John John

Réalisé par Brillante Mendoza (2008)

Drame familial
John John
Durée 95 minutes
Sortie 27/02/2008
Note 6/10

Depuis des années, Thelma accueille des orphelins dans sa famille, qu'elle élève pendant un certain temps, en plus de ses deux fils biologiques, avant de les laisser à leurs parents adoptifs définitifs. Ce jour, elle devra présenter John-John, un petit métis de trois ans, à un couple américain, qui est venu aux Philippines pour l'adopter.

La critique

Par Tootpadu 14/02/2008

Le style quasiment documentaire de la première partie de ce film philippin, pendant laquelle Thelma parcourt son quartier pauvre de Manille comme tous les jours pour maintenir un foyer propre et ordonné, acquiert toute sa valeur dramatique au moment de la deuxième, lorsqu'elle est arrachée à ce cadre familier pour déposer John-John à l'hôtel de luxe des Américains. Les longs cheminements à travers les ruelles exiguës du quartier populaire, avec les échanges apparemment bénins entre les habitants, prennent alors une fonction sociale importante. Dans son quartier, Thelma est chez elle : elle y connaît tout le monde et tout le monde la connaît. Elle ne s'y perd pas, en dépit de la jungle de petits sentiers et de logements de fortune. En somme, elle y est parmi les siens, des femmes qui ont un rapport décomplexé avec la procréation et les enfants, dans un univers où un gamin de plus ou de moins ne fait guère la différence.
Dans le cadre soigné de l'hôtel, au contraire, la sensation de perte des repères est écrasante. Elle est magnifiquement condensée dans l'exploration de la salle de bain luxueuse. Mais dans ce même endroit se produira également l'humiliation de Thelma la plus éprouvante, lorsqu'elle ne sait pas se servir de la douche. Le lien innocent entre ces deux styles de vie, c'est le petit John-John, encore attaché à sa mère-nourrice, mais qui ne la reconnaîtra peut-être déjà plus dans quelques mois, quand il sera complètement absorbé par l'enfance gâtée d'un enfant américain. Le rôle social de Thelma, temporairement utile mais sans impact à long terme dans la vie des enfants qu'elle élève, prend ainsi toute sa dimension cruelle.
Brillante Mendoza filme ce destin philippin tristement banal avec un attachement émotionnel sensible, mais sans égarements formels superflus. Alors que l'on peut s'étonner de sa fascination pour les personnages qui urinent, son évocation passagère, presque anodine, d'une famille homoparentale est des plus surprenantes. Comme quoi aux Philippines, un pays encore très attaché aux traditions et à la religion catholique, l'homosexualité ne pose pas vraiment problème (cf. également L'Eveil de Maximo Oliveiros).

Vu le 13 février 2008, au Club Marbeuf, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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