Prêteur sur gages (Le)

Réalisé par Sidney Lumet (1965)

Drame
Prêteur sur gages (Le)
Durée 116 minutes
Sortie 20/04/1965
Note 8/10

Un rescapé des camps de concentration nazis devenu propriétaire d'un magasin de prêt sur gage doit à la fois affronter les cauchemars de son passé et l'environnement hostile du ghetto newyorkais dans lequel il vit.

La critique

Par earina 22/06/2016

Harlem, les années 60. Sol Nazerman, rescapé d’un camp de concentration, a perdu toute sa famille il y a 25 ans. Il tient depuis une boutique de prêteur sur gages et rachète, à coup de 2 dollars, les objets apportés par son voisinage. La plupart de ses clients ne cherchent pas tous à vendre leurs biens pour s’acheter de la drogue mais réellement à créer un lien avec cet homme taciturne et triste, pour simplement échanger des banalités, se lancer dans des conversations interminables ou partager des souvenirs de leur jeunesse passée. Ressentir un moment de joie et oublier ainsi cette vie teintée de misère. Mais Sol ne leur en laisse jamais l’occasion, indifférent à tous ceux qui l’entourent. Le souvenir de sa famille disparue le hante et il se sent coupable d’avoir survécu aux horreurs de la guerre. Ils sont nombreux à essayer de briser ce mur qui entoure le cœur de Sol mais aucun, jusqu’à présent, n’a réussi à lui redonner goût à la vie. A moins que son commis, le dynamique et ambitieux Jesus Ortiz, ancien truand qui tente de se racheter une conduite, ne soit la clef qui permettra à Sol de se pardonner et d’aller, enfin, de l’avant ?

Inspiré du livre du même nom, The Pawnbroker, écrit par Edward Lewis Wallant en 1961, témoigne de l’état d’esprit d’un homme qui, ayant perdu tous les siens durant la guerre, survit au jour le jour, sans aucun goût pour la vie, indifférent à la misère qui l’entoure. Cynique et sombre, cet homme, à l’aube du vingt-cinquième anniversaire de la mort de sa famille, voit ses émotions refaire peu à peu surface grâce à la curiosité entêtante de son jeune apprenti, Ortiz.

Le film est fort. Il vous coupe même parfois le souffle. L’on n’en ressort pas indemne. Les flashbacks de Sol sont violents et très rapides, rappelant au spectateur une époque bien sombre de notre histoire et toute l’horreur qui en découla et en découle encore de nos jours. Les nuances de noir, de blanc et de gris ajoutent au film une dimension triste, suffocante, qui nous entraîne dans la solitude de Sol.

L’acteur qui l’interprète, Rod Steiger (Ours d’Argent et BAFTA du meilleur acteur pour ce film), incarne à merveille cet homme qui rejette la vie et n’appelle qu’à la mort. L’on ressent, au fur et à mesure de l’avancement de l’histoire, la carapace de solitude se briser et les émotions revenir à Sol avec la violence d’un torrent. La puissance de jeu de Rod Steiger est remarquable, on ne peut s'empêcher de ressentir la souffrance de Sol (quelle ironie, venant d'un homme qui se refuse à tout sentiment).

Découvert pendant la semaine du Champs-Elysées Film Festival au Balzac, The Pawnbraker est un film poignant qui témoigne de la souffrance de ceux qui ont survécu et s’en culpabilisent, le tout placé dans un contexte brutal, dépeignant la misère humaine et des conditions de vie difficiles pour les émigrés. Ce film est également connu dans l’histoire du cinéma pour avoir permis l’ouverture d’une brèche dans le code hays qui assurait la censure à l’époque.

Vu le 11 juin, dans une salle du Balzac, dans le cadre du Champs Elysées Film Festival

★★★★★★★★☆☆ 8/10

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