Je veux voir

Réalisé par Joana Hadjithomas, Khalil Joreige (2008)

Docu-fiction
Je veux voir
Durée 70 minutes
Sortie 03/12/2008
Note 6/10

En juillet 2006, la guerre éclate entre le Liban et Israël. Quelques mois plus tard, l'actrice Catherine Deneuve se rend à Beyrouth sur invitation de l'ambassadeur français. Alors qu'elle est attendue pour un gala le soir, elle accepte la proposition des réalisateurs Joana Hadjithomas et Khalil Joreige d'accompagner l'acteur libanais Rabih Mroué en voiture dans le sud du pays. Elle veut voir les séquelles du conflit, pour peut-être mieux le comprendre grâce à sa présence sur cette terre meurtrie.

La critique

Par Tootpadu 27/11/2008

La vulnérabilité du Liban, ce pays si beau et culturellement riche et en même temps accablé d'une instabilité politique chronique, se transmet d'une façon subtilement poétique à Catherine Deneuve, l'icône quasiment intemporelle du cinéma français, dans ce film inclassable. Je veux voir est une déclaration d'amour au cinéma dans ce qu'il a de plus brut et de plus instinctivement hypnotisant. Réfractaire à tous les genres, et pourtant empressé de maintenir l'illusion de la durée ramassée sur un après-midi, il participe à la fois comme témoin et en tant que raison d'être à ce drôle de voyage, qui dépasse de très loin le cadre trivial du tourisme du malheur et du voyeurisme de la désolation.
Au début, Catherine Deneuve dit vouloir voir. Mais ce qu'elle voit, des ruines dans un paysage magnifique, passe presque à l'arrière-plan en comparaison avec notre observation de cette visite éclair et prétendument improvisée. La façon de filmer, avec des blancs qui deviennent des noirs à l'écran, et des interruptions imprévisibles en fonction des autorisations accordées ou retirées, elle s'octroie au moins autant d'importante que le périple des deux acteurs nomades. De même, la tension dramatique du film ne se transmet que rarement par la parole. Ce sont davantage des gestes répétitifs, comme le fait d'allumer une cigarette ou d'attacher la ceinture, ainsi que des regards intrigués et progressivement plus fatigués, qui rythment un récit passablement abstrait.
Et puis, Je veux voir est un essai intelligent et intéressant sur la question de la présence. En premier lieu, la présence d'une actrice célèbre dans un environnement qui n'a rien de glorieux, et dans lequel elle ne peut jamais tout à fait devenir elle-même, c'est-à-dire se défaire de l'image médiatique auquel elle correspond. Ce jeu de rôle, de l'actrice qui joue une actrice qui porte son nom, subit une mise en abîme ingénieuse à la fin, lorsque Catherine Deneuve redevient le sujet des photographes et des sollicitations publiques, alors qu'elle nous avait dévoilé auparavant un côté plus intimiste d'elle, qui doit en fin de compte être aussi trompeur que son image de marque.

Vu le 27 novembre 2008, à la Salle Pathé Lamennais, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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