Kigali des images contre un massacre

| Titre original: | Kigali des images contre un massacre |
| Réalisateur: | Jean-Christophe Klotz |
| Sortie: | Cinéma |
| Durée: | 95 minutes |
| Date: | 15 novembre 2006 |
| Note: | |
En juin 1994, alors que le génocide au Rwanda est en cours, le journaliste Jean-Christophe Klotz se rend à la capitale Kigali avec l'envoyé des Nations unies Bernard Kouchner, pour rendre compte de la catastrophe humaine et tenter d'établir des couloirs humanitaires. Lors d'un deuxième voyage quelques semaines plus tard, Klotz est grièvement blessé lorsque la milice prend d'assaut la paroisse du père Blanchard, bondée de réfugiés tutsis. Dix ans après, le journaliste revient sur les lieux de son périple, à la recherche d'éventuels survivants.
Critique de Tootpadu
Le génocide du Rwanda, avec tout ce qu'il implique comme observations douloureuses sur la partie abjecte de la nature humaine et de récits sur le courage d'individus isolés, ne lâche toujours pas la conscience globale du cinéma, et c'est tant mieux. Après un premier documentaire exemplaire (Après - Un voyage dans le Rwanda) et deux fictions déchirantes (Hôtel Rwanda et Shooting Dogs), voici donc une nouvelle approche sur un des drames les plus importants et les plus honteux de l'histoire récente.
Jean-Christophe Klotz dispose de deux avantages majeurs pour évoquer cette heure noire de l'humanité : il était sur place lorsque des centaines de milliers d'hommes, de femmes et d'enfants étaient massacrés, et il est un journaliste suffisamment lucide pour s'interroger sur son propre rôle, comme un humble élément dans le rouage immense des événements. La mise en abîme qu'il entreprend entre les images prises sur le vif en plein conflit et le retour sur les lieux, ainsi que les entretiens avec quelques acteurs clés de l'époque (Kouchner, le général canadien, le responsable de la Croix rouge), donnent un très fort aperçu d'impuissance générale et de consternation face à la situation. Ce qui s'est passé pendant quelques mois seulement au Rwanda au printemps 1994 sera à jamais trop difficile et trop douloureux à comprendre, mais Klotz apporte un outil de travail mental précieux.
Sa démarche s'articule en effet autour de deux grands axes, qui offrent tous les deux une matière à réflexion exemplaire. Alors que le côté humain du drame est abordé avec une pudeur qui se fait rare dans le monde contemporain des médias, la mise en question virulente du rôle de la France dans le génocide apporte une plus grande part de responsabilité tout près de chez nous. L'inertie de la communauté internationale, voire notre propre incapacité d'agir au niveau personnel, se voit alors interpellé avec une franchise, un courage et une intelligence tout à fait recommandables.
Le génocide rwandais a beau être une des grandes hontes de l'humanité toute entière du XXème siècle, son traitement au cinéma continue d'être un sans faute absolu, qui évoque l'impensable avec beaucoup de sensibilité et de lucidité.
Vu le 18 octobre 2006, au Club Publicis
Note de Tootpadu: