Eveil de Maximo Oliveros (L')

Réalisé par Auraeus Solito (2007)

Drame
Eveil de Maximo Oliveros (L')
Durée 100 minutes
Sortie 04/04/2007
Note 6/10

Dans une banlieue défavorisée de Manille, le jeune Maxi prend soin de son père et de ses deux frères aînés. Alors que ces derniers gagnent leur vie en volant ou en trafiquant, Maxi fait la cuisine, le ménage et la couture. Son air éfféminé et son excentricité accentuent encore son statut de femme de maison. L'arrivée d'un nouvel agent de police dans le quartier va mettre Maxi en contradiction entre la solidarité envers sa famille de voyous et son amour naissant pour cet homme beau et fort.

La critique

Par Tootpadu 25/02/2007

Un garçon au début de l'adolescence qui tombe amoureux d'un homme adulte : même en prenant en compte toute précocité culturelle hypothétique de l'autre côté du globe, aux Philippines, ce sujet avait de quoi soulever nos pires craintes de pédophilie maladroite. Qu'il n'en est rien n'est pas le moindre compliment que l'on peut adresser à ce film délicat et étrangement harmonieux.
La première moitié du film, avant que le béguin de Maxi pour Victor ne devienne une source de conflits permanente, opère en effet comme une célébration de la différence. Le garçon aux gestes éfféminés évolue dans un cadre qui prend son ambiguïté sexuelle comme un fait marrant, mais guère gênant. Ses frères et son père, tous rompus à la dureté de la vie et peut-être pour cela des hommes au comportement plutôt viril, le taquinent, certes. Mais leurs petites blagues sont empreintes d'une telle affection que l'homosexualité naissante du benjamin de la famille ne paraît point leur poser problème. L'environnement social élargi n'exprime pas une hostilité plus prononcée, comme le montre par exemple l'après-midi que Maxi passe, en compagnie de quelques copains et copines, à se déguiser en concurrentes pour une compétition de beauté féminine.
L'homosexualité n'est ainsi pas plus une pierre d'achoppement que la différence d'âge conséquente entre Maxi et Victor, qui motive en quelque sorte l'idéalisme de l'un et la réticence et la pudeur de l'autre. La cause des péripéties dramatiques qui animent la deuxième moitié du film est avant tout le conflit d'intérêts entre l'amant platonique et la famille, et plus généralement entre la solidarité envers le mal et les bons conseils du bien. Vu dans ce contexte, le film s'apparente, dans un mouvement de styles et de traditions narratifs des plus improbables, aux grands films du réalisme poétique, en vogue dans le cinéma français des années 1930.
En effet, la spirale de la violence, le cadre social misérable et les sentiments en panne d'assouvissement seraient autant à leur place dans les chefs-d'oeuvre d'antan que dans ce premier film philippin, fait pour trois fois rien. Le point qui fâche, et qui rend toute issue heureuse impossible, c'est que les deux amants se trouvent des deux côtés de la loi et que le poids de cette disparité les empêche de repartir sur de nouvelles bases. L'esthétique rudimentaire, qui découle sans doute des moyens très réduits mis à la disposition du réalisateur, accentue encore la lourdeur très élégante d'un film, qui ne vous fera pas quitter la salle dans un état d'euphorie, en raison de la mise en valeur de l'homosexualité. Non, L'Eveil de Maximo Oliveros se fait tout en douceur, dans un ton d'harmonie étrange, qui n'occulte pas pour autant les obstacles insurmontables de la condition sociale.

Vu le 23 février 2007, au Planet Hollywood Champs-Elysées, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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