Rôle de ma vie (Le)

Réalisé par Zach Braff (2014)

Comédie Dramatique
Rôle de ma vie (Le)
Durée 106 minutes
Sortie 13/08/2014
Note 6/10

Les responsabilités de la vie n’ont pas encore eu raison du rêve d’Aidan Bloom d’être un acteur professionnel. Il a beau être le père de deux enfants, dont les frais scolaires pour un lycée privé juif sont payés par leur grand-père Gabe, sa femme Sarah est la seule à subvenir régulièrement aux besoins matériels de la famille. Alors que Aidan cultive l’espoir imperturbable de décrocher un rôle important à la prochaine audition, l’annonce de la maladie de Gabe le force à reconsidérer ses priorités. Puisque ses enfants ne pourront plus rester au lycée onéreux, il décide de leur enseigner à la maison le peu de sagesse qu’il a acquis au fil des ans.

Les critiques

Par Mulder 25/08/2014

Zach Braff reste dans nos mémoires comme le Dr John Michael Dorian alias « J.D. » de la série devenue culte Scrubs créée par Bill Lawrence et qui aura connu neuf saisons (2001-2010). C’est surtout un réalisateur et scénariste qui a pu démontrer dès son premier film Garden state (2004) qu’il avait l’étoffe des plus grands réalisateurs. Ce film fut inspiré par la vie du scénariste/réalisateur et montrait l’envers de l’industrie de cinéma hollywoodienne. Pratiquement dix ans plus tard, Zach Braff co-scénarise avec son frère Adam J. Braff cette histoire d’un jeune comédien à Hollywood qui n’arrive toujours pas à trouver un film lui permettant de lancer sa carrière. Cet anti-héros qui doit épauler son père atteint d’un cancer en phase terminal, élevé avec sa femme ses enfants et supporter les frasques de son frère qui avait toutes les cartes en main et a préféré vivre en dehors du système. De nouveau, le réalisateur nous livre un film teinté d’un pessimisme attendrissant et surtout une vision très réaliste du milieu du cinéma actuel.

Il aura fallu dix ans pour retrouver ce comédien véritable homme-orchestre (scénariste et réalisateur) capable de nous émouvoir longuement et de nous faire rire à la scène suivante. Il démontre une nouvelle fois qu’il est un conteur né et nous touche de nouveau par la grande sincérité de son film. Loin de se donner le meilleur rôle, il nous montre un personnage attiré par l’éclat de la réussite hollywoodienne et incapable de nourrir sa famille.  Pour concrétiser ce film, Zach Braff a eu la bonne idée de recourir au site  ww.kickstarter.com. Cette nouvelle manière de financer un film de manière autonome lui permet une totale liberté pour réaliser son film.

Une nouvelle fois, ce jeune réalisateur a pu s’entourer de comédiens acquis à sa cause. On retrouve ainsi dans son film Kate Hudson (parfaite dans son rôle d’épouse), Mandy Patinkin et surtout la présence de son acolyte de la série scrubs (Donald Faison) et de Jim Parsons (The Big bang theory). Ce casting aussi judicieux que parfait donne à ce film indépendant un véritable cachet digne des films de grands studios Hollywoodiens.

Ce film aurait eu sa place dans les films en compétition du festival du cinéma américain de Deauville qui commencera dans quelques semaines. Il montre surtout que le cinéma américain indépendant permet à des comédiens de trouver des rôles consistants. En cela le film Le rôle de ma vie même si il n’atteint pas le niveau de Garden state reste un film à découvrir d’urgence.

Vu le 18 août 2014 au Gaumont Champs-Elysées Ambassade Salle 04, en VO

★★★★★★★☆☆☆ 7/10

Par Tootpadu 21/08/2014

Hollywood, c’est d’un côté le temple du cinéma commercial à l’américaine, une immense machine économique qui sait tant bien que mal préserver son aura magique, grâce au marketing redoutable de ses produits filmiques, contemporains ou plus anciens. Et de l’autre, c’est un implacable broyeur d’espoirs et de talents, sous la forme humaine de centaines d’idéalistes ou d’opportunistes qui y tentent chaque année leur chance, en vain. Zach Braff a dû connaître les deux faces de cette médaille étincelante, grâce à sa décennie de succès dans la série « Scrubs » et à cause d’une carrière qui manque sinon cruellement d’éclat. Si ce n’était pour son premier film en tant que réalisateur sorti il y a dix ans, on aurait presque tendance à le compter parmi cette légion de comédiens, qui vivent leur petite période de gloire éphémère avant de retomber dans l’obscurité impitoyable de l’oubli. En somme, Zach Braff se situe quelque part entre le « has-been » et le « never was », entre un impact trop ponctuel, surtout côté cinéma, pour laisser une trace et un talent émergeant qui n’a jamais vraiment su trouver son créneau de rôles.

La plus grande qualité du Rôle de ma vie est de tenir compte sans détours du fonctionnement cynique du microcosme hollywoodien. Et encore, le protagoniste n’a qu’une misérable publicité comme dernier repère à peu près rassurant au sein d’une carrière qui n’a jamais décollé. La trentaine bien entamée, il ne rêve plus de devenir une star, mais au moins d’atteindre un niveau de notoriété qui lui permettrait de vivre de son art. Sauf qu’en attendant, la vie lui impose des choix qui n’ont plus grand-chose à voir avec son projet valeureux. Ce temps qui passe et qui n’attend personne, Aidan sera obligé de l’utiliser pour gagner malgré lui en maturité. Le vieux rêve américain de l’équité des chances abdique le premier, lorsque le rabbin du lycée, auquel ce père de famille perfectible envoie par facilité ses enfants pour se faire endoctriner, lui rappelle sèchement qu’il serait temps d’être un pilier pour sa famille, plutôt que de poursuivre des illusions de pureté artistique. Puis, au fur et à mesure que le personnage principal fait face aux défis que la vie lui lance, il atterrit dans un monde aux corvées, mais aussi aux récompenses plus réelles.

Cette séance d’introspection passablement narcissique nous aurait sans doute touché davantage, si elle avait bénéficié d’une mise en scène plus appliquée. Bien trop souvent, la narration de Zach Braff se laisse en effet happer par ce que nous appellerions un état d’esprit californien, à savoir la mise en valeur des couchers de soleil et des paysages majestueux à coups de ralentis répétitifs et autres montages trop approximatifs. Les thèmes que le deuxième film du réalisateur aborde ne manquent certes pas d’intérêt, la figure paternelle et l’immense difficulté de l’assumer en tête. Mais leur exécution filmique relève encore trop sensiblement d’une conscience de gamin pour accéder réellement à leur signification profonde. Rien que le motif récurrent du rêve éveillé d’Aidan, qui parcourt des décors futuristes dans une combinaison qui ne l’est pas moins, suffit pour nous convaincre qu’un cœur d’adolescent bat dans le corps d’un réalisateur, qui n’a pas encore le bagage formel nécessaire pour accomplir ses ambitions existentielles assez prometteuses.

 

Vu le 21 août 2014, à l’UGC Ciné Cité Bercy, Salle 22, en VO

★★★★★☆☆☆☆☆ 5/10

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