Bénarès

Bénarès
Titre original:Bénarès
Réalisateur:Barlen Pyamootoo
Sortie:Cinéma
Durée:75 minutes
Date:29 mars 2006
Note:
Nad et Mayi, deux amis du village de Bénarès sur l'île Maurice, vont aller en ville pour chercher des prostituées, grâce aux gains de jeu de l'un d'entre eux. Emmenés par le vieux Jimi, les jeunes gens vont discuter de leur vie en traversant toute l'île pour rentrer à Bénarès en plein milieu de la nuit.

Critique de Tootpadu

Annoncée comme le premier film de l'île Maurice, cette oeuvre subtile et détendue affiche plus de qualités que ne le laisserait croire l'image éminemment touristique que l'on se fait en métropole de ce paradis lointain de l'océan indien. Mieux encore, le premier film de Barlen Pyamootoo ne comporte pas le moindre plan qui pourrait être détourné ou mal compris comme une invitation au voyage. En même temps, son récit d'un aller-retour ne s'évertue pas non plus à faire étalage de la misère qui accable la très grande majorité de la population locale. Le refus de tout pittoresque de la part du réalisateur se manifeste davantage par de petits sursauts à peine perceptibles d'une poésie filmique désarmante. Ainsi, le plan des trois véhicules qui partent chacun de leur côté ou celui de la traversée du champ de canne à sucre en flammes constitue une surprise agréable dans le flux visuel autrement plus maîtrisé du film.
Car même si l'expérience filmique mauricienne est sans doute limitée, Bénarès ne donne pas pour autant l'impression d'une oeuvre faite par des amateurs. Les interprétations des acteurs non-professionnels collent au contraire parfaitement avec le ton faussement anodin du film. Les conversations plus ou moins existentielles et spirituelles à bord de la camionnette ne font ainsi jamais complètement oublier l'origine assez scabreuse de l'histoire (la prostitution). Mais Pyamootoo n'en fait ni un drame, ni un sujet de plaisanteries déplacées. Il semble plutôt considérer cette exploitation sexuelle comme un fait de société ordinaire. Qu'il ne se délecte pas du potentiel sensuel de la situation, au point de terminer son film longtemps avant l'acte sexuel qui est pourtant le but du voyage, mais qu'il privilégie l'aspect banal de l'affaire - voire qu'il permet de lire cette banalité telle une fuite de la réalité infiniment plus lugubre - fait de son premier pas comme cinéaste une réussite intéressante et consciemment modeste.
Enfin, la musique très jazz prend une place prépondérante dans cet aperçu sans fard, ni misérabilisme de la vie sur l'île Maurice. A partir d'un thème majeur, varié encore et encore, la bande originale d'Ernest Wiehe contribue positivement au caractère calme, presque apaisant d'un récit de voyage drôlement intéressé.

Vu le 16 mars 2006, au Club Marbeuf, en VO

Note de Tootpadu: