American Vertigo

Réalisé par Michko Netchak (2007)

Documentaire
American Vertigo
Durée 95 minutes
Sortie 20/06/2007
Note 6/10

Sur invitation du mensuel américan "Atlantic Monthly", l'écrivain français Bernard-Henri Lévy traverse les Etats-Unis sur les traces d'Alexis de Tocqueville. Pendant un an, il parcourt le pays en voiture, de New York jusqu'à Seattle, et de Los Angeles jusqu'à Washington. Ses visites des institutions pénitentiaires, des quartiers atypiques des grandes villes et des vastes espaces déserts au coeur du pays, donnent l'aperçu d'une nation en pleine mutation.

La critique

Par Tootpadu 10/05/2007

L'Amérique, vilipendée pour ses idioties bushiennes, raillée pour sa culture de consommation, elle ne s'en sort pas non plus indemne à l'issue du voyage que Bernard-Henri Lévy entreprend à travers elle. L'image qui s'en dégage, à travers les très nombreuses stations du périple, est celle d'une nation momifiée, dont les seuls mouvements tendent vers la séparation. Les riches des pauvres, les vieux des jeunes, les Américains des immigrés illégaux, tout un chacun se replie sur un trait de sa personnalité ou de son style de vie, si ce n'est carrément le pouvoir publique qui met les éléments indésirables à l'écart. L'idéal originaire du "melting pot" n'est alors plus qu'une utopie innocente, le rêve d'une société qui valorise les points qui l'unissent, au lieu d'exacerber la différence.
Les instantanés que Lévy prend au fil de ses multiples arrêts reviennent souvent sur cette idée de l'affirmation communautaire. Que ce soient les gays du quartier de Castro, curieusement laissés sans commentaire dans leur spectacle de cabaret improvisé vulgaire, les expatriés de Cuba qui soignent la nostalgie de leur dissidence, les vieux californiens qui décrépissent dans un camp luxueux et exclusif, voire l'initiative d'un quartier de Los Angeles pour s'opposer à l'implantation d'un hypermarché, les cas d'un repli identitaire surabondent. A cette tendance d'une collectivité restreinte, le réalisateur et Lévy opposent d'une certaine façon les interventions d'intellectuels ou d'activistes au bord du système. Ceux-ci reflètent cependant aussi des facettes bien connues, mais profondément humaines, de leur culture si particulière.
Car même si les prisons prennent la fonction d'attraction principale du documentaire, American Vertigo fait également escale aux temples de la culture populistes, qu'ils s'appellent le "Mall of America", Las Vegas ou une course de voitures télé-guidées. Et puis, il y a ces plaines étendues à vue d'oeil, qui rappellent à quel point la mentalité américaine est également forgée par ce luxe de l'espace et des richesses naturelles.
Le regard que Bernard-Henri Lévy porte sur les Etats-Unis d'aujourd'hui est celui d'un intellectuel lucide et curieux. Mais il n'arrive pas à dissiper une dominante anti-américaine, qui sous-tend la plupart des rencontres. La structure extrêmement morcelée du documentaire fait en effet ressembler ce dernier à un défilé de particularités sociales, traitées sur un ton pour le moins critique. La course folle à travers un continent, qui doit résumer un aller-retour d'un an en à peine une heure et demie de film, donne alors au mieux des pistes de réflexion. Quant au temps pour approfondir ce kaléidoscope d'une société qui n'est plus ce qu'elle était, il manque sensiblement à cette évocation trop ramassée sur la majorité des aspects de la vie à l'américaine. L'épilogue sous forme de montage proprement épileptique résume alors assez bien la hâte un peu poussive avec laquelle Lévy tente d'inclure toutes les facettes de son long voyage dans le format réduit d'un documentaire.
Ce qui soulève la question de la place de ce documentaire au cinéma. Formellement très proche des reportages que l'on peut regarder sur les chaînes de qualité, comme les chaînes publiques allemandes, American Vertigo aurait peut-être donné un aperçu moins vertigineux et plus approfondi dans le cadre d'une production audiovisuelle en plusieurs épisodes.

Vu le 10 mai 2007, au Publicis Cinémas, Salle 2

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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