The Beast

Réalisé par Renny Harlin

Action
The Beast
Avec Samuel L. Jackson, Joel Kinnaman, Guy Burnet
Durée 99 minutes
Sortie Date de sortie indéterminée
Note 7/10

Lorsqu’une milice composée d’ennemis non identifiés orchestre un coup d’État contre les États-Unis, le président est contraint de prendre le volant de la limousine présidentielle et de mobiliser l’ensemble des capacités offensives hautement classifiées de The Beast pour sauver son agent des services secrets blessé, retrouver sa femme et sauver le monde.

La critique

Par Mulder 08/10/2026

Le pouvoir présidentiel n’a rarement semblé aussi précaire que dans The Beast, où le chef du monde libre découvre que, pour survivre à la nuit, il doit conduire lui-même sa limousine et empêcher l’homme assis à l’arrière de se vider de son sang. Le réalisateur Renny Harlin construit son thriller d’action autour de cette situation peu glorieuse, Samuel L. Jackson apportant l’autorité, l’agacement et l’humanité tenace nécessaires pour la rendre crédible. L’attrait est immédiat : un acteur dont la voix peut dominer une pièce se retrouve confiné dans un véhicule qui refuse fréquemment de coopérer. Ce qui suit est bruyant, sanglant et parfois frustrant tant il est confus, mais sous ce déluge de sensations se cache un film captivant. Sa meilleure idée est celle d’un président qui pourrait se montrer digne de protection par son refus d’abandonner quelqu’un d’autre.

Écrit par Umair Aleem, le scénario s’ouvre sur une opération de sécurité présidentielle déjà en train de s’effondrer. À la suite d’un assaut organisé, le commandant en chef se retrouve au volant de sa limousine lourdement blindée, accompagné d’un agent des services secrets gravement blessé, incarné par Joel Kinnaman. Les communications transmettent des instructions sans grande assurance, tandis que les rapports indiquent que les violences s’étendent bien au-delà des rues qui les entourent immédiatement. Cette introduction abrupte confère au film un caractère d’urgence, même si le début confond surcharge sensorielle et suspense. Les coups de feu, les mouvements frénétiques et les échanges criés se bousculent avant même que la situation n’ait acquis une réelle charge émotionnelle. Cependant, dès que l’action se concentre sur les difficultés pratiques de l’évasion, le scénario devient plus captivant. Conduire, soigner une blessure et suivre un itinéraire d’évacuation sont des tâches simples rendues presque impossibles par la nécessité de les accomplir simultanément.

La limousine est à l’origine des contradictions les plus fructueuses du film. Chaque dispositif de protection promet la sécurité tout en nous rappelant à quel point ses occupants sont désormais dépendants d’une machine qu’ils ne peuvent pas entièrement contrôler. Les commandes vocales, la conduite automatisée et les armes dissimulées génèrent à la fois du spectacle et de petites humiliations, en particulier lorsque l’impatience présidentielle se heurte à l’indifférence technologique. Une séquence mettant en scène une intervention médicale d’urgence au cours d’un trajet en conduite autonome exploite particulièrement bien l’espace confiné : l’attention elle-même devient une ressource rare. Renny Harlin et le directeur de la photographie Jacques Jouffret ne cessent de trouver de nouvelles relations entre le siège avant, le passager blessé et le danger qui se profile derrière la vitre. La méthode de production constitue ici un détail intéressant. Les séquences tournées à Madrid ont été filmées autour d’un décor de limousine monté sur une plate-forme hydraulique aux Îles Canaries, à l’aide de grands écrans LED. Cette disposition physique offrait aux acteurs un environnement en mouvement auquel réagir, même si certaines images extérieures finales semblent encore manifestement artificielles.

C’est grâce à Samuel L. Jackson que ces limites restent supportables. Le rôle exploite largement sa maîtrise bien connue des jurons, mais les moments les plus révélateurs surviennent lorsque son personnage ne parvient pas à reprendre le contrôle par la parole. Un exercice récurrent avec les doigts, appris de sa femme, suggère quelqu’un qui s’efforce de maîtriser sa peur avant que quiconque ne s’en aperçoive. Les souvenirs du Vietnam apportent une instabilité plus troublante, reliant la violence présente à des expériences que le succès politique n’a jamais réussi à résoudre. La performance est à son apogée lorsque le réconfort sonne comme un effort : le président a besoin que l’agent blessé croie qu’il survivra, et a besoin de s’entendre le dire. Il y a aussi quelque chose d’agréablement mesquin dans ses disputes avec la voiture. Même au cours d’une tentative de coup d’État, un homme peut en vouloir de devoir se familiariser avec une interface inconnue.

La relation avec Joel Kinnaman permet à ces détails de trouver leur place. Immobilisé et perdant du sang, le jeune acteur dispose d’une marge de manœuvre limitée pour développer un personnage autonome, et le scénario le réduit parfois à un simple prétexte pour une nouvelle confession présidentielle. Pourtant, sa vulnérabilité physique rend le renversement central de l’intrigue convaincant. Celui qui était chargé d’absorber le danger dépend désormais de la personne qu’il protégeait, et leurs échanges deviennent peu à peu moins formels. Une intervention médicale improvisée, accompagnée de la chanson Midnight Rider, illustre parfaitement ce mélange singulier de tendresse et de circonstances grotesques qui caractérise le film. La Première Dame apporte un autre lien émotionnel grâce à sa voix, interprétée par LaTanya Richardson Jackson, l’épouse de Samuel L. Jackson dans la vie réelle. Ce choix de casting ajoute une résonance agréable à leurs échanges sans que le public ait besoin de connaître ce lien : ce qui importe, c’est d’entendre son ton changer lorsqu’il s’adresse à quelqu’un dont le jugement revêt une importance personnelle.

L’humour fonctionne généralement lorsqu’il naît de cette friction entre l’autorité et l’impuissance. Les choix musicaux deviennent absurdement inappropriés, l’assistance électronique crée de nouvelles sources d’agacement, et le langage du président fait fi de toute dignité protocolaire. Une blague faisant référence à la façon si particulière dont la star prononce son juron préféré renforce encore la complicité avec le public ; aussi amusante soit-elle, elle révèle brièvement à quel point le personnage a été taillé sur mesure pour l’acteur. Cette familiarité fait partie de l’attrait de ces retrouvailles. Renny Harlin et Samuel L. Jackson avaient déjà collaboré sur The Long Kiss Goodnight et Deep Blue Sea, des films qui prenaient également plaisir à plonger une présence imposante à l’écran dans des situations de genre déjantées. Ici, le cadre confiné exerce une pression inhabituelle sur cette présence. Une réaction, une pause ou une consigne irritée doit souvent apporter la variété qu’un changement de lieu procurerait normalement.

Les faiblesses deviennent plus difficiles à ignorer dès lors que The Beast cherche à donner davantage de sens à la catastrophe qui l’entoure. Les assaillants disposent de connaissances et de ressources extraordinaires, mais leurs objectifs restent trop flous pour conférer au conflit global une réelle dimension dramatique. L’incertitude renforce dans un premier temps le sentiment d’isolement ; peu à peu, elle donne l’impression qu’il manque des informations. Les assauts répétés peuvent également alourdir le rythme, surtout lorsque la géographie à l’extérieur du véhicule est difficile à suivre. Le traitement du traumatisme de guerre est tout aussi inégal. L’idée d’une personnalité publique confrontée au coût psychologique de son ancienne vie est riche de sens, mais le film utilise également ce passé pour expliquer sa capacité à commettre des actes de violence spectaculaires. Il souhaite que les blessures soient perçues tout en tirant parti des compétences au combat qui y sont associées, sans parvenir à concilier entièrement ces deux impulsions.

Malgré tous ses excès, The Beast suscite une certaine sympathie grâce à l’attention portée aux deux hommes à l’intérieur de la voiture. Ses passages les plus réussis traitent de la tâche délicate et épuisante qui consiste à maintenir une autre personne consciente, à lui apporter du réconfort et à prendre des décisions sans disposer d’informations suffisantes. La mise en scène peut être extravagante, mais les responsabilités restent reconnaissables. Renny Harlin ne parvient pas toujours à atteindre la clarté ni la tension soutenue qui permettraient à ce film de se hisser au rang des meilleurs thrillers d’action en milieu confiné, et les spectateurs espérant une conspiration politique convaincante n’y trouveront guère matière à s’accrocher. Mais Samuel L. Jackson apporte au film suffisamment d’esprit, de lassitude et de conviction émotionnelle pour que ses meilleurs moments comptent. Un film inégal, mais souvent divertissant, mis au service d’une star qui comprend tout ce qu’il est possible de transmettre à travers une interprétation assise.

The Beast
Réalisé par Renny Harlin
Écrit par Umair Aleem
Produit par Keith Kjarval, Wayne Marc Godfrey, Nicki Cortese, John Logan Pierson et Peter Berg
Avec Samuel L. Jackson, Joel Kinnaman, Guy Burnet
Direction de la photographie : Jacques Jouffret
Montage :  Alex Rodríguez
Musique de Tuomas Kantelinen
Sociétés de production : Unified Pictures, Bright White Light, Fifth Season, Film 44, QWGmire
Distribué par Aura Entertainment (États-Unis)
Date de sortie : 9 octobre 2026 (États-Unis)
Durée : 99 minutes

Vu le 08 octobre 2026 (press screener)

★★★★★★★☆☆☆ 7/10

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