son dernier passage quinze ans plus tôt, Mohamed ne réussit pas vraiment à rétablir un lien avec son pays d'origine et ses habitants. Le témoin d'une société qui est contrainte au grand écart entre l'incivilité des jeunes et l'attachement aux traditions des anciens, Mohamed n'y est pas plus à sa place que dans les rues anonymes de Paris. Il ne lui reste alors plus que l'exil le plus extrême : celui de l'isolation totale dans le désert, où il peut à la fois s'adonner au désespoir et envisager sereinement et toujours aussi seul sa disparition.
Le point fort d'Un si beau voyage est indiscutablement l'interprétation pudique de Farid Chopel. Tandis que la mise en scène de Khaled Ghorbal reste solide, mais guère exceptionnelle d'un point de vue visuel et narratif, Chopel nous dévoile tout juste les quelques tourments que son personnage renfermé et simple veut bien dévoiler. Dépourvu de caractéristiques exceptionnels, Mohamed est un homme ordinaire, voire effacé, qui cherche néanmoins à maintenir un minimum de dignité et d'ordre dans une vie, qu'il sait pourtant ratée.

Vu le 10 mars 2009, au Club Marbeuf, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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