Exposition

Belmondo, le Magnifique : une icône du cinéma français à Paris

Exposition Belmondo le magnifique : au cœur de la vie et de la légende de Jean-Paul Belmondo

Hier, 18h00 Paris, Cinémathèque française, 51 rue de Bercy 05/10/2026

La Cinémathèque française place Jean-Paul Belmondo au cœur de sa saison 2026-2027 avec Belmondo, le Magnifique, une grande exposition qui se tiendra du 7 octobre 2026 au 31 janvier 2027. Produite par la Cinémathèque et organisée par Clémentine Deroudille, cette exposition présente l’acteur non seulement comme une célébrité adulée, mais aussi comme un interprète dont la liberté, la présence physique et l’instinct ont contribué à redéfinir l’image du héros français moderne du grand écran. L’institution retrace une carrière d’environ 90 films où comédie, drame et action se sont sans cesse entremêlés, portés par ce même mélange d’audace, de charme, d’énergie athlétique et de plaisir indéniable à jouer.

L’exposition s’appuie sur des archives personnelles, des affiches, des costumes, des photographies inédites et de nombreux extraits de films. Sa dimension la plus intime provient de la famille Belmondo elle-même. Pour la première fois depuis le décès de son père en 2021, Paul Belmondo a ouvert les archives familiales, qui contiennent des albums photos, de la correspondance et des images de tournage. Le catalogue officiel de l’exposition, publié par Albin Michel en collaboration avec la Cinémathèque française sous la direction de Clémentine Deroudille, prolonge cette démarche sur 272 pages et rassemble 200 photographies et documents rares ou inédits. Les témoignages de Stella Belmondo, Paul Belmondo et Victor Belmondo contribuent à déplacer le regard de l’icône publique vers l’homme qui se cache derrière le mythe.

D'élève turbulent et de boxeur à figure emblématique de la Nouvelle Vague française

Né à Neuilly-sur-Seine le 9 avril 1933, Jean-Paul Belmondo a grandi dans un milieu artistique : son père, Paul Belmondo, était sculpteur et sa mère, Madeleine Rainaud-Richard, peintre. Avant que le métier d’acteur ne prenne le dessus, le sport occupait une place fondamentale dans sa vie. Il pratiquait le football et la boxe, des expériences qui allaient plus tard devenir indissociables de sa présence à l’écran, à la fois décontractée et intensément physique. Son parcours vers le métier d’acteur n’a rien d’une histoire de favori évident du milieu. Au Conservatoire national supérieur d’art dramatique, il a intégré une génération remarquable et noué des amitiés durables avec Jean Rochefort, Jean-Pierre Marielle, Bruno Cremer et Pierre Vernier, même si certains professeurs restaient sceptiques quant à ses chances de devenir un premier rôle classique.

Le cinéma a transformé ce prétendu désavantage en une véritable révolution. Après ses premiers pas à l’écran, Jean-Luc Godard a associé Jean-Paul Belmondo à Jean Seberg dans À bout de souffle (1960). L’insolence, l’humour et la décontraction de Michel Poiccard ont instantanément fait de Belmondo l’un des visages emblématiques de la Nouvelle Vague française et lui ont valu une reconnaissance internationale. Mais ce qui a suivi est essentiel pour comprendre l’exposition : il n’a jamais laissé cette percée devenir un carcan. Il a travaillé avec des cinéastes aussi différents que Claude Sautet, Jean-Pierre Melville, Vittorio De Sica, Henri Verneuil, François Truffaut, Claude Chabrol, Alain Resnais et Claude Lelouch, passant des gangsters et des héros romantiques aux aventuriers, aux anti-héros comiques et aux personnages dramatiques meurtris.

Philippe de Broca et la naissance de l'aventure Belmondo

Parmi ses collaborations artistiques les plus marquantes figure celle avec Philippe de Broca. Cartouche (1962), L’Homme de Rio (1964), Les Tribulations d’un Chinois en Chine (1965), Le Magnifique (1973) et L’Incorrigible (1975) ont su tirer parti d’un comédien d’une rare polyvalence : Belmondo pouvait rendre une cascade drôle, transformer la comédie en film d’action et passer de l’ironie à la sincérité sans jamais ralentir le rythme du film. L’Homme de Rio est devenu l’une des illustrations les plus évidentes de cette combinaison, mettant à profit son athlétisme au sein d’une structure d’aventure haletante tout en conservant l’énergie d’improvisation associée à ses premiers films.

