Age de raison (L')

Réalisé par Yann Samuell (2010)

Comédie Dramatique
Age de raison (L')
Durée 90 minutes
Sortie 28/07/2010
Note 5/10

Margaret, une femme d'affaires brillante et inébranlable, a tout oublié de son enfance malheureuse. Elle préfère s'inspirer de femmes célèbres pour gérer son quotidien exigeant. Le jour de son anniversaire, le notaire de sa ville natale lui apporte une première lettre, qu'elle s'était écrite elle-même, quand elle avait sept ans. Margaret résiste d'abord à sa propre invitation de se souvenir. Mais petit à petit, les bons et les mauvais moments du passé refont surface et elle se demande si la femme de carrière qu'elle est aujourd'hui correspond à ses rêves d'alors.

La critique

Par Tootpadu 05/08/2010

L'infantilisation de la société est en marche. Plutôt que de se réjouir de son succès dans le domaine professionnel et de la relation affective pas sans bénéfices avec son collègue, la héroïne du troisième film de Yann Samuell se voit obligée de régresser au stade émotionnel et existentiel de la gamine qu'elle était une trentaine d'années auparavant, avec tout ce que cela implique de naïveté idéaliste et de bons sentiments. Au moins, le retour en arrière n'implique pas de subterfuge fantastique pour faire fonctionner cet inventaire à travers les différents âges de la vie, contrairement à Sale môme de Jon Turteltaub, en quelque sorte le pendant américain de cette histoire à fort potentiel sirupeux. Ce qui ne veut pas dire que L'Âge de raison est exempt d'incongruités scénaristiques, comme la volonté d'oublier de Margaret qui a parfois tendance à border à l'amnésie artificielle. Si la démarche de s'écrire des lettres était si importante pour elle, au point d'y investir toutes ses économies de l'époque, aussi dérisoires soient-elles, d'y tracer sa vie à venir et de donner rendez-vous à celui qu'elle prenait pour l'homme de sa vie, comment se fait-il alors, que l'adulte n'en a pas gardé le moindre souvenir, qu'elle est étonnée, voire émue jusqu'aux larmes, par les "révélations" qu'elles contiennent ?
Le vague souvenir que nous avons gardé du premier film de Yann Samuell, Jeux d'enfants, nous laisse supposer que ce n'est pas le genre de réalisateur qui serait intimidé par de telles réserves de crédibilité. Non, puisque la prémisse du film veut que Margaret ne soit guère préparée à la mise en question venue du passé, toutes les autres considérations doivent passer à l'arrière-plan par rapport à cet impératif narratif. L'intransigeance avec laquelle Yann Samuell poursuit cet objectif, que de mauvaises langues qualifieraient sans doute d'aveuglement, se traduit sur le plan formel par la même surenchère déjà notée dans son premier film, le plus pénible ici lorsque la caméra virevolte sans raison autour de Margaret et de Philibert dans la cour ou que le passé des personnages s'introduit par intervalles réguliers dans le récit à travers de faux films de famille dégoulinants de bons sentiments factices.
Heureusement qu'il y a Sophie Marceau pour relever sensiblement le constat final ! L'actrice est si rayonnante dans ce film autrement plutôt bancal, que sa seule présence fait oublier l'absurdité de l'histoire. Parfaitement à l'aise dans le rôle d'une femme à qui tout réussit et qui a pourtant perdu de vue l'essentiel - c'est-à-dire, selon la logique simpliste du scénario, de venir en aide aux pauvres Africains au lieu de construire des centrales nucléaires sur des terrains peu adaptés, tout en rongeant la marge pour rester compétitif -, Sophie Marceau n'a pourtant pas peur de jouer avec l'image de la femme idéale qui lui colle à la peau, par exemple à travers la réplique du wonderbra. Son charme indéniable et la sincérité de son interprétation sont ainsi les seuls à empêcher le film de sombrer dans un sentimentalisme grotesque.

Vu le 5 août 2010, à l'UGC Ciné Cité Les Halles, Salle 15

★★★★★☆☆☆☆☆ 5/10

Retour à la liste des Critiques