
| Titre original: | A perfect day, un jour comme un autre |
| Réalisateur: | Fernando León de Aranoa |
| Sortie: | Cinéma |
| Durée: | 106 minutes |
| Date: | 16 mars 2016 |
| Note: |
Un groupe d’humanitaires est en mission dans une zone en guerre : Sophie, nouvelle recrue, veut absolument aider ; Mambru, désabusé, veut juste rentrer chez lui ; Katya, voulait Mambru ; Damir veut que le conflit se termine ; et B ne sait pas ce qu'il veut.
Adapté du roman Dejarse Llover de Paula Farias, le nouveau film de Fernando León de Aranoa (Amador (2007), Princesas (2005) dont il a également co-signé le scénario n’est pas un simple plaidoyer pour la paix mondiale. Derrière les apparences d’une comédie dramatique dans la lignée de M.A.S.H. (1970), le film à travers ce groupe d’humanitaires en mission dans la zone de guerre bosniaque dresse une analyse intéressante de ces conflits gangrènants notre société actuelle. La passion du cinéaste envers une cause qu’il défend se ressent par sa volonté de recourrir à aucun sensationnalisme inutile. Derrière le contraste d’un scénario à l’apparence linéaire, l’histoire réussit à donner une réelle épaisseur à ses cinq personnages principaux Mambru (excellent Benicio Del Toro), B (Tim Robbins), Sophie (Mélanie Thierry dans son meilleur rôle) et Katya (ravissante Olga Kurylenko) et enfin Damir (Fedja Stukan, révélation masculine du film).
Le regard que porte le réalisateur sur la Bosnie et sur ce groupe d’humanitaires dégage une véritable passion et un sentiment de protection sans faille. Même dans un monde abîmé par la guerre ces personnages gardent toute leur humanité et présentent des fêlures certaines. Il est ainsi intéressant de comparer ce no man’s land avec notamment le personnage central Mambru qui ne rêve que de retrouver une vie normale mais incapable de s’échapper loin de ce monde sans réel avenir. Le réalisateur connaît parfaitement ce pays pour avoir déjà tourné dans le passé sur cette terre. Le réalisateur montre bien que ces héros modernes ne peuvent pas guérir ce monde tellement abîmé par la guerre qu’il en a perdu ses repères. Ils ne font que réparer ce qui l’est encore comme le montre leur volonté de sortir un mort d’un puits afin de pouvoir rendre celui-ci de nouveau utilisable et sain.
Fernando Leon de Aranoa n’a a aucun moment chercher la facilité pour conter son histoire. Le tournage en montagne semble avoir été réellement difficile pour ces comédiens principaux Benicio Del Toro et Tim Robbins nettement plus habitués à des productions hollywoodiennes préformatées.. Le film n’est donc pas qu’une simple comédie portant un regard sur la guerre ni un drame et encore moins un road movie. Il s’agit de leur fusion parfaite au service de l’histoire. Ce grand soin se ressent également au niveau de la photographie d’Alex Catalan laquelle rend ce monde encore plus hostile et surtout d’une tonalité très sombre.
Le message du film concernant l’intervention de tiers extérieur aux conflits dans des pays en guerre montre bien la difficulté de régler de tels conflits. Ce groupe humanitaire est ainsi totalement investi dans ses missions au détriment de leur vie personnelle. La perfection du scénario les rend non seulement attachants mais aussi leur donne un fondement important. Il en ressort une manière de présenter le film près du documentaire. Le rapport entre la réalité et le romanesque de la situation s’estompe totalement. A perfect day, un jour comme un autre fonctionne parfaitement et trouve ainsi sa propre autonomie en ne cherchant pas à copier des films déjà faits sur des sujets comparables. Une véritable vision d’un auteur préoccupé par notre monde actuel est palpable à chaque moment .
Loin de ce cinéma américain hollywoodien cherchant constamment à proposer à un large public ce qu’il attend du cinéma comme divertissement de masse, le film redonne toute son importance à la gente féminine. Les deux personnages féminins occupent une place prépondérante dans leur manière de concevoir la réalité de ce monde. Campées par deux comédiennes totalement investies dans leur rôle, le film dégage une véritable fragilité et l’attachement sentimental des spectateurs envers ces hommes et ces femmes brisées par la guerre.
En mettant en lumière l’absurdité de ces conflits, de leur gestion par des forces armées dépassées par les événements le film nous donne une vision très pessimiste d’une société qui court à sa perte. Entre ces enfants armés, ces militaires ne sachant pas comment régler des conflits, A perfect day, un jour comme un autre s’impose comme une des bonnes surprises de ce mois de mars. Les spectateurs ressortent donc de ce film avec une vision plus juste de certains conflits actuels et de ces groupes humanitaires tentant avec leur peu de moyens de rendre leur humanité à des peuples brisés.
Vu le 01 mars 2016 à l’UGC George V, salle 01, en VO
Note de Mulder: