Young ones
Réalisé par Jake Paltrow (2014)
| Durée | 100 minutes |
| Sortie | 06/08/2014 |
| Note | 6/10 |
Dans un futur proche, la sécheresse a fait fuir l’immense majorité de la population du cœur des Etats-Unis. Ceux qui restent, comme l’ancien fermier Ernest Holm, espèrent que le retour hypothétique de la pluie rendra à la terre sa fertilité. En attendant, Ernest occupe le poste de vendeur ambulant pour les ouvriers de la seule source de la région, dont l’eau précieuse est pourtant déviée vers l’agriculture industrielle. Quand l’âne sur lequel il transporte ses marchandises meurt, il craint de ne plus pouvoir subvenir aux besoins de ses deux enfants adolescents Jerome et Mary. L’acquisition d’un robot pourrait le tirer d’affaire. Mais Flemming Lever, l’amant secret de sa fille, voudrait lui emprunter son mulet mécanique, afin de se lancer dans la contrebande.
Les critiques
Par Noodles 23/07/2014
Lorsqu’il s’agit d’émettre des hypothèses concernant le futur proche de l'humanité, le cinéma a cet avantage de nous présenter un large éventail des possibles causes qui transformeraient notre monde en véritable dystopie. Ainsi, la disparition ou la raréfaction d’une ressource indispensable au bon fonctionnement de notre société a bien souvent été le décor de fond de nombreux films d’anticipation. Si dans la saga Mad Max par exemple, c’est la pénurie de carburant qui changeait les grandes étendues australiennes en territoires barbares et impitoyables, c’est une denrée bien plus essentielle, car vitale, qui manque aux personnages de Young Ones : l’eau.
Ce second long-métrage du réalisateur Jake Paltrow (après un premier sorti en 2007, The Good Night) s’attache donc à nous décrire la vie d’une poignée d’individus bien décidés à survivre dans cet univers aussi hostile qu’aride, où la violence est presque omniprésente. Dès la scène d’ouverture, Young Ones semble se présenter comme une sorte de néo-western rythmé par des échanges de coups de feu. Alors que le héros du film (Michael Shannon) s’y adonne sous les yeux de son fils (Kodi Smit-McPhee), bien difficile est l’existence de sa fille (Elle Fanning), contrainte d’évoluer dans ce monde profondément masculin.
Si le film s’inscrit parfaitement dans la tradition du western américain tant par ses décors que par son style de mise en scène, il ne saurait se cantonner à ce seul genre. Young Ones comporte également des aspects propres à la science-fiction, avec notamment la présence du robot Simulit Shadow, qui s’avère être un élément primordial de l’intrigue mais également presque un personnage à part entière. Malheureusement, toute la dimension futuriste de ce long-métrage se résume finalement à ce droïde, à l’exosquelette permettant au personnage de la mère handicapée de se déplacer, et à un anecdotique smartphone à la forme d’éventail. On peut ainsi reprocher à Jake Paltrow de ne pas vraiment avoir réussi à créer un univers plus travaillé et plus fourni.
Par ailleurs, Young Ones pourrait également s’approcher de la tragédie grecque tant par son scénario que par sa structure narrative caractérisée par un découpage en trois actes quelques peu inégaux. Cette démarche, si elle a bien le mérite de permettre une approche plus creusée des trois personnages masculins, nous fait pourtant oublier que le fil conducteur de l’intrigue est bien Jerome Holm, le fils. En effet, même si les deux premiers chapitres ne lui sont pas dédiés, on constate son évolution tout au long du film, souvent due aux actes commis ou subis par les deux autres protagonistes. De ce fait, Young Ones prend des allures de parcours initiatique pour ce jeune garçon qui va devoir s’adapter à la brutalité du monde qui est le sien.
Sans jamais pouvoir prétendre égaler l’univers désertique et post-apocalyptique du récent The Rover (2014) de David Michôd, Young Ones se démarque davantage par son intrigue et ses personnages, interprétés par un casting somme toute assez convaincant. Il faudra cependant s’armer de patience pour véritablement se laisser embarquer totalement.
Vu le 21 juillet 2014, au Club de l'Etoile, en VO.
Par Tootpadu 22/07/2014
Aussi insoutenables les vagues de chaleur paraissent-elles cet été, les épisodes orageux qui les ponctuent avec leurs pluies torrentielles relativisent tout de même l’impression d’une chape de plomb caniculaire. Notre mode de vie n’est guère perturbé par ce temps estival et ses retombées indirectes sur les déplacements à Paris. Mais qu’en serait-il si les températures élevées s’installaient durablement, sans l’ombre d’un rafraîchissement à l’horizon ? Ce scénario apocalyptique est le point de départ du deuxième film de Jake Paltrow, le frère cadet de Gwyneth. Ebloui par le soleil, le spectateur s’y retrouve d’emblée dans un environnement hostile, où règne à première vue sans partage la loi du plus fort et où seules la possession et la défense de l’eau comptent. Au retour à une certaine barbarie correspond alors le sang-froid avec lequel le personnage principal par défaut abat les intrus, venus voler la ressource vitale.
Or, le contexte dans lequel évoluent les personnages de Young ones n’est finalement pas aussi rude et manichéen qu’il ne semble de prime abord. Leur existence subit certes de plein fouet les conséquences d’un changement climatique néfaste. Mais en même temps, le progrès de la technologie leur réserve de rares privilèges pas entièrement dépourvus d’intérêt. Ainsi, la famille Holm ne subsiste que grâce à des machines, desquelles elle dépend plus par nécessité que par choix. Que ce soit la mère suspendue à des câbles en guise de colonne vertébrale ou les repas difformes qui servent de nourriture de substitution, le rapport entre l’homme et sa création mécanique s’y conjugue sur le ton d’une ambiguïté saisissante. Bien que cette vie en sursis dépende essentiellement de l’eau en tant que carburant exclusif, au propre comme au figuré, la suprématie des robots déshumanisés va en croissant. Elle n’est peut-être jamais plus flagrante que lors du passage régulier des avions dans le ciel, qui survolent sans état d’âme et dans une altitude qui accentue encore le sentiment d’exclusion un terrain quasiment laissé à l’abandon.
D’un point de vue narratif, le film adopte une structure en trois chapitres pas tout à fait concluante. Le changement cyclique de ton et de perspective mène le récit du côté d’une incertitude morale que la mise en scène cherche à exprimer par des ellipses et des effets de montage parfois maladroits. Le double jeu des trois hommes dans l’histoire, tous sensiblement moins exemplaires qu’on ne pourrait le croire, aurait sans doute bénéficié d’un accent plus fort mis sur le rôle de la seule femme, qui fait à peine plus que de la figuration. Sauf que c’est justement sur elle, Mary, que se portent toutes les attentions, comme l’indiquent avec une certaine finesse l’expression de la crainte paternelle, l’empressement fourbe du mari et, surtout, ce regard circonspect du frère sur lequel se clôt ce film prenant, mais pas complètement abouti.
Vu le 21 juillet 2014, au Club de l'Etoile, en VO