Nos enfants

Réalisé par Ivano De Matteo (2014)

Drame
Nos enfants
Durée 94 minutes
Sortie 10/12/2014
Note 5/10

Massimo et Paolo sont deux frères que tout oppose. Tandis que le premier défend en tant qu’avocat un policier qui a tué un homme et blessé son fils soi-disant en légitime défense, le deuxième se bat comme pédiatre pour la santé de la jeune victime. Une fois par mois, Massimo et Paolo se retrouvent avec leurs épouses lors d’un dîner dans un restaurant gastronomique. L’hypocrisie de ce rituel devient évidente, quand leurs enfants respectifs, Benny et Michele, sont soupçonnés d’avoir violemment agressé une clocharde après une fête.

La critique

Par Tootpadu 02/12/2014

Le choc sur lequel s’ouvre ce film italien devient à la longue préjudiciable pour lui. L’irruption de la violence meurtrière à la suite d’une simple incivilité routière y fait l’effet d’une bombe. Le problème, c’est que ce coup d’éclat ne connaît aucun véritable retentissement par la suite. Pire encore, ses participants sont au mieux des personnages secondaires, censés souligner l’antagonisme entre les deux frères à travers leur éthique professionnelle respective. Ce contrecoup dramatique, plutôt agaçant, est à mettre sur le compte de la prédilection avec laquelle Ivano De Matteo dissèque toujours la décadence morale de la bourgeoisie de son pays. L’enjeu principal de Nos enfants n’est ainsi point ce père de famille coléreux qui gît dans une flaque de sang à côté de sa voiture, ni la victime méconnaissable de l’agression nocturne, qui se trouve dans une position à peine plus enviable. Il s’agit davantage de sonder la profondeur des scrupules qu’affichent ces deux couples face à la faute criminelle de leur progéniture.

Le chemin pour y parvenir – après le prologue aussi fracassant qu’inutile – devient progressivement plus tortueux, au fur et à mesure que l’harmonie familiale se désintègre. Alors que nous nous trouvons une fois de plus face au sempiternel schéma de la rédemption inversée, où le salaud devient un saint et vice versa, la dynamique narrative de cette dualité se montre de plus en plus maladroite. Les choses se gâtent en effet dès le premier montage de compression temporelle sur fond musical, au cours duquel l’action n’avance pas autant qu’on aurait pu le croire. Le même phénomène problématique se reproduit par la suite, chaque fois qu’ou les personnages, ou le scénario évitent à tout prix de prendre une décision lourde de conséquences. Cette frilosité s’aggrave hélas jusqu’à la conclusion proprement risible, où l’édifice bancal de doutes et de reproches entre frères et épouses s’écroule misérablement. Le dilemme moral qui fournissait jusque là une énergie toute relative au récit s’éclipse alors par la petite porte de la suspension mélodramatique, plus adaptée aux séries sans ambition qu’à un film qui prétend jouir d’un certain prestige.

A l’exception de quelques jeux enfantins avec la mise au point, la réalisation fait preuve d’une plus grande fermeté que l’histoire de laquelle elle doit s’accommoder coûte que coûte. L’Italie tel qu’elle est décrite ici ne souffre pas tant de la crise économique, ignorée même par ce milieu social aisé à coups de dîners huppés et d’appartements à la décoration moderne (cf. le motif du cadre rouge sur les murs chez Massimo, qui s’improvise en symbole un peu poussif de la situation familiale de plus en plus détraquée). Elle est par contre pleinement en proie à une crise morale et générationnelle. Dommage alors que ce soit surtout la crise des nerfs des parents qui prévaut dans un contexte d’étau légal. Un réalisateur au cynisme plus sophistiqué, comme Michael Haneke par exemple, aurait certainement pu s’en extraire avec plus d’élégance et de méchanceté que ce film aux promesses trop vite déçues.

 

Vu le 2 décembre 2014, à la Salle Pathé Lincoln, en VO

★★★★★☆☆☆☆☆ 5/10

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