
| Titre original: | Oublier Cheyenne |
| Réalisateur: | Valérie Minetto |
| Sortie: | Cinéma |
| Durée: | 90 minutes |
| Date: | 22 mars 2006 |
| Note: | |
Sonia et Cheyenne s'aiment, mais leurs visions du monde s'opposent trop pour qu'elles ne puissent vivre ensemble. Après une longue période de chômage, Cheyenne décide de quitter Paris et de vivre une vie loin des contraintes de la civilisation de consommation et d'endoctrinement en province. Mais Sonia ne veut pas quitter son travail de prof de lycée. Elle tente alors, en vain, d'oublier la séparation dans les bras de Pierre, un militant solitaire, et de Béatrice, une femme qui aime faire souffrir.
Critique de Tootpadu
Le réalisateur Jean-Claude Guiguet nous a malheureusement quittés il y a cinq mois. Mais en vue de ce premier film d'une ancienne diplômée de la FEMIS, il est permis d'espérer que l'esprit de ce cinéaste indépendant et poétique n'est pas mort avec lui. Régulièrement, Oublier Cheyenne nous a fait penser aux Passagers de Guiguet, avec lequel il partage une forme chorale, une vision du monde à contre-courant et une approche très agréablement banale de l'homosexualité. Mais Valérie Minetto dispose également d'une voix personnelle assez forte pour créer un film curieux et, surtout, lucide.
La cinéaste ne se dresse pas comme une observatrice détachée du choc des convictions par lequel passent ses personnages. On la sent autant participer à l'idéologie radicalement alternative de Cheyenne qu'à l'effort constant de Sonia de conjuguer l'amour et l'investissement civique dans l'enseignement. Son implication dans ces turbulences existentielles nous laisse même soupçonner quelques éléments auto-biographiques dans un scénario riche en points de vue différents. Cependant, elle ne se laisse jamais happer, ni en tant que scénariste, ni dans sa fonction de metteur en scène, par les illusions dont regorge chacun des modèles d'une vie possible. Son cinéma s'affirme alors comme un cinéma engagé qui est par contre équipé d'une sagesse qui force le respect. Dans l'équilibre précaire entre le fanatisme aveugle et le détachement blasé, voire cynique, elle choisit peut-être la voie du compromis, celle de l'amour. Mais elle ne le fait qu'après la consultation sans préjugés de tous les avis présents.
Cette intelligence posée quant aux vérités de la vie, elle est joyeusement contrebalancée par quelques petites libertés formelles espiègles. L'espace filmique se trouve recomposé par moments dans des situations surprenantes, qui voient une interaction très inhabituelle entre les personnages. Cette forme irrespectueuse des conventions narratives fonctionne alors merveilleusement comme le reflet de la contestation sociale de certains personnages.
Du côté de l'interprétation, Aurélia Petit dans le rôle de Sonia étonne encore plus que les autres comédiens, tous très convaincants. Elle maîtrise la gamme des émotions à la perfection, et elle s'en sert pour donner vie à son personnage complexe d'une battante en mal d'amour. Seul Malik Zidi, dans la peau d'un jeune homme au carrefour de l'engagement solitaire et de la résignation jouissive, arrive parfois à égaler l'intensité de cette interprétation exceptionnelle.
Vu le 2 février 2006, au Club Marbeuf
Note de Tootpadu: