Gerboise bleue

Réalisé par Djamel Ouahab (2009)

Documentaire
Gerboise bleue
Durée 92 minutes
Sortie 11/02/2009
Note 7/10

Le 13 février 1960, en pleine guerre d'Algérie, la France effectue son premier essai d'une bombe nucléaire dans le Sahara à Reggane. Ce premier de quatre tirs aériens radioactifs puissants sera suivi par un programme de treize tirs souterrains, dans la même région, jusqu'en 1966. Mal protégés et informés sur les risques que représentait leur exposition aux retombés radioactifs, les vétérans de ces opérations militaires et les habitants autochtones peinent à faire valoir leurs droits et à être pris en charge pour soigner leurs séquelles physiques sérieuses, presqu'un demi-siècle après les faits.

La critique

Par Tootpadu 21/01/2009

La position française dans le domaine nucléaire est pour le moins complexe. Dépendant largement de la production d'énergie dans ses nombreuses centrales atomiques, la France tire au moins partiellement son pouvoir international de ses sous-marins dangereusement armés. Sans oublier qu'une des premières actions déplorables du président de la république précédent était d'autoriser une dernière série d'essais nucléaires dans les territoires du Pacifique. Et comme si toutes ces implications n'étaient pas déjà suffisamment compromettantes, notre pays d'adoption chéri éprouve une fois de plus de sérieuses difficultés à admettre ses manquements du passé et à fournir une réparation symbolique ou matérielle aux victimes.
Le combat des survivants des premiers tirs nucléaires français est au centre de ce documentaire poignant et presque trop pénible à regarder. Le réalisateur Djamel Ouahab y trouve le juste équilibre entre la portée politique et scientifique de ces événements regrettables et les tragédies humaines causées par ces derniers, qui perdurent jusqu'à ce jour. Difficile en effet de regarder tout droit dans l'orbite béante d'un vétéran, dont la peau se décompose progressivement, ou d'entendre la litanie de médicaments qu'un autre doit prendre pour subsister en dépit de ses douleurs physiques et psychiques. Ces images choc sont au moins aussi bouleversantes que celles de poumons goudronnés pour dissuader du tabagisme, sauf que dans le cas présent, les malades sont les victimes involontaires d'un raisonnement militaire cruel. L'impact émotionnel qu'elles provoquent est pour beaucoup dans la réussite du film, qui, par ces témoignages brutaux, fait passer presque en douceur sa mise en garde.
En effet, Gerboise bleue ne relève pas de la propagande agressive et polarisante. Ce documentaire ne s'intéresse pas tellement au bien-fondé moral et scientifique des essais. Son seul lien direct avec le passé est même la recherche des vestiges des camps militaires français, dont la disparition partielle attriste les vétérans et enrage les autochtones, qui aimeraient voir disparaître entièrement les derniers souvenirs tangibles de cette période humiliante. Non, le combat du documentaire est mené dans le présent, puisque le seul acte de réparation valable consisterait en la reconnaissance des fautes des instances militaires et politiques de l'époque, avec tout ce que cet aveu, hélas improbable, impliquerait de tentatives de réparation.

Vu le 20 janvier 2009, au Centre Wallonie de Bruxelles

★★★★★★★☆☆☆ 7/10

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