D'une vie à l'autre

Réalisé par Georg Maas (2014)

Drame
D'une vie à l'autre
Durée 99 minutes
Sortie 07/05/2014
Note 6/10

Katrine Myrdal mène depuis des années une vie ordinaire en Norvège. Elle semble avoir oublié sa jeunesse mouvementée, lorsqu’elle a été enlevée à sa mère, qui avait commis la faute impardonnable d’avoir eu une liaison avec un officier allemand pendant la guerre. De même pour le supplice de son adolescence dans un orphelinat en RDA et sa fuite à l’âge adulte vers la Norvège. La chute du mur et la réunification en 1990 font remonter tous ces souvenirs enfouis à la surface. En effet, un avocat allemand mène un procès contre le gouvernement norvégien pour lui demander réparation au nom de ces enfants de guerre maltraités. Katrine hésite longuement avant d’accepter d’y participer, aussi parce qu’elle cache un secret encore plus innommable.

La critique

Par Tootpadu 14/05/2014

Le plus grand accomplissement de la Stasi, le service de renseignements de l’Allemagne de l’Est, était de faire régner un climat de suspicion et de terreur. Pendant des décennies, tout le monde aurait pu être un collaborateur informel de cette organisation, qui pervertissait une société entière grâce à son pouvoir, réel ou supposé, de s’immiscer partout. Ce film procède en quelque sorte de la même façon, en instaurant très tôt le doute, tout en dévoilant avec parcimonie par la suite les différents éléments de l’intrigue. Notre introduction auprès du personnage principal a d’ailleurs tout d’un film d’espionnage classique : l’arrivée dans un aéroport étranger au moment de bouleversements politiques majeurs, le changement d’apparence rapide dans les toilettes publiques, apparemment si parlant, en tant que métaphore, pour la duplicité de Katrine qu’il doit être montré deux fois, et ainsi de suite. Or, même si l’implication réelle de cette mère de famille en apparence inoffensive devient claire longtemps avant qu’elle ne passe aux aveux complets, c’est surtout son cheminement psychologique qui intrigue, au fil d’un récit qui fait tout pour exacerber son dilemme moral.

L’exploit majeur de D’une vie à l’autre est de nous faire prendre parti, presque malgré nous, pour un personnage a priori antipathique, ou en tout cas plus dépendant du mensonge pour assurer sa survie que d’une gestion saine de l’existence. Tiraillée entre son instinct de mère poule, qui se manifeste par exemple à travers les quatre générations de la famille réunies sous le même toit, et la panique qui s’empare d’elle quand elle est contactée par le jeune avocat idéaliste, qui joue pourtant pour elle le rôle d’un rappel à l’ordre du passé aux conséquences néfastes, cette femme cherche par tous les moyens de reprendre le contrôle sur sa vie. Tandis que sa propre fille, elle aussi écartelée entre ses études de droit et la responsabilité d’élever seule son enfant, peut encore bénéficier du luxe de la jeunesse, c’est-à-dire de lâcher prise comme le lui conseille son père et de voir ce qui peut bien lui arriver, l’étau qui se resserre autour de Katrine ne lui laisse guère de choix.

Ce ne sont pas tout à fait des dispositifs de manipulation que la narration emploie pour agencer l’intrigue. Mais le va-et-vient entre le passé et le présent, tous deux marqués par une esthétique artificielle de l’image qui ne convient peut-être pas à un destin certes basé sur le faire-semblant, mais justement en quête d’un peu de tranquillité et de normalité, a tendance à rendre plus complexe l’histoire qu’elle n’aurait dû l’être. Bien que l’étendue de la corruption morale de cette espionne dormante ne devienne explicite qu’à la fin du film, il n’y a pas vraiment de suspense quant au double jeu qu’elle mène depuis longtemps auprès de sa famille. La mise en scène de Georg Maas nous paraît par conséquent un brin trop tributaire de la structure sous forme de puzzle du scénario, alors qu’une approche plus austère de cette affaire aurait sans doute rendu le film encore plus poignant.

 

Vu le 13 mai 2014, au Louxor, Salle 1, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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