Oiseau de paradis (L')
Réalisé par Delmer Daves (1951)
| Durée | 101 minutes |
| Sortie | 31/12/1951 |
| Note | 6/10 |
Après des études aux Etats-Unis, Tenga, le fils du chef d'une tribu polynésienne, revient sur son île, accompagné de son ami, le Français André Laurence. Initialement, André n'était censé rester que quelques semaines, le temps de connaître la culture et les traditions de son camarade de classe. Mais il tombe amoureux de la belle Kalua, la soeur de Tenga, qui n'est pas encore autorisée à se marier. Respectueux des coutumes de la tribu, André demande à Tenga la marche à suivre pour s'approcher de Kalua. En même temps, le sorcier de l'île voit d'un mauvais oeil l'arrivée d'André, qui serait selon lui le porteur d'un mauvais présage et de grands maux pour le peuple.
Les critiques
Par Tootpadu 27/02/2007
Cet apprentissage passablement innocent ne se permet cependant aucun jugement. L'étranger aura certes de plus en plus de mal à assimiler les rites à première vue exotiques, mais progressivement plus cruels. Il n'assume pas pour autant la position de l'être supérieur, à l'image des colonisateurs et autres missionnaires fanatiques. Sa place est davantage celle de l'observateur, comme pour mieux compléter la série d'hommes blancs qui se sont installés sur l'île, après le grand-père de Tenga accueilli tel un dieu et le matelot anglais qui figure, au contraire, comme l'incarnation du mal aux yeux des indigènes. Le seul outil de compréhension et de tolérance d'André est la bonne volonté, animée par des sentiments amoureux envers la soeur de son ami. Son séjour sur l'île ne répond par conséquent à aucune motivation littéraire ou scientifique, mais simplement à la quête de l'endroit où l'on appartient. Cet état d'esprit permet une approche modérée et ouverte d'un univers qui a dû subir, avant et après ce film, des points de vue infiniment plus bornés.
Dans ce sens, L'Oiseau de paradis est pour les peuples exotiques ce que La Flèche brisée du même réalisateur était pour les Indiens : une histoire respectueuse des cultures inconnues qui explore, sans maladresse, le parcours d'un homme plein de bonne volonté, qui se fait en fin de compte dépasser par l'attachement infaillible des autochtones envers leur identité et leurs croyances traditionnelles. Delmer Daves conte cette histoire plutôt lucide avec une solidité formelle très appréciable. Il ne se laisse jamais subjuguer complètement par la beauté visuelle du cadre naturel et il n'esquive pas les inconvénients des différents styles de vie. Et puis, il sait parfaitement mettre en scène ses deux vedettes masculines tout à fait séduisantes et peu vêtues, Louis Jourdan et Jeff Chandler, tout comme la seule actrice du film, Debra Paget, elle aussi d'une beauté exotique.
Il se pose enfin la question si le dénouement hâtif et conventionnel aurait été plus satisfaisant si le fantôme de Henri Langlois n'avait pas encore frappé ? Projeté dans une copie purement anglaise très convenable, le film a en effet vu le son basculer dans la langue française pour les cinq dernières minutes. L'édifice psychologique plutôt élaboré du protagoniste, qui avait survécu aux pires mises en question pendant le film, avait alors du mal à résister à la conclusion énoncée avec une nonchalance typique des voix de doublage de l'époque.
Vu le 26 février 2007, à la Cinémathèque Française, Salle Georges Franju, en VO
Par Mulder 18/08/2006