Mains armées

Réalisé par Pierre Jolivet (2012)

Policier
Mains armées
Durée 106 minutes
Sortie 11/07/2012
Note 4/10

Le commissaire Lucas Skali travaille à Marseille sur un trafic d’armes de guerre, volées à l’OTAN, que des truands serbes cherchent désormais à revendre à la pègre locale. Son enquête l’amène à Paris, où les suspects sont également mêlés à des histoires de drogues. Afin d’en savoir plus sur leurs agissements dans la capitale, Skali contacte Maya Dervin, une jeune flic de la brigade des stupéfiants. Les deux policiers partagent un lourd passé familial, que ni l’un, ni l’autre n’est prêt à assumer.

La critique

Par Tootpadu 14/08/2012

Les rapports familiaux sont toujours aussi tortueux chez Pierre Jolivet. Ce qui commence comme une histoire de ripoux, au rythme narratif fâcheusement éparpillé, se mue en effet rapidement en un mélodrame de liens de parenté mal vécus. L’agitation policière passe ainsi à l’arrière-plan, au profit de l’examen approximatif et peu concluant de la relation conflictuelle entre deux bosseurs invétérés, qui ont mis leur vie privée entre parenthèses, peut-être justement parce qu’ils savent qu’ils n’en tireront aucune satisfaction. Le spectateur ne jouit hélas pas du même privilège, puisque le versant policier de l’intrigue de Mains armées, guère plus consistant que les jérémiades de filiation, ne suscite pas la même intensité que d’autres films français du genre sortis récemment.
La présence de Roschdy Zem, dans un rôle aussi taciturne et énigmatique que celui qu’il interprétait magistralement il y a six mois dans Une nuit, invite à une comparaison que le film de Philippe Lefebvre remporte haut la main. Tandis que le commandant de la mondaine trimbalait avec lui le bagage d’un homme entièrement désabusé, le commissaire Skali cultive encore un idéalisme assez vague à l’égard de son travail au sein du marasme opaque de la fonction publique. Cela ne l’empêche pas de faire constamment grise mine et de mener son équipe sans un sens aigu de l’autorité. La véritable pourriture dans ce triangle de trafic d’influences est le supérieur de Maya, auquel Marc Lavoine donne un semblant de vie avec son flegme habituel, qui nous laisse toujours aussi indifférents. De toute façon, la dynamique narrative de ce film-ci ne peut nullement se mesurer à la tension glauque de l’autre, tant les clichés y sont agencés sans la moindre ingéniosité, avec en points d’orgue un énième cas de népotisme douteux qui permet au fils du réalisateur de jouer aux martyrs et un coup de gueule hystérique de Leila Bekhti, qui nous fait amèrement regretter que cette jeune actrice prometteuse ne choisit pas des rôles plus nuancés.
En somme, le polar français devrait se faire des soucis, s’il ne pouvait compter que sur des films aussi mal exécutés que celui-ci. Heureusement, d’autres réalisateurs savent tirer leur épingle du jeu du grand banditisme colonisé par des mafieux venus d’ailleurs, sans courir le risque de tomber dans un ton aussi réducteur, voire xénophobe envers les Serbes, que ce récit tendancieux et bâclé !

Vu le 13 août 2012, au Publicis Cinémas, Salle 1

★★★★☆☆☆☆☆☆ 4/10

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