La fille du patron

Réalisé par Olivier Loustau (2016)

Comédie Dramatique
La fille du patron
Durée 98 minutes
Sortie 06/01/2016
Note 7/10

Vital, 40 ans, travaille comme chef d’atelier dans une usine textile. Il est choisi comme « cobaye » par Alix, 25 ans, venue réaliser une étude ergonomique dans l’entreprise de son père sous couvert d’anonymat. La fille du patron est rapidement sous le charme de cet ouvrier réservé et secret qui s’ouvre peu à peu à son contact et se met à rêver d’une autre vie…

La critique

Par Mulder 22/12/2015

Comme de nombreux comédiens Olivier Lousteau (Le Déménagement (1997), Le Convoyeur (2003), La Graine et le mulet (2007), L'Avocat (2010)) après avoir réalisé deux courts métrages a eu envie de proposer au public un film qui lui ressemble sensible, pudique et introspectif. Il co-scénarise, réalise et interprète ainsi le rôle principal masculin. A 40 ans passés, Vital (Olivier Lousteau) travaille dans une usine de textile de La Loire. Marié et père, son mariage n’est guère un succès et il préfère ainsi passer son temps à travailler et à jouer au rugby avec ses autres collègues. Lorsqu’un jour la fille de son patron arrive de manière anonyme dans l’entreprise qui l’emploie, il se rend compte que ses liens l’unissant à sa femme ne sont plus aussi forts et il se laisse attirer dans une relation amoureuse extra-conjugale aussi forte que périlleuse. Attachant comme ces personnages profondément humain, La fille du patron est un film dans la lignée du cinéma social britannique. On pense ainsi à Ken Loach, Peter Mullan et Mike Leigh par la manière d’aborder la classe ouvrière et en la dépeignant sans phare de manière aussi réaliste que crue. Le scénario du film permet ainsi de montrer les relations existantes entre ses différents salariés aussi bien dans leur travail que dans leur vie privée loin d’être glamour et sirupeuse.

Le réalisateur et co-scénariste a clairement voulu faire de son film un témoignage poignant d’un milieu social auquel il appartient et dans lequel il a grandi. Loin de dresser un bilan de la classe ouvrière, il a surtout voulu montrer dans ce film une réalité alternative crédible et éviter tout regard misérabiliste sur ses personnages. Loin de là même, ceux-ci apparaissent avec leurs nombreuses qualités et leurs défauts mais surtout révèlent une volonté de vouloir avancer ensemble telle une mêlée dans une des parties de rugby se déroulant dans le film. Ce même souci de réalisme se ressent dans la manière dont est montré ce sport dans le film. Cette manière d’avancer ensemble, de s’épauler est une des idées importantes du réalisateur. De nombreuses scènes du film montre donc le personnage principal aussi bien dans son milieu de travail de manière très documentée que dans une partie de rugby en leader. Ce film est ainsi clairement un moyen de rendre hommage à ses racines pour le réalisateur mais aussi de sortir du carcan des comédies romantiques actuelles souvent trop invraisemblables pour être vraies.

La vision éclairée des scénaristes sur notre économie actuelle occupe ainsi une place importante dans le récit. En opposant un patron tentant de faire survivre son entreprise et son opposition à ses salariés, le film nous interpelle par son casting intéressant. Alors que de nombreux films se montent principalement autour d’un casting somptueux, le réalisateur préfère mettre en avant son histoire à laquelle il tient et cela se ressent à chaque plan. Il s’entoure ainsi d’un casting cosmopolite pour l’occasion. On retrouve ainsi dans le premier rôle féminin la jeune comédienne Christa Théret (LOL (Laughing Out Loud) ® (2008), L'Homme qui rit (2012), L’ Affaire SK1 (2013)) parfaite dans le rôle de cette jeune étudiante issue d’une famille aisée et en quête d’un combat à mener pour échapper à son père et trouver sa propre indépendance. On retrouve aussi dans les seconds rôles Patrick Descamps (Angélique (2013)), Florence Thomassin (Ablations (2013)), Lola Dueñas (Suzanne (2013)). Ces comédiens s’effacent complètement derrière leur personnage et les font exister et surtout s’entredéchirer pendant que la société qui les emploie agonise peu à peu. Pourtant, le réalisateur n’a pas voulu dresser une peinture sociale trop pessimiste. C’est surtout la manière de ses personnages de trouver un sens à leur vie qui est à la source du scénario brillamment écrit, certes pas assez original mais captivant de toute part.

Dans la tradition d’un cinéma d’auteur qui a de plus en plus du mal à trouver sa place dans nos salles, La fille du patron nous captive et subjugue par la présence tout en retenue de la comédienne Christa Théret. Elle est la clé de voûte du récit, celle qui va amener les personnages à réfléchir sur leur condition et sur leur place. Son influence se ressent non seulement sur le personnage principal Vital (malgré une différence d’âge de quinze ans) mais également sur les salariés pour lesquels la survie de leur entreprise occupe une place prépondérante. Ce film rejoint ainsi également le mouvement du cinéma français préférant porter son attention sur des personnages plutôt que sur des aventures surréalistes voire fantastiques. Face aux nombreuses comédies françaises, au cinéma américain à grand spectacle, La fille du patron renoue avec les racines d’un cinéma mature, simple et captivant comme on aimerait en voir plus souvent dans nos salles.

Vu le 21 décembre 2015 en accès privé

★★★★★★★☆☆☆ 7/10

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