Vie rêvée de Walter Mitty (La)

Réalisé par Ben Stiller (2014)

Comédie Dramatique
Vie rêvée de Walter Mitty (La)
Durée 114 minutes
Sortie 01/01/2014
Note 7/10

Walter Mitty mène le genre de vie qui ne lui permet pas de remplir convenablement son profil sur un site de rencontres. Il s’y est inscrit afin d’entrer plus facilement en contact avec sa nouvelle collègue Cheryl. Il n’a été nulle part et n’a pas non plus d’aventures extraordinaires à raconter. Seuls ses rêves éveillés lui permettent de réaliser les exploits héroïques qui font cruellement défaut à son quotidien terne. Depuis de longues années, il est le responsable consciencieux du tirage des négatifs au magazine Life, qui s’apprête à mettre un terme à sa version papier. Pour la couverture du dernier numéro, le grand reporter Sean O’Connell vient d’envoyer son meilleur cliché. Au grand dam de ses supérieurs, Walter ne le trouve plus. Il devra alors partir à la recherche de Sean, quelque part en Groenland, où il a pu le localiser grâce aux précieux conseils de Cheryl.

Les critiques

Par Tootpadu 28/12/2013

Ben Stiller est un homme dans l’air du temps. Dès son premier film en tant que réalisateur il y a vingt ans, qui portait en France le titre révélateur Génération 90, il a su capter l’essence de l’époque qu’il traverse au fil d’une carrière respectable. Ni un génie du Septième art, ni un tâcheron opportuniste, il est pour nous cette bête rare d’un acteur-réalisateur capable de créer avec chaque nouveau film une œuvre « culte ». Cette dénomination, hautement dévalorisée à force d’être brandie à tout bout de champs par des esprits peu critiques dès qu’ils se sentent stimulés dans leur univers clos de la référence auto-suffisante, va pourtant comme un gant à une filmographie derrière la caméra, qui excelle dans l’observation, tout en restant convenable du côté de la création formelle et narrative. Si l’on suivait ce raisonnement jusqu’au bout, il faudrait en déduire que les films signés Ben Stiller ne valent pas mieux que les modes dont ils sont le reflet à peine déformé. Sans vouloir nous lancer dans une analyse approfondie des cinq films en question, nous pouvons néanmoins affirmer que c’est le cas pour le dernier d’entre eux.

Il existe deux grands mouvements dans La Vie rêvée de Walter Mitty : d’abord celui du rêve, suivi de près par une transposition dans la réalité de ce qui n’était jusque là qu’une masturbation intellectuelle. Chacune de ces deux parties a ses mérites, même si la transition de l’une à l’autre et le ton global du film ne nous ont pas entièrement conquis. Par les temps qui courent avec leurs épopées de super-héros comme type d’évasion principal, il est sans doute de bon usage de chercher son bonheur dans une imagination débordante, loin des nombreuses frustrations qui peuvent rendre le quotidien infernal. Ainsi, Walter Mitty a beau être le plus gris et insignifiant des rouages dans la mécanique d’un monde professionnel très compétitif, ses échappées mentales – à mi-chemin entre l’esthétique publicitaire et la débauche d’effets spéciaux avec laquelle l’industrie hollywoodienne cherche à épater le spectateur – l’autorisent à se mettre en valeur, quitte à devenir encore plus la risée de son entourage.

Tandis que la gestion de ce va-et-vient entre l’humiliation et la célébration de facultés imaginaires s’opère encore d’une façon adroite, quoique répétitive, le passage à l’acte s’avère déjà plus problématique, surtout parce qu’aucune rupture de ton notable nous donne la certitude que c’en est désormais fini avec les délires puérils. Nous ignorons si le cœur du sujet du film était censé être justement cet embrouillement de la perception. Toujours est-il que le basculement vers une perspective nettement plus volontariste, jumelée avec un folklore touristique parfois écœurant, rabaisse sensiblement l’ambiguïté du propos du film. Celui-ci en dit alors plus long sur son public potentiel – des bobos qui rêvent d’aventure tout en se conformant sagement au statu quo – que sur les capacités de son réalisateur d’évoluer vers un cinéma plus audacieux et irrévérencieux, lorsqu’il s’agit de tourner en dérision la soi-disant civilisation dans laquelle nous vivons.

