En construccion

Réalisé par José Luis Guerin (2008)

Documentaire
En construccion
Durée 128 minutes
Sortie 10/09/2008
Note 6/10

En 1998, le quartier populaire "El Chino" de Barcelone, vieux d'un siècle, vit une transformation importante, avec la construction d'une grande place et plusieurs immeubles modernes. Alors que les pelleteuses débarquent et l'ancien doit céder sa place au neuf, un cimetière romain est découvert sur le chantier et les habitants du quartier doivent se résigner à être relogés dans des banlieues lointaines.

La critique

Par Tootpadu 08/09/2008

José Luis Guerin excellait déjà, dans ce documentaire sur la transformation urbaine inéluctable, à conférer une force visuelle poétique aux motifs courants de chaque cité. Comme dans son film suivant, le magnifique Dans la ville de Sylvia, le réalisateur sait se réapproprier l'espace urbain pour faire jaillir une beauté plastique là où on l'attendait le moins. Les plans de l'écoulement du béton ou des squelettes déterrés s'inscrivent alors dans un projet presque épique, une sorte de saga populaire et sociale sur le déracinement d'un quartier vétuste de tous points de vue, qui est remplacé par quelque chose de plus lisse et moderne.
Le procédé de José Luis Guerin pour évoquer ce passage de relais vital et involontaire est des plus ingénieux, quoiqu'assez éloigné d'une conception puriste du genre documentaire. Aux prises des travaux de démolition et de construction des bâtiments se mêlent des scénes plus intimistes, où la caméra prend une place d'observateur pas tout à fait invisible. Le découpage et le contenu de ces moments de conversation entre les habitants du quartier ou les maçons les éloigne sensiblement de témoignages pris sur le vif. Mais leur intégration dans la forme globale du documentaire ne s'opère pas non plus selon une finalité édifiante clairement définie. Ce sont alors plutôt des tranches de vie avec un soupçon d'artifice fictif, qui confèrent un ton particulier et pas sans intérêt au documentaire.
Cependant, le réalisateur n'échappe pas à la forme forcément cyclique du film, imposée par le sujet de disparition et de renaissance. A l'authenticité des habitants anciens se substitue logiquement la gentillesse niaise de la nouvelle population embourgeoisée, qui s'affiche notamment lors de la scène de la visite des logements encore en travaux par leurs futurs occupants.

Vu le 3 septembre 2008, au Club Marbeuf, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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