Etat du monde (L')

Réalisé par Apichatpong Weerasethakul, Vicente Ferraz, Ayisha Abraham, Wang Bing, Pedro Costa, Chantal Akerman (2008)

Courts-métrages
Etat du monde (L')
Durée 104 minutes
Sortie 20/02/2008
Note 5/10

Six réalisateurs, six points de vue sur l'état du monde : un groupe de personnes descend le Mékong en bateau pour une cérémonie funéraire, trois pêcheurs quittent la baie polluée de Guanabara pour tenter leur chance en haute mer, la vie d'un réfugié népalais à Bangalore, la démolition d'une usine en Chine où des tortures et des exécutions ont eu lieu pendant la révolution culturelle, des immigrés du Cap-Vert attendent leur expulsion, la silhouette des tours de Shanghaï un soir d'avril.

La critique

Par Tootpadu 24/01/2008

Le monde va mal, voire de plus en plus mal. A condition d'être de disposition pessimiste ou fataliste, on arrivera sans doute toujours à cette conclusion, tellement notre monde véhicule de lui-même une image moribonde, dans laquelle il se trouve constamment au bord du gouffre. Qu'il n'en est pas forcément ainsi, cela aurait pu être la prémisse de cette production portugaise, qui réunit les courts-métrages de six réalisateurs d'origines diverses.
En dehors de son inégalité profonde, inhérente au genre, L'Etat du monde étonne surtout par la faiblesse de sa ligne directive. La liberté, dont les cinéastes ont visiblement profité dans le choix et le développement de leurs sujets, donne au film, en tant qu'ensemble, un aspect très disparate, tel un fourre-tout d'approches et d'esthétiques sans continuité ou lien logique. En plus, subjectivement parlant, la qualité et l'intérêt des participations va en décroissant, avec une deuxième moitié clairement plus frustrante et ennuyeuse que la première.
Au début, Apichatpong Weerasethakul opère une fois de plus sa magie, avec ce récit de voyage fluvial étrange, noyé dans le bruit du moteur. Et pourtant, l'enchantement visuel a lieu encore ici, dès que la finalité funeste est manifeste. Le ton solennel y est vite démenti par des agissements plus légers, au point de faire de ce mélange entre la joie et le recueillement tragique au bord de l'eau, en quelque sorte la Partie de campagne du réalisateur.
La demi-heure suivante s'applique plus clairement à l'exécution des conventions de la fiction et du documentaire. Mais l'histoire de pêcheurs malheureux dans leur métier et la vie des réfugiés népalais sont présentées d'une manière suffisamment simple pour émouvoir. Elles n'apportent peut-être pas grand-chose à notre conception du monde, mais elles évoquent, en toute modestie, le destin de millions de défavorisés économiques.
Le lien direct avec le monde réel qui nous entoure à présent, se romp dans le court-métrage chinois. La torture d'une femme en désaccord avec les exécutants de la révolution culturelle dans les années 1960 est rapprochée des carcasses industrielles où elle avait eu lieu, désormais prêtes à être démolies. La mémoire d'un endroit et le souvenir d'une époque, qui disparaît avec lui, ne reflètent que d'une façon très abstraite l'état du monde actuel, qui se préoccupe de moins en moins de la connaissance et de la préservation de l'Histoire.
Enfin, les deux derniers courts-métrages n'apportent pas non plus d'éclaircissement profond sur la vaste thématique du film. Alors que le style de Pedro Costa nous désespère toujours autant dans son minimalisme et sa lenteur pesante, le dépouillement formel du plan fixe de Chantal Akerman sur les images, qui s'affichent sur la façade des grattes-ciels d'une métropole asiatique, ne nous stimule pas davantage.

Vu le 24 janvier 2008, au Club Marbeuf, en VO

★★★★★☆☆☆☆☆ 5/10

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