Souffle

Réalisé par Kim Ki-duk (2007)

Drame
Souffle
Durée 84 minutes
Sortie 21/11/2007
Note 6/10

Le condamné à mort Jang Jin commet plusieurs tentatives de suicide en prison, dans l'attente de son exécution. Yeon, une femme sculpteur avec un mari infidèle, se sent attiré vers lui, lorsqu'elle regarde son hospitalisation à la télévision. Elle se rend à la prison et se fait passer pour l'ancienne fiancée de Jang Jin. Au fil de ses visites, qu'elle anime chaque fois aux couleurs d'une autre saison, elle se sent de plus en plus proche du prisonnier, qui à son tour reprend goût à la vie.

La critique

Par Tootpadu 11/10/2007

Kim Ki-duk continue son exploration d'univers décalés dans son dernier film, présenté en compétition au Festival de Cannes cette année. Ici, il bouleverse les schémas comportementaux des personnages d'une façon parfois absurde, mais toujours intéressante. Les motivations de Yeon restent ainsi curieusement floues, comme si l'infidélité de son mari et l'événement traumatisant de son enfance ne pouvaient fournir qu'un début d'explication à son attachement pour Jang Jin. Ses actes participent à cette même suspension de logique, comme pour mieux élever le récit au niveau d'un conte symbolique.
Car les symboles ne manquent point dans cette histoire passionnelle, contre raison et contre les conventions établies de la fiction. Le réalisateur en abuse même un peu trop, avec tous ces objets indicateurs des joies et des peines des personnages. Mais ce biais de l'expression appartient autant à l'univers de Kim Ki-duk que les architectures modernes et les personnages incapables de communiquer à travers la parole. Sans surprise, les deux personnages principaux s'engagent dans un échange sensuel, en raison de l'état léthargique de la femme, uniquement perturbé par des chansons populaires et des récits venus du plus profond d'elle-même, et de la privation de parole de l'homme, infligée par un désir morbide de se taire à jamais.
Souffle s'inscrit parfaitement dans l'oeuvre de son auteur, faite de récits abstraits et opaques dans des environnements précis. Il n'ajoute rien de transcendant à l'univers de Kim Ki-duk, mais il éloigne ce dernier légèrement de la menace d'un essoufflement et d'une stérilité artistiques qui se profilait avec Time.
Néanmoins, il y a un point plutôt regrettable dans cette construction du désir, de la frustration et du plaisir voyeuriste (le rôle curieux du directeur de la prison, en figure paternelle ou divine) : le traitement tortueux de l'homosexualité dans le cadre carcéral. Autant l'histoire d'amour passionnel entre Yeon et Jang Jin regorge de moments intriguants, à commencer par les visites dans la cellule habillée par des papiers peints très kitschs, autant le dévouement du codétenu du condamné à mort n'est jamais considéré comme plus qu'un pis-aller, un attachement maladif et méprisable, en contraste parfait avec l'affection pure et inventive de la femme.

Vu le 11 octobre 2007, au Planet Hollywood Champs-Elysées, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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