Crème de la crème (La)
Réalisé par Kim Chapiron (2014)
| Durée | 90 minutes |
| Sortie | 02/04/2014 |
| Note | 7/10 |
Dan, Kelliah et Louis sont trois étudiants d'une des meilleures écoles de commerce de France. Ils sont formés pour devenir l’élite de demain et sont bien décidés à passer rapidement de la théorie à la pratique. Alors que les lois du marché semblent s’appliquer jusqu’aux relations entre garçons et filles, ils vont transformer leur campus en lieu d’étude et d’expérimentation.La crème de la crème de la jeunesse française s'amuse et profite pleinement de ses privilèges : tout se vend car tout s’achète… mais dans quelle limite ?
La critique
Par Mulder 19/04/2014
Le troisième de Kim Chapiron La crème de la crème (après Sheitan (2005) et Dog Pound (2010) montre que ce jeune et talentueux réalisateur n’a rien perdu de son style développé à travers plusieurs courts-métrages. Après avoir créé le groupe Kourtrajmé avec le réalisateur Romain Gavras, il révéla avec le film choc Sheitan qu’il était un réalisateur audacieux et talentueux. Ce troisième film qu’il a co-écrit avec Noé Débré nous montre l’envers du décor d’une école de commerce dans laquelle trois étudiants vont monter un véritable réseau de prostitution.
Le réalisateur aidé par un scénario maîtrisé évite l’écueil d’un film trop racoleur pour nous dresser le portrait d’une jeunesse aisée mais sans réel repères moraux. Son film tente même à prouver que cette future élite préfère de loin se créer un réseau de contacts et profiter des nombreuses soirées étudiantes pour se divertir. Cette approche nous rappelle ainsi le film culte Risky Business d Paul Brickman (1983) qui révéla Tom Cruise et imposa une scène mémorable dans laquelle cet acteur dansait sur la musique de Old Time Rock'n Roll du groupe Bob Seger & Silver Bullet Band. La crème de la crème est un film qui ose montrer les revers de ces grandes écoles trop lisses dans lesquelles l’argent semble être une des portes d’entrée à un monde dans lequel les apparences sont souvent trompeuses.
Certes le casting n’est pas parfait et les trois personnages principaux campés par trois nouveaux comédiens Thomas Blumenthal (Dan) , Jean-Baptiste Lafarge (Louis), Karim Ait M'Hand (Jaffar) n’arrivent pas totalement à nous convaincre. Le film réussit cependant à nous faire (re)découvrir une jeune comédienne qui remporte totalement notre adhésion : Alice Isaaz. Cette jeune comédienne confirme tout le talent que l’on a pu déceler à travers ses seconds rôles dans les films Fiston (2014) et Les Yeux jaunes des crocodiles (2014). Par un curieux hasard des choses, ces trois films sont sortis pratiquement dans moins d’un mois d’intervalle. Son personnage de Kelly aussi fragile par certaines facettes que fort par d’autres, montre qu’elle fait partie de cette nouvelle génération de comédiens à suivre de près.
Loin d’être une simple comédie dramatique, ce film au contraire nous amène à nous reposer les sempiternelles questions sur une génération difficile qui essaye malgré ce marasme économique à trouver sa place. Après l’incontournable La Vie d'Adèle d'Abdellatif Kechiche, Kim Chapiron s’impose comme un réalisateur complexe et totalement en phase avec son public. Son troisième film le plus abouti à ce jour est une comédie réellement intéressante, profondément humaine et tout simplement à découvrir d’urgence. Par sa forme de campus movie, genre américain par excellence, c’est plutôt une vision amère de notre société que le réalisateur nous montre. Un monde certes corrompu mais dans lequel l’amour peut naître et grandir de la même manière qu’une végétation en plein désert. Certes la fin du film est discutable et trop facile mais cela ne gâche en rien notre plaisir
Vu le 15 avril 2014 au Gaumont Champs-Elysées Ambassade, Salle 07, en VO