Giver Le Passeur (The)

Réalisé par Phillip Noyce (2014)

Science-fiction
Giver Le Passeur (The)
Durée 97 minutes
Sortie 29/10/2014
Note 5/10

Après la Ruine, l’humanité a retrouvé un nouvel équilibre en abolissant toutes les signes de distinction. Dès lors, les hommes vivent dans des communautés ultra-conformistes, où le moindre détail de leur vie est prévu d’avance. A la fin de l’enfance, Jonas participe à la grande cérémonie d’attribution du rôle qu’il endossera pour le restant de sa vie. Contrairement à ses amis Asher et Fiona, il ne devient pas pilote de drone ou nourrice. Les sages ont prévu un emploi infiniment plus prestigieux pour lui : devenir le nouveau dépositaire de la mémoire de la race humaine. Jonas effectuera son apprentissage auprès du vieux Passeur, qui lui ouvre les yeux sur tout ce que la société actuelle cherche à refouler.

La critique

Par Tootpadu 12/11/2014

Connaître le passé pour mieux comprendre le présent et mieux anticiper l’avenir : cette maxime chère aux historiens nous tient également à cœur. Elle place tout ce que nous vivons dans l’instant présent au sein d’un long flux temporel, qui nous relie d’une façon plus ou moins directe au restant de l’humanité. Notre libre arbitre supposé est ainsi prédéfini par le vécu de nos ancêtres et le nôtre, tout comme nos actions auront des conséquences d’une gravité fluctuante sur notre progéniture. Cette adaptation d’un livre à succès pour adolescents a ainsi choisi une préoccupation humaine en tant que thème central, qui dépasse agréablement les fabulations fantastiques d’habitude associées à ce genre de film sans lien avec la réalité. Au moment où l’attrait du tout-virtuel risque de supplanter aux yeux des jeunes générations la beauté crue de la banalité du quotidien, cette leçon est toujours bonne à prendre pour garder un esprit ouvert et une curiosité intacte.

The Giver Le Passeur s’emploie d’abord avec une certaine adresse à explorer cet univers aseptisé, au croisement entre la propagande anti-communiste et un regard sur la science-fiction très teinté des films des années 1970, comme Soleil vert de Richard Fleischer, par exemple. Le noir et blanc initial, qui gagne en couleurs au fur et à mesure que le protagoniste s’enrichit de connaissances, n’est certes pas un dispositif particulièrement ingénieux. Tout comme la sollicitation de matériel d’archives fortement folklorique pour évoquer un passé à double tranchant affaiblit la pertinence incisive du propos. Mais globalement, la narration de Phillip Noyce mène sans faux pas la première partie du récit, jusqu’à ce que l’apprentissage de la théorie débouche sur une mise en pratique impulsive. La prise de conscience de Jonas, que le monde préservé auquel il adhérait pleinement est en fait basé sur le même type de mensonge, qui avait autrefois contribué au déclin de l’humanité telle que nous la connaissons aujourd’hui, se déroule sur un mode hélas de moins en moins logique, sapant par la même occasion les qualités pédagogiques de l’introduction.

Dès lors, il n’y a plus rien de consistant à tirer de cette chasse à l’homme, qui perd toute crédibilité au plus tard quand Jonas est lâché par le drone et plonge avec le bébé dans le fleuve sauvage. Les deux personnages s’en sortent comme par miracle de cette cascade, mais l’intrigue ne récupère malheureusement plus, adoptant désormais le niveau de balivernes nébuleuses qui rendent ce type de film aussi risible qu’impersonnel. Inutile de préciser alors que le grand revirement libérateur de la fin s’abstient de toute tentative d’explication et que la conclusion vaguement ouverte le restera pour toujours, vu le demi-échec de cette énième production dans la vaste lignée de Harry Potter. Ce qui est malgré tout dommage, à cause des velléités ludiques plus prometteuses, voire utiles, dans le cas présent que dans des films comparables, qui encouragent au contraire l’immersion abêtissante dans un univers inventé de toutes pièces.

 

Vu le 11 novembre 2014, à l’UGC Ciné Cité Paris 19, Salle 6, en VO

★★★★★☆☆☆☆☆ 5/10

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