Se battre

Réalisé par Jean-Pierre Duret, Andrea Santana (2014)

Documentaire
Se battre
Durée 94 minutes
Sortie 05/03/2014
Note 7/10

Dans la France d’aujourd’hui, où la pauvreté et l’exclusion guettent partout, il faut se battre. Comme un jeune sportif qui a grandi dans des HLM et qui pense que sa stratégie de combat est infaillible. Comme une femme sexagénaire qui brassait autrefois l’argent et qui vit désormais seule avec son chien et ses chats. Comme cet homme qui aide du mieux qu’il le peut une famille d’immigrés roumains qui squattent dans un immeuble sans eau courante et à l’électricité défaillante. Comme les salariés d’une exploitation agricole qui sont contents d’avoir ce boulot, même s’il n’est qu’à mi-temps. Comme les bénévoles d’une antenne du Secours populaire.

Les critiques

Par Noodles 14/03/2014

C’est par un match de boxe que s’ouvre le nouveau film d’Andréa Santana et de Jean-Pierre Duret. Sur le ring, le jeune combattant prometteur n’a d’autre choix que de se battre. Se battre, c’est également ce que doivent faire, à leur manière, les différentes personnes qui s’expriment dans ce documentaire. Leur adversaire à eux n’est pas équipé de gants de boxe, pourtant il frappe fort : il s’agit de la pauvreté. C’est à travers ces individus habitant la ville de Givors que les deux cinéastes tentent de dresser le portrait d’une frange de la population qui n’est plus en bas de l’échelle sociale, mais véritablement hors de toute échelle sociale. Ces gens, ce sont les exclus, ceux qui ne peuvent pas s’exprimer, que l’on préfère ne pas entendre, peut-être parce qu’ils incarnent le revers de la médaille d’un beau et grand pays.

Comment nous faire ouvrir les yeux sur le problème de la précarité en France, sans pour autant sombrer dans un excès de pathos ? La question a forcément dû se poser pour les deux réalisateurs. Ils en ont en tout cas trouvé la réponse, puisque le film échappe au misérabilisme. Evidemment, les gens qui sont montrés sont bien des victimes d’un mode de vie et d’une société consuméristes qui multiplient les laissés pour compte. Mais le but ici n’est pas de faire en sorte que les spectateurs éprouvent de la pitié envers ces individus. Au contraire, ces derniers dégagent tant de stoïcisme, de combativité, et bien souvent de générosité, qu’ils ne peuvent que forcer notre respect. En ce sens, le documentaire contient même un édifiant message d’espoir, sans pour autant passer de l’autre côté de la barrière en disant que tout est possible et que la vie est rose si l’on fait quelques efforts. Non, Se Battre n’est ni misérabiliste, ni idéaliste. Il est entre les deux, il est un constat plein de justesse et d’authenticité.

C’est avec peu de moyens que ce documentaire a été réalisé, et l’on pourrait craindre que la relative pauvreté de la forme puisse desservir le fond. En réalité, ce n’est pas tellement le cas. Certes, le film ne se distingue pas par ses trouvailles visuelles ni par la beauté de ses plans, mais ce n’est en aucun cas son objectif. Son but est plutôt de nous faire prendre conscience d’une certaine réalité, et la simplicité des images n’entrave en aucun cas ce discours. La seule chose que l’on puisse éventuellement regretter, c’est que le montage ne parvienne pas réellement à tisser davantage de liens entre les différents individus, et le film passe brutalement de l’un à l’autre sans vraiment user de raccords travaillés. En tout cas, ce film a le mérite de nous rappeler que le septième art n’a pas seulement une fonction de divertissement, ce pour quoi il est trop souvent destiné. Il possède également toute une dimension sociale qui ne doit pas être oubliée, et qui apparaît même nécessaire en ce moment.

Vu le 4 février 2014, au Club Marbeuf

★★★★★★★☆☆☆ 7/10

Par Tootpadu 04/02/2014

La pauvreté de la fiction du film précédent des réalisateurs Jean-Pierre Duret et Andréa Santana est devenue tristement réelle dans ce documentaire. Sous le soleil éclatant du Brésil dans Puisque nous sommes nés, il y avait une certaine noblesse et poésie à tirer du sort peu enviable de deux gamins qui traînent autour d’une station-service. Mais quand la misère frappe plus près de chez nous, elle devient tout de suite moins séduisante et édifiante. La tentation est en effet grande de détourner le regard, d’ignorer aussi poliment que hypocritement les appels au secours de ceux dont la vie matérielle et sociale a dérapé, en espérant en secret que pareil sort néfaste ne nous rattrapera pas sur nos vieux jours. Pourtant, il serait si facile de faire preuve de solidarité, voire de s’engager activement dans la lutte contre la précarité ambiante.

Se battre ne s’évertue pas à donner des instructions toutes faites sur comment devenir un bon samaritain. Sa finalité n’est pas non plus d’inciter le spectateur à s’apitoyer sur ces pauvres gens, dont le quotidien est un calvaire maintes fois recommencé et dépourvu du moindre espoir de s’en sortir un jour. Ce documentaire poignant réussit au contraire du côté des tranches de vie. Celles-ci seraient tout à fait anecdotiques prises séparément dans le cadre d’un journal télévisé, par exemple. Leur association plutôt libre au sein d’un long-métrage de cinéma leur confère par contre une cohésion humaine à laquelle il est difficile de se soustraire. Ce sont ainsi les choses simples qui subjuguent au fil d’un récit, qui ne court nullement après l’illusion passagère d’une victoire ponctuelle sur le système social de toute façon dysfonctionnel.

Le regard de la mise en scène épouse étroitement le point de vue des hommes et des femmes, qui sont descendus si bas sur l’échelle sociale qu’une simple fiche de paie illumine leur journée, bien que ces quelques centaines d’euros ont au mieux une valeur symbolique dans un contexte économique difficile. Or, l’important n’est pas de s’en sortir comme par miracle, mais de ne jamais baisser les bras face à une situation a priori sans issue. Ce pragmatisme des petits plaisirs, du caddie bien rempli dans le magasin réservé aux plus démunis, des canards qui sont désormais les seuls compagnons de la femme dont la vue baisse irrémédiablement, de la collection de peluches qui rappelle le bonheur passé de la bande de potes, des légumes cueillis après les avoir vus pousser avec patience, il fait infiniment plus chaud au cœur qu’un discours militant quelconque.

Néanmoins, la thématique assez fourre-tout du documentaire ne laisse pas toujours apparaître un lien probant entre les différentes histoires. Quel rapport y a-t-il en effet entre cet adolescent qui a encore toute sa vie devant lui – même si sa passion pour le sport de combat ne lui laisse guère le temps ou l’envie de chercher un travail stable – et ces hommes et femmes plus âgés qui ont déjà perdu leur place dans notre société à forte connotation concurrentielle ? Grâce à la caméra des réalisateurs, en toute circonstance attentive aux petits détails saisissants, ils s’inscrivent tous dans une volonté de survie. Sauf que cette rage de vivre, exprimée le plus souvent avec un rire jaune, ne suffit hélas pas dans tous les cas pour retrouver un minimum de confort et de sérénité.

 

Vu le 4 février 2014, au Club Marbeuf

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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