Toscan

Réalisé par Isabelle Partiot-Pieri (2010)

Documentaire
Toscan
Durée 89 minutes
Sortie 01/12/2010
Note 6/10

Daniel Toscan du Plantier était pendant plus de trente ans une figure incontournable de la scène culturelle française. Homme de cinéma, de musique, et de lettres, il s’est affairé dans de nombreux domaines pour contribuer à sa façon au maintien de la diversité de l’offre artistique. Sept ans après sa mort d’une crise cardiaque, son ancienne assistante Isabelle Partiot-Pieri dresse le portrait intimiste de cet homme-orchestre à travers ses propres paroles, recueillies au fil de ses interventions à la télévision.

La critique

Par Tootpadu 11/11/2010

Nous sommes probablement arrivés trop tard en France pour percevoir de Daniel Toscan du Plantier autre chose que l’omniprésence médiatique de ce beau parleur toujours un peu pédant, qui vantait à qui voulait bien l’entendre les mérites du cinéma français. Il ne nous reste par conséquent comme souvenir de première main que son activité de président d’Unifrance, son initiative guère pérenne d’instaurer une catégorie du Meilleur Film européen aux Césars, et l’émoi que sa disparition soudaine pendant le festival de Berlin en 2003 avait provoqué chez l’intelligentsia et la communauté du cinéma françaises. Cet aperçu très partiel et pas exempt de préjugés à l’égard de cet homme qui n’hésitait apparemment pas à se mettre en avant, nous sommes ravis de le voir corrigé par ce documentaire instructif. La réalisatrice Isabelle Partiot-Pieri n’y résiste pas complètement à la tentation de dresser une hagiographie de cet entrepreneur des médias brillant. Mais en donnant abondamment, voire exclusivement, la parole au sujet même de son documentaire, elle brosse le portrait fascinant d’un homme d’affaires à l’acuité intellectuelle exceptionnelle.
Au moins du point de vue du public, le métier de producteur a depuis toujours été celui qui invite le moins au rêve ou par défaut à l’engouement médiatique. L’image qui lui colle, de l’assembleur à vocation bêtement mercantile, plus intéressé par le retour sur investissement que par la qualité intrinsèque de l’œuvre qu’il met en chantier, assure en effet des jours tranquilles aux représentants actuels de la profession. En plus, la grande époque des quelques producteurs marquants du cinéma français récent, comme par exemple Humbert Balsan ou justement Daniel Toscan du Plantier, est définitivement derrière nous, suite à leur mort précoce. Ces géants d’une production indépendante aux pieds d’argile ont su marquer toute une époque de leur empreinte, sans pour autant laisser derrière eux une trace forcément indélébile sur laquelle de jeunes financiers idéalistes pourraient les suivre, dans un contexte économique de plus en plus précaire. Toscan s’apparente ainsi plus à une pièce de musée stimulante, qu’à un guide savamment déguisé sur comment faire perdurer l’héritage de ce diffuseur d’images et de sons hors normes qu’était Daniel Toscan du Plantier. Le choix formel de la réalisatrice de montrer tous les extraits en noir et blanc nous conforte dans notre opinion que son regard se tourne vers un passé glorieux, dont il est bien entendu primordial de préserver le souvenir, et que sa démarche offre sensiblement moins de pistes de réflexion sur les implications à long terme de l’œuvre de toute une vie, aussi polymorphe soit-il.
Toutefois, l’ouverture d’esprit et l’érudition de Daniel Toscan du Plantier suffisent amplement pour rendre ce documentaire d’une valeur intellectuelle inestimable. Tandis que la plupart des documentaires cherchent ces jours-ci à coller le plus près possible au simulacre de la réalité ou qu’ils agissent comme simple facteur d’un message engagé ou contestataire à faire passer, Toscan prend la liberté de sonder sans éclat superflu l’édifice existentiel et philosophique d’un homme à la sensibilité insoupçonnée. Dans chacune des interventions du producteur emblématique, son attitude toujours un peu précieuse et hautaine est certes présente. Mais à force de l’entendre parler, c’est le fond de son discours d’une lucidité et d’une intelligence rares qui subjugue, pendant que ses grands airs de défenseur solitaire et auto-proclamé de la diversité culturelle française passent à l’arrière-plan.
L’accomplissement principal de ce documentaire remarquable est donc de donner sans trop d’entraves formelles la parole à quelqu’un qui a toujours très bien su s’en servir, mais dont la réputation controversée tendait à supplanter les choses essentielles et d’un intérêt quasiment universel qu’il avait à dire.

Vu le 9 novembre 2010, au Club de l'Etoile

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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