Maison de la 92ème rue (La)
Réalisé par Henry Hathaway (1946)
| Durée | 88 minutes |
| Sortie | 16/10/1946 |
| Note | 5/10 |
Avant même que la guerre n’éclate, le FBI surveille déjà de près les activités des agents ennemis sur le sol américain. C’est surtout la découverte d’un message par rapport au processus 97, la conception ultra-secrète de la première bombe atomique, qui alerte les agents fédéraux. Sous la direction de l’agent Briggs, le jeune William Dietrich est infiltré dans l’organisation nazie. Après avoir suivi une formation de saboteur à Hambourg, il revient aux Etats-Unis. Il devient l’agent de liaison du réseau de New York, qui opère depuis l’arrière-boutique d’un magasin de mode dans la 92ème rue. Sa mission : identifier à tout prix M. Christophe, qui dirige les opérations des agents allemands.
La critique
Par Tootpadu 11/02/2014
La mauvaise habitude des services secrets américains de fouiner partout ne date pas de l’affaire actuelle de la National Security Agency. Cette volonté maladive de vouloir tout savoir sur tout le monde a une longue tradition, comme le montre ce film de l’immédiat après-guerre. Il s’agit essentiellement d’un film de propagande à la gloire du FBI, cette agence fédérale si performante et secrète que l’on ne peut évoquer son travail remarquable qu’une fois que les bombes atomiques américaines ont été larguées. Sur le même mode que La Brigade du suicide de Anthony Mann, La Maison de la 92ème rue fait office d’exemple édifiant sur la suprématie des services secrets américains. Pareil lavage de cerveau se pratique certes encore de nos jours, mais sous une forme infiniment plus divertissante comme par exemple dans l’univers de Mission : impossible ou Jason Bourne.
Ici, nous sommes soumis d’entrée de jeu à une dizaine de minutes d’explications lénifiantes en voix off, un dispositif peu élégant qui ne nous étonne guère de la part d’un réalisateur comme Henry Hathaway, qui ne nous a point enthousiasmés jusqu’à présent par le maniement de l’aspect visuel de l’outil cinématographique. L’intrigue en elle-même est à peine plus haletante, puisque le besoin impératif de tout ramener au fonctionnement prodigieux du FBI baisse sensiblement la tension dramatique. Le point de vue est en effet si partial dans ce film, qu’aucun suspense ne vient intensifier le récit acquis sans équivoque à la cause des bons et valeureux agents américains, qui savaient d’ores et déjà enquêter avec une telle précision dans l’ère pré-informatique que leurs capacités de nos jours doivent être sans limite technique.
Que leurs agissements dans l’ombre posent aussi des questions morales, personne ne s’en émeut dans un contexte idéologique qui fait figure de dernière réplique des vieux antagonismes de la guerre, avant le basculement dans le manichéisme de la Guerre froide. En tant que série B tout juste serviable, le film n’ose même pas esquisser un rapprochement entre ces deux courants majeurs de la propagande américaine du milieu du siècle dernier. Il finit ainsi presque comme il a commencé : sur la plaque immuable à l’entrée du siège du FBI, en guise de valeur rassurante de cette institution phare, qui fait en sorte que tout Américain qui n’a rien à se reprocher peut dormir tranquillement la nuit. Pour nous, ce sont plutôt des films de ce genre, sans la moindre ambiguïté et formellement trop sages, qui risquent de nous faire somnoler.
Vu le 10 février 2014, à la Cinémathèque Française, Salle Georges Franju, en VO