Le Magnifique a repoussé encore plus loin les limites de la relation entre l’acteur et son personnage. Jean-Paul Belmondo incarne François Merlin, un romancier parisien en difficulté, et Bob Saint-Clar, l’agent secret ridiculement indestructible issu de l’imagination de Merlin. Ce double rôle a permis à Belmondo de parodier le héros d’action invincible au moment même où sa propre image publique prenait des proportions légendaires. Cela fait de ce film un choix particulièrement judicieux pour ouvrir la rétrospective de la Cinémathèque : c’est à la fois une comédie, un film d’aventure, une satire du cinéma de genre et un commentaire ludique sur Belmondo lui-même.

Cet acteur athlétique qui a fait du danger un élément à part entière de son jeu d'acteur

Belmondo, le Magnifique met particulièrement l’accent sur la présence physique qui distinguait Jean-Paul Belmondo de la plupart des stars de sa génération. Sa volonté d’effectuer des cascades exigeantes n’était pas seulement un argument publicitaire ; elle faisait partie intégrante de son jeu d’acteur. Dans L’Homme de Rio, son corps est constamment en mouvement. Dans Peur sur la ville (1975), réalisé par Henri Verneuil, le spectacle devient encore plus vertigineux, Belmondo enchaînant des séquences dangereuses qui ont renforcé sa réputation d’acteur prêt à s’impliquer physiquement dans l’action plutôt que de se contenter de jouer les stars d’action.

Paris lui-même abrite désormais un souvenir permanent de cette mythologie. En 2023, la promenade Jean-Paul-Belmondo a été inaugurée sur le pont de Bir-Hakeim, un lieu associé à la célèbre séquence de Peur sur la ville mettant en scène le métro aérien. L’exposition transpose ce goût du risque à la fois dans l’expérience des visiteurs et dans les archives. Parmi ses dispositifs interactifs ludiques, on trouve des téléphones permettant d’écouter des dialogues mémorables, un quiz musical et une installation à fond vert invitant les visiteurs à imiter Belmondo en train de réaliser ses cascades. Ces éléments font de l’exposition bien plus qu’une simple présentation chronologique : ils recréent en partie l’humour et l’exubérance physique de l’acteur.

De rebelle de la Nouvelle Vague à grande star populaire française

L’intérêt plus large de cette exposition réside dans le fait qu’elle montre qu’il n’y a jamais eu simplement deux Belmondo — l’acteur prestigieux de la Nouvelle Vague et la superstar du cinéma commercial —, mais un artiste qui a su conserver la même irrévérence à travers différents types de cinéma. Au cours des années 1970 et au début des années 1980, Jean-Paul Belmondo est devenu l’une des valeurs sûres du box-office français. Borsalino, Peur sur la ville, Flic ou Voyou, Le Guignolo, Le Professionnel, L’As des as et Le Marginal ont contribué à imposer un cinéma populaire axé sur les stars, dans lequel son nom, son visage, son humour et son audace physique faisaient eux-mêmes partie de la promesse faite au public.

Il a également pris de plus en plus le contrôle de cette image en coulisses. En 1971, Jean-Paul Belmondo a fondé Cerito Films et s’est impliqué plus directement dans la production de ses œuvres. Cette évolution explique en partie pourquoi les affiches et les documents de production présentés dans l’exposition revêtent une telle importance : ils retracent la transformation d’un acteur en marque cinématographique tout en dévoilant le savoir-faire, les collaborateurs et les choix qui se cachent derrière ce personnage d’apparence si naturelle. Sa popularité n’a pas effacé son goût du risque ; au contraire, ce risque s’est déplacé d’un registre artistique à l’autre, passant de la modernité radicale de Jean-Luc Godard au divertissement à grande échelle, pour finalement revenir au théâtre.

Un retour sur les planches et une autre facette de Belmondo

En 1987, après des décennies consacrées au cinéma, Jean-Paul Belmondo fit son retour au théâtre dans Kean, mis en scène par Robert Hossein. Le théâtre avait été sa première vocation, et ce succès lui permit de renouer avec une partie de son identité parfois occultée par le mythe de la star de films d’action. Il enchaîna ensuite avec d’importants rôles au théâtre, notamment dans Cyrano de Bergerac. Au cinéma, Claude Lelouch lui a proposé un autre changement de registre décisif avec Itinéraire d’un enfant gâté (1988), dont le rôle principal a permis à Belmondo de livrer une interprétation plus réfléchie. Ce film lui a valu le César du meilleur acteur en 1989.

Les distinctions qui lui ont été décernées par la suite soulignent l’extraordinaire ampleur de cette carrière. Jean-Paul Belmondo a reçu une Palme d’or d’honneur au Festival de Cannes en 2011 et un Lion d’or pour l’ensemble de sa carrière à la Mostra de Venise en 2016. À sa mort, survenue à Paris le 6 septembre 2021, à l’âge de 88 ans, la France lui a rendu un hommage national aux Invalides. L’utilisation, lors de la cérémonie, de Chi Mai, la musique d’Ennio Morricone que le grand public associe à jamais au film Le Professionnel, a bien montré à quel point ses films s’étaient ancrés dans la mémoire collective française.

Une rétrospective qui remet les films au cœur de l'attention

L'exposition s'accompagne d'une rétrospective consacrée à Jean-Paul Belmondo, qui se tiendra du 7 octobre 2026 au 31 janvier 2027, permettant ainsi aux visiteurs de passer directement des objets et des archives aux films eux-mêmes. La projection d’ouverture aura lieu le 7 octobre à 20 h dans la Salle Henri Langlois avec Le Magnifique (1973), réalisé par Philippe de Broca, avec Jacqueline Bisset et Vittorio Caprioli. La Cinémathèque présente le film en version DCP de 93 minutes et décrit ce mélange de fantaisie d’espionnage, de comédie pop et de mélancolie quotidienne comme l’un des sommets du cinéma populaire français des années 1970.

Le programme tisse également des liens au-delà des projections individuelles. Le 7 novembre, Le Magnifique revient avec Belmondo en musique, sans demi-mesure, une conférence animée par Stéphane Lerouge, qui propose une autre approche de l’identité cinématographique de l’acteur à travers la musique. Par ailleurs, le catalogue de l’exposition fera l’objet d’un événement public le 15 novembre à partir de 17 h 30, lorsque ses auteurs participeront à une séance de dédicaces à la librairie de la Cinémathèque française. Ensemble, l’exposition, les projections, les conférences et la publication confèrent à cet hommage une ampleur bien plus grande que celle d’une rétrospective muséale classique.

Visiting Belmondo, le Magnifique at the Cinémathèque française

L'exposition Belmondo, le Magnifique se tiendra du 7 octobre 2026 au 31 janvier 2027 à la Cinémathèque française, 51 rue de Bercy, 75012 Paris. Elle est ouverte le lundi, ainsi que du mercredi au vendredi, de 12 h à 19 h, et le samedi et le dimanche de 11 h à 20 h ; elle est fermée le mardi. Pendant les vacances scolaires et les jours fériés, les horaires d'ouverture sont de 11 h à 20 h, et la dernière entrée a lieu 45 minutes avant la fermeture. Le tarif plein est de 14 €, le tarif pour les 18-25 ans est de 11 € et celui pour les moins de 18 ans est de 7 €. La réservation d'un créneau horaire est obligatoire.

Les visites guidées ont lieu les samedis et dimanches à 16 h 30 et durent 90 minutes ; la Cinémathèque les recommande à partir de 15 ans. L’institution propose également un billet combiné exposition-film, renforçant ainsi l’idée curatoriale selon laquelle les objets prennent tout leur sens lorsqu’ils ramènent le public vers Belmondo à l’écran. Pour les jeunes adultes, le programme Jeudis Jeunes de la Cinémathèque propose également un accès gratuit en soirée aux 18-25 ans éligibles et aux étudiants, sur inscription en ligne obligatoire.

Pourquoi Belmondo, le Magnifique est une exposition importante

Plus de cinq ans après sa mort, Jean-Paul Belmondo reste difficile à cerner en une seule définition. Il pouvait incarner à la fois la rébellion formelle de la Nouvelle Vague et les plaisirs du cinéma grand public ; il pouvait être un gangster chez Jean-Pierre Melville, une figure romantique chez François Truffaut, un acrobate de l’aventure chez Philippe de Broca, un héros populaire au caractère bien trempé chez Henri Verneuil, avant de revenir plus tard au théâtre avec l’autorité d’un comédien redécouvrant ses débuts. C’est précisément cette diversité qui constitue l’atout majeur de l’exposition de la Cinémathèque.

En juxtaposant des albums de famille et de la correspondance à des costumes, des affiches, des photographies et des images animées, Belmondo, le Magnifique rétablit le lien entre la star fabriquée et l’acteur, l’athlète, le fils, le père, le collaborateur et l’interprète qui se cachent derrière. Le résultat ne vise pas seulement à susciter la nostalgie pour Bébel, mais aussi à montrer comment un jeune acteur atypique est devenu l’une des figures les plus emblématiques de l’histoire culturelle française — et pourquoi la liberté, l’humour et l’engagement physique de Jean-Paul Belmondo semblent encore aujourd’hui exceptionnellement vivants à l’écran.

Compte rendu de l'événement

Quoi  : Exposition Belmondo, le Magnifique — archives familiales et personnelles, affiches, costumes, photographies rares et inédites, documents et extraits de films consacrés à Jean-Paul Belmondo.
Où  : Cinémathèque française, 51 rue de Bercy, 75012 Paris, France.
Quand  : Du 7 octobre 2026 au 31 janvier 2027.

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Photos : Boris Colletier / Mulderville

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