Lunchbox (The)

Réalisé par Ritesh Batra (2013)

Comédie
Lunchbox (The)
Durée 105 minutes
Sortie 11/12/2013
Note 7/10

L’heure de la retraite approche pour le veuf Saajan Fernandes, qui travaille en tant que comptable au service des réclamations d’une entreprise à Bombay. Comme des milliers d’autres employés, il se fait livrer son repas de midi sur son lieu de travail. Un jour, il reçoit par accident la lunchbox de Rajeev, dont la femme délaissée, Ila, s’efforce de cuisiner les plats les plus savoureux pour raviver son couple. Tandis que Saajan croit d’abord que le restaurant auprès duquel il a passé commande ait amélioré son menu, Ila se rend rapidement compte de l’erreur. Elle cherche alors à savoir qui est cet inconnu, qui ne laisse aucune miette dans la lunchbox qui lui revient chaque soir, en y glissant des lettres.

La critique

Par Tootpadu 14/12/2013

La vie quotidienne dans les mégapoles indiennes est à la fois bruyante et confuse. L’exploit de ce premier film est par conséquent d’autant plus appréciable, puisqu’il sait préserver une simplicité désarmante, même quand le ton devient plus sérieux. La frivolité de la prémisse, aussi pure qu’ingénieuse, glisse en effet vers une concrétisation plus grave des choses, une fois que le stade de l’échange mi-épistolaire, mi-culinaire est dépassé, au profit d’une volonté plus ferme de mettre un visage sur le nom et les propos du partenaire mystérieux. The Lunchbox n’est pas seulement une curiosité de la production indienne, plus connue pour ses épopées musicales qui semblent avoir l’obligation contractuelle, ou plutôt culturelle, de durer au moins trois heures. C’est également un bijou cinématographique, qui nous enchante de plus en plus, au fur et à mesure que le pittoresque de la situation de départ se mue en un conte humain à la sobriété irréprochable.

Le désespoir sourd des deux personnages principaux ne s’y fraye jamais un chemin pour éclater au grand jour. Il végète plutôt dans un état de résignation, qui n’est perturbé que par le plus étonnant des hasards. A première vue, le transport des gamelles dans plusieurs moyens de locomotion, depuis la cuisine jusqu’à la cantine, paraît chaotique. L’absence d’adresse ou de signe distinctif sur les boîtes doit forcément prédestiner ce système archaïque à l’échec, en tout cas depuis le point de vue ergoteur et cartésien de l’observateur occidental. Il n’en est bien sûr rien. Mais la narration d’une délicatesse inouïe de Ritesh Batra ne s’enorgueillit à aucun moment des acquis de cette civilisation exotique, que l’on ne découvre point comme un touriste, mais en tant que partie prenante dans cette histoire à la modestie profondément touchante.

En effet, après le choc initial de l’élément perturbateur, la densité dramatique du récit repose entièrement sur les tentatives de moins en moins fructueuses de Saajan et d’Ila de maintenir le statu quo social et moral. Ni l’un, ni l’autre ne rêvent de s’affranchir de leur condition guère exceptionnelle, de salarié fiable mais solitaire d’un côté, et d’épouse dévouée mais sans emprise sur les vestiges de sa vie familiale de l’autre. Ce ne sont nullement des individus impétueux, qui apporteraient un changement radical par la simple force de leur action. Leur progression se fait davantage par petits pas, c’est-à-dire par de brefs moments de liberté arrachés à la routine quotidienne. Le rêve illusoire de commencer éventuellement ensemble une nouvelle vie ailleurs, dans le pays d’une quiétude utopique qu’est pour eux le Bhoutan, ne leur donne pas tant des ailes, qu’il leur permet d’accepter leur train-train quotidien dépourvu de noblesse.

Or, c’est précisément la timidité des sentiments, qui se manifestent en alternance par des prises de conscience pas forcément encourageantes ou par une indifférence croissante envers le maintien d’une apparence de respectabilité, qui nous les rend si accessibles et si doucement euphorisants. Cet équilibre quasiment parfait entre l’affection volontairement réprimée et la persévérance dans une relation à distance, qui ne devrait pas avoir de raison d’être, se prolonge par le biais de l’entourage des deux personnages centraux. Ce que la tatie du dessus est pour Ila, à savoir un soutien moral invisible qui lui sert néanmoins de repère pour ne pas complètement perdre pied dans cette double vie imaginée, son successeur potentiel l’est pour Saajan. Ces rapports secondaires-là contiennent aussi leur lot de frustration, puisqu’ils tendent essentiellement la glace aux protagonistes sur ce qu’ils étaient autrefois, un jeune marié plein d’idéaux et d’ambitions pour lui, ou ce qu’ils risquent de devenir un jour, une femme au foyer encore plus effacée pour rendre service à son mari pour elle. En même temps, ils apportent l’ultime touche de perfection discrète à un film, qui ne dispose peut-être pas de l’ironie espiègle de Rendez-vous de Ernst Lubitsch, mais qui conte une histoire semblable avec le même genre de subtilité nullement sirupeuse, qui nous va droit au cœur !

 

Vu le 13 décembre 2013, à l’UGC Ciné Cité Paris 19, Salle 1, en VO

★★★★★★★☆☆☆ 7/10

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