Black coal

Réalisé par Diao Yi Nan (2014)

Policier
Black coal
Durée 109 minutes
Sortie 11/06/2014
Note 7/10

En 1999, des morceaux d’un cadavre sont retrouvés aux quatre coins de la Mandchourie. L’inspecteur Zhang mène l’enquête de ce meurtre mystérieux de l’employé d’une carrière minière. Blessé lors de l’interpellation des principaux suspects, il finit par quitter les services de police. Cinq ans plus tard, Zhang aide ses anciens collègues à résoudre une nouvelle série de meurtres, elle aussi liée à la veuve de la victime d’antan, qui travaille dans un pressing.

La critique

Par Tootpadu 30/04/2014

L’équilibre entre l’esthétique et la narration est quasiment parfait dans le troisième film du réalisateur Diao Yi Nan, récompensé de l’Ours d’or au dernier festival de Berlin. Les trouvailles visuelles y sont immédiatement d’une virtuosité fascinante, avant même que l’intrigue policière nous subjugue par ses ramifications successives. Black coal est l’exemple hélas trop rare d’un tour de force filmique, dont le vocabulaire formel est si finement ciselé qu’il n’a point besoin d’attirer l’attention sur lui. La même chose vaut pour l’histoire, qui fuit ostensiblement les attributions de rôles manichéens. Personne n’y est parfait, à commencer par des policiers accablés par des bavures aux conséquences plus ou moins graves. Le récit, par contre, est d’une beauté crépusculaire qui dresse le portrait plutôt réaliste de la Chine moderne.

Dans le décor urbain d’une froideur anonyme sans le moindre espoir de réconfort, la lumière artificielle joue un rôle important. Bien que les compositions de plans magistrales lui attribuent régulièrement une place de choix, elle fonctionne surtout comme le reflet brillant et superficiel d’une noirceur sans bornes. Car si les néons aux couleurs guère naturelles sont légion, c’est aussi parce que l’essentiel de l’intrigue – toutes époques confondues – se déroule l’hiver. Or, la blancheur de la neige n’opère pas vraiment comme un contrepoint chromatique aux tons sombres du charbon et de l’action souvent nocturne. Elle participe plutôt à une ambiance générale glaciale, dans laquelle les personnages ne risquent cependant à aucun moment de se figer.

En dehors de toute considération stylistique, le principal accomplissement de la mise en scène est en effet de toujours préserver une part d’ombre et de doute au sein d’une enquête policière qui aurait pu suivre plus fidèlement les conventions du genre. Les méthodes de Zhang et de ses collègues ont ainsi beau être faillibles, rien n’aurait empêché le scénario de mener à bon port cette sinistre affaire autour d’une femme fatale énigmatique. A notre plus grand bonheur, rien ne se passe comme prévu. Mieux encore, la forme morcelée du récit contribue admirablement à brouiller les pistes. Sauf que ce n’est pas tellement l’arrestation du coupable et donc une issue rassurante qui importent à Diao Yi Nan, mais le chemin semé d’embûches qui y mène.

Nous nous perdons sans la moindre résistance dans les méandres d’un film, qui excelle dans l’évocation d’un ton à l’intensité redoutable. En même temps, la narration prodigieuse ne perd jamais de vue le caractère fragile des personnages, sans pour autant s’attendrir sur leur sort. Dans ce sens, ce film policier vigoureux est à l’image de la Chine d’aujourd’hui : un pays riche en possibilités qui ne fera pourtant pas de fleur à ceux et celles qui ne sauraient pas s’adapter à son évolution fulgurante. Celle du réalisateur, depuis son dernier film déjà visuellement intriguant, est en tout cas un signe plus que prometteur pour les choses magnifiques à venir d’une cinématographie nationale encore trop peu connue en France.

 

Vu le 28 avril 2014, à la Salle Pathé Lincoln, en VO

★★★★★★★☆☆☆ 7/10

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