
| Titre original: | Sisters in Law |
| Réalisateur: | Kim Longinotto, Florence Ayisi |
| Sortie: | Cinéma |
| Durée: | 106 minutes |
| Date: | 08 mars 2006 |
| Note: | |
Dans la petite ville camerounaise de Kumba, l'avocate et conseillère d'Etat Vera Ngassa et la juge Béatrice Ntuba s'occupent des affaires de violence conjugale. Alors que la pratique des coutumes tribales et religieuses est encore très répandue, ces deux femmes viennent au secours d'enfants maltraités et de femmes qui souhaitent divorcer et porter plainte contre leurs maris abusifs.
Critique de Tootpadu
La justice est une valeur instable et particulièrement difficile à définir. Ce qui est juste pour les uns ne l'est point pour les autres ou ce qui paraît juste aux yeux de l'homme ne l'est pas forcément du point de vue de l'entité surnaturelle en laquelle il croit. A la limite, le revers de la médaille, l'injustice, se laisse plus aisément discerner, tellement les faits les plus ignobles suscitent notre écoeurement. L'approche de ce documentaire excellent sur la lente appropriation de la loi, et indirectement de la justice, par quelques femmes africaines, s'apparente à cette définition déviée.
L'émotion est en effet immense face à ces faits atroces, et pourtant guère exceptionnels, ni en Afrique, ni dans le reste du monde. Des femmes et des enfants sans défense atrocement battus, cela nous retourne déjà le coeur dans des films de fiction, alors, à plus forte raison, assister à des témoignages éprouvants issus de la vie réelle ne devrait laisser personne indifférent. La solution très partielle à l'immense problème de l'abus de force que parait proposer le film pourrait être un baume répérateur puissant, le genre de remède miracle qui nous fait crier à la manipulation éhontée dans un contexte fictif. Ce serait compter sans l'habilité et l'humanité des deux réalisateurs qui élèvent le combat quotidien de ces quelques femmes de la loi irréductibles en un récit puissant et intelligent.
Autant les particularités juridiques que le film décrit peuvent nous sembler exotiques, de notre point de vue européen, où l'appareil judiciaire est profondément embourbé dans la jungle administrative. Autant l'engagement des juristes féminins force un respect universel, grâce à son intransigeance et sa foi en la lettre de la loi et son application équitable. Car si les fautifs sont clairement désignés pendant l'instruction, ils ne perdent néanmoins pas leur humanité qui se manifeste au pire par un côté mystérieux (le pédophile) et au mieux par des jérémiades en guise d'hypothétiques remords. Vera Ngassa, une héroïne des temps modernes, et Béatrice Ntuba, ainsi que leurs fidèles collaborateurs, ne cherchent pas à détruire, mais à instruire, serait-ce à travers des peines de prison. Les confrontations dans le bureau de l'avocate remplissent donc un rôle aussi instructif qu'informatif.
Depuis le tout aussi réussi 10e chambre - Instants d'audiences de Raymond Depardon nous n'avons vu aucun film, ou documentaire, au regard aussi vif et dépoussiéré sur le fonctionnement et l'âme, moribonde en France, combattante au Cameroun, de la justice. Avec une plaidoirie puissante en faveur des droits des femmes en prime, les formidables "Soeurs de droit" confirment l'excellente santé du genre documentaire ces derniers mois !
Vu le 6 février 2006, au Club Marbeuf, en VO
Note de Tootpadu: