Buddy

Réalisé par Casper Kelly

Comédie, Horreur
Buddy
Avec Cristin Milioti, Delaney Quinn, Patton Oswalt, Michael Shannon, Topher Grace, Keegan-Michael Key
Durée 96 minutes
Sortie Date de sortie indéterminée
Note 9/10

En 1999, It's Buddy ! semble être l'émission de télévision pour enfants idéale. Son animateur enjoué, Buddy, une licorne orange vif, passe ses journées à chanter, à jouer à des jeux et à enseigner à un groupe d'enfants des leçons sur le bonheur et le bon comportement. Mais lorsqu'un des enfants refuse de participer, la personnalité amicale de Buddy commence à se fissurer. Alors que cet univers télévisé en apparence innocent devient de plus en plus inquiétant et qu'un enfant disparaît, les autres découvrent qu'échapper à l'univers coloré de Buddy pourrait s'avérer bien plus difficile et dangereux qu'ils n'auraient jamais pu l'imaginer.

La critique

Par Mulder 28/08/2026

Il y a quelque chose d’intrinsèquement dérangeant dans ces émissions pour enfants des années 1980 et 1990, d’une gaieté agressive : des cieux peints, des meubles qui parlent, des chansons d’un enthousiasme implacable et d’énormes créatures à fourrure qui s’obstinent à dire que tout le monde passe la meilleure journée qui soit. Casper Kelly comprend mieux que quiconque ce sentiment de malaise. Avec Buddy, le cinéaste à l’origine de Too Many Cooks s’empare de la chaleur artificielle d’émissions telles que Barney & Friends et Pee-wee’s Playhouse, puis se demande discrètement ce qui se passerait si la mascotte souriante au cœur de cet univers refusait tout simplement d’accepter le mot non. La réponse est une comédie d’horreur merveilleusement déjantée dans laquelle la nostalgie n’est pas seulement corrompue, mais transformée en arme. Son personnage principal est une imposante licorne orange, à la voix douce et apparemment dévouée à enseigner aux enfants l’amitié, le courage et la coopération. Pourtant, son sourire ne change jamais lorsque l’affection se transforme en obligation, et c’est là que Buddy dévoile son idée la plus troublante : le bonheur obligatoire peut ressembler de manière frappante à de la tyrannie. Les critiques identifient à maintes reprises cette collision entre l’innocence de la télévision pour enfants et le contrôle autoritaire comme le concept central du film.

Au départ, le film s’inscrit si pleinement dans l’univers de It’s Buddy ! qu’un spectateur non averti pourrait presque croire que Casper Kelly a déniché une vieille cassette VHS méconnue datant de 1999. Les enfants chantent et dansent, les objets du quotidien parlent, on y apprend de petites leçons et Buddy dispense sa sagesse mièvre avec l’assurance de quelqu’un qui n’a jamais été contredit. Puis Josh, interprété par Luke Speakman, préfère lire plutôt que de participer à une activité. C’est un merveilleux petit acte de rébellion, précisément le genre de refus enfantin ordinaire qui ne devrait rien signifier. Pour Buddy, cela signifie tout. Bientôt, Freddy, interprété par l’excellent Delaney Quinn, se rend compte que les enfants peuvent disparaître et que l’émission continue tout simplement sans eux. Les épisodes recommencent, le générique défile, des remplaçants apparaissent et la machine ensoleillée de la télévision pour enfants tente d’effacer tout ce qui a pu se passer de désagréable auparavant. L’ingéniosité réside dans le fait que les personnages ne sont pas simplement des acteurs jouant dans un studio de télévision : ils semblent prisonniers des règles de l’émission elle-même, piégés dans un univers où la répétition narrative devient une forme d’incarcération.

Cette distinction permet à Buddy de devenir bien plus étrange que ne le laisse supposer la description simpliste de Barney en film d’horreur. Casper Kelly, s’appuyant sur un scénario coécrit avec Jamie King, traite la grammaire télévisuelle comme une loi physique. Les séquences d’ouverture, les chansons, les changements de décor, les formats d’image et les décors artificiels ne sont pas de simples clins d’œil stylistiques ; ils deviennent des mécanismes grâce auxquels Buddy maintient son emprise. L’idée semble être le prolongement naturel, sous forme de long métrage, de Too Many Cooks, mais le cinéaste a considérablement élargi son terrain de jeu. Dès que les enfants commencent à regarder au-delà des limites de leur monde aux couleurs vives, Buddy évolue entre conte de fées, science-fiction, horreur liminale et comédie gore sans pour autant renoncer complètement à sa texture télévisuelle maison. La construction visuelle est particulièrement impressionnante. La chef décoratrice Anna Kathleen, le directeur de la photographie Zach Kuperstein, la costumière Shawna-Nova Foley et la créatrice de marionnettes Devon Hawkes Ludlow créent un univers qui donne l’impression d’être volontairement peu coûteux plutôt que de mauvaise facture, ce qui constitue une différence cruciale. Le grain télévisuel défraîchi, les couleurs primaires vives, la chorégraphie à l’ancienne et les environnements délibérément artificiels sont suffisamment convaincants pour que l’horreur qui les envahit semble véritablement transgressive plutôt que simplement ironique.

C’est alors que Casper Kelly sort l’un de ses tours préférés et change de chaîne. Dans une banlieue contemporaine, Grace, incarnée par Cristin Milioti, vit avec son mari Ben, interprété par Topher Grace, et leurs enfants, mais elle est de plus en plus convaincue qu’il manque quelqu’un dans la famille. Sur le papier, c’est un soupçon absurde, mais Cristin Milioti refuse de le traiter comme tel. Son jeu confère à Buddy une gravité émotionnelle dont son postulat farfelu a cruellement besoin, transformant une crise de nerfs apparente en quelque chose de plus triste et de plus instinctif : le sentiment de faire le deuil d’une personne dont l’existence a, d’une manière ou d’une autre, été effacée de la mémoire. Il vaut mieux ne pas dévoiler le lien entre l’histoire de Grace et le cauchemar qui se déroule à l’intérieur de It’s Buddy !, car découvrir comment ces différentes réalités s’entrecroisent constitue une grande partie du plaisir que procure le film. Sur le plan structurel, ce détour interrompt temporairement l’élan extraordinaire des séquences télévisées, et plusieurs critiques ont identifié les passages se déroulant dans le monde réel comme le moment où le rythme du film perd un peu de son assurance. Pourtant, ce détour finit par se justifier en donnant au surréalisme des conséquences qui vont au-delà d’une simple parodie télévisuelle astucieuse.

Les performances des acteurs rendent crédible cet exercice d’équilibre impossible. Le choix de Keegan-Michael Key pour incarner Buddy est brillant, car sa prestation vocale passe avec aisance d’un ton rassurant et câlin à une agressivité passive, puis à une menace pure et simple, sans pour autant modifier fondamentalement son rythme enjoué. Il est intéressant de noter que Keegan-Michael Key a expliqué que sa conception de Buddy s’inspirait non seulement des mascottes des émissions pour enfants, mais aussi du personnage de Dwight Hansen, interprété par Robert De Niro dans This Boy’s Life, ce qui confère au personnage une base narcissique reconnaissable sous ce costume absurde. Delaney Quinn, quant à elle, a sans doute la tâche la plus difficile du film. Au départ, Freddy doit jouer avec l’exubérance exagérée attendue d’un enfant dans une émission éducative bon marché, puis révéler progressivement, sous ce jeu artificiel, une méfiance, une terreur et une détermination authentiques. Elle devient le centre émotionnel du film sans perdre le registre singulier du monde qui l’entoure. Patton Oswalt apporte une personnalité bienvenue au personnage de Strappy, tandis que Michael Shannon confère à Willie une présence étonnamment mémorable, et Clint Howard s’intègre si naturellement dans la mythologie excentrique du film que son apparition semble à la fois bizarre et inévitable. L’œuvre originale est particulièrement convaincante quant à l’importance cruciale de la jeune troupe et des marionnettistes pour rendre cet univers absurde émotionnellement crédible.

Le sang coule également à flots, et Buddy comprend parfaitement pourquoi ce contraste fonctionne. Des éclaboussures de sang dans un sinistre couloir industriel constituent une image familière de l’horreur ; en revanche, ces mêmes éclaboussures venant interrompre une chanson chantée en chœur dans un décor aux tons pastel peuplé de marionnettes souriantes semblent presque indécentes. Casper Kelly exploite cette contradiction avec délectation, recourant à des effets spéciaux pratiques, à des transformations de créatures et à des versions de plus en plus abîmées de Buddy pour orienter le film vers une comédie physique grotesque. Pourtant, la violence n’est pas simplement là pour transformer des icônes de l’enfance en matière à éclaboussures. La caractéristique principale de Buddy est son besoin d’être aimé, et sa rage surgit dès que quelqu’un exerce sa liberté de ne pas participer. Les chansons et les câlins obligatoires deviennent donc de plus en plus sinistres. Une anecdote révélatrice sur la production montre à quel point cette contradiction a été soigneusement conçue : Casper Kelly a expliqué que les yeux originaux de Buddy semblaient trop effrayants, si bien que des cercles noirs ont été ajoutés par-dessus, car il tenait particulièrement à ce que le personnage paraisse adorable. Cette décision résume à elle seule tout le film. Buddy est d’autant plus dérangeant que rien en lui ne laisse initialement présager qu’il faille le craindre.

Avec ses 95 minutes, Buddy révèle parfois les limites de son concept. Certaines transitions sont volontairement brusques, quelques personnages secondaires donnent davantage l’impression d’être des croquis amusants que des personnages indispensables, et la partie centrale ne parvient pas tout à fait à reproduire la précision exaltante des premiers épisodes. La satire pourrait également approfondir la question de savoir pourquoi les adultes se méfient des divertissements pour enfants qui mettent si fort l’accent sur l’innocence. Plusieurs des critiques fournies expriment essentiellement la même réserve : le concept est brillant, mais la répétition menace parfois de transformer la plus grande force du film en sa principale limite. Pourtant, réduire Buddy à un film à blague unique semble injuste, car son savoir-faire trouve sans cesse de nouvelles façons de développer cette blague. Les objets parlants, les paysages impossibles, les redémarrages télévisés et les réalités concurrentes transforment peu à peu une parodie affectueuse en quelque chose qui s’apparente davantage à un cauchemar sur la mémoire, l’obéissance et le fait de grandir suffisamment pour remettre en question les histoires réconfortantes autrefois présentées comme des vérités absolues. Même lorsque sa portée thématique dépasse ses capacités, son imagination, elle, ne faillit que rarement.

Ce qui rend finalement Buddy si particulier, c’est l’affection qui se cache derrière toute cette nostalgie déformée. Casper Kelly connaît manifestement ces émissions trop intimement pour se contenter de les mépriser. Il recrée leurs rythmes, leurs décors bon marché, leurs intermèdes éducatifs et leur optimisme douloureusement sincère avec une attention quasi archéologique, avant de les réduire en miettes. Le film s’apparente ainsi moins à une attaque cynique contre la télévision pour enfants qu’à une prise de conscience de l’étrangeté que revêtent toujours les divertissements de l’enfance lorsqu’on les observe avec un regard d’adulte. Buddy est drôle, macabre, étonnamment émouvant et fièrement difficile à classer, le genre de film de minuit dont les images les plus étranges sont susceptibles de survivre longtemps après que ses imperfections se seront estompées. Dans un paysage de l’horreur de plus en plus peuplé de mascottes meurtrières, Casper Kelly fait quelque chose de bien plus intéressant que de simplement placer un autre personnage câlin derrière une arme : il construit toute une réalité autour de la logique psychologique de la télévision pour enfants, puis laisse ses habitants découvrir la possibilité terrifiante de pouvoir dire non. Le résultat est l’une des surprises les plus inventives du genre en 2026 ,  un rappel haut en couleur et sanglant que, parfois, la voix la plus amicale de la pièce est celle dont il faut le plus se méfier.

Buddy
Réalisé par Casper Kelly
Écrit par Casper Kelly et Jamie King
Produit par J. D. Lifshitz, Raphael Margules, Tyler Davidson, Drew Sykes et Tracy Rosenblum
Avec Cristin Milioti, Delaney Quinn, Patton Oswalt, Michael Shannon, Topher Grace, Keegan-Michael Key
Direction de la photographie : Zach Kuperstein
Montage : Josh Ethier
Musique de Michael Yezerski
Sociétés de production : Low Spark Films, BoulderLight Pictures
Distribué par Roadside Attractions, Saban Films (États-Unis)
Dates de sortie : 22 janvier 2026 (Sundance), 28 août 2026 (États-Unis)
Durée : 96 minutes

Vu le 22 août 2026 (press screener Tubi Frightfest 2026)

★★★★★★★★★☆ 9/10

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