 

Vu le 27 novembre 2013, au Club de l'Etoile, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

Par Mulder 27/12/2013

Le nouveau film de Ben Stiller La Vie rêvée de Walter Mitty est une adaptation d’une comédie de Norman Z. McLeod (1947) La vie secrète de Walter Mitty. C‘est aussi son cinquième film depuis 1994 (Génération 90) et celui qui suit le devenu culte Tonnerre sous les tropiques (2008). Avant d‘être adapté au cinéma, la vie secrète de Walter Mitty était une histoire racontée sous forme de nouvelles de l’auteur James Thurber.

Loin d’être une de ces comédies américaines familiales qui ont fait la gloire de Ben Stiller (Mary à tout prix, Mon beau père et moi, Même pas mal !, La nuit au musée), la force de la vie rêvée de Walter Mitty vient de ce mélange entre les rêves et la réalité du personnage principal. Ben Stiller interprète non seulement celui-ci mais également réalise, produit ce film. Le ton assez pessimiste qui en ressort en fait donc un film à part dans la filmographie d’une des plus grands acteurs comiques américains. Il est une nouvelle fois parfait dans ce rôle d’outsiders qui rêve de changer de vie et de reconnaissance0

Le film s’apparente à une fable lyrique d’un individu lambda qui rêve d’être un aventurier intrépide et un justicier invincible capable de conquérir le cœur de sa collègue du magazine Times. En adaptant de nos jours le matériel original (livre et précédent film) , le scénariste Steven Conrad (The weather man, A la recherche du bonheur) rend compte de l’atmosphère d’un grand pessimisme actuel. L’importance des rêves d’aventures du personnage principal lui permettra de sortir de sa vie routinière pour tenter le grand saut et retrouver la vingt cinquième photo d’un grand photographe Sean O’Conell interprété par l’acteur Sean Penn. Cette impression de liberté du personnage se ressent aussi par les magnifiques paysages que le directeur de la photographie Stuart Dryburgh rend parfaitement dans ce film. Le tout est sublimé par la musique du compositeur Theodore Shapiro qui trouve ici l’une de ses meilleures inspirations.

Certes certaines scènes semblent un peu hors sujet comme cette référence au film de L'Etrange histoire de Benjamin Button de David Fincher dans laquelle le personnage principal s’imagine avec sa bien-aimée et collègue sur un banc en étant un bébé vieillard (sisi). L’acteur-réalisateur n’oublie pas pour autant qu’un film doit reposer sur un casting convaincant. Il s’entoure donc de Kristen Wiig (Cheryl), Shirley MacLaine (Edna, la mère du personnage principal) mais aussi d’Adam Scott et Kathryn Hahn. Le plaisir pris par le casting à interpréter ce film se ressent complètement à l’écran.

Par rapport à son précédent film qui était une comédie survitaminée parodiant avec perfection les travers de Hollywood, ce film ressemble par son ton à l’œuvre décalée de Wes Anderson, voire par son domaine des rêves au film Brazil de Terry Gilliam. Reste qu’il possède aussi son propre langage et véhicule un message très optimiste dans lequel il faut savoir prendre des risques et vivre ses rêves et inspirations. La brillante réalisation de Ben Stiller colle parfaitement à l’ambiance de ce film. L’acteur interprète donc un homme ordinaire dont la vraie vie va devenir extraordinaire. De ce simple employé du magazine life qui connaît les dernières heures de magazine écrit pour devenir un site internet, Ben Stiller en fait un récit héroïque, romantique et où la grande aventure de la vie prend tout son sens.

Vu le 02 décembre 2013 au Publicis Cinémas, Salle 1, en VO

★★★★★★★☆☆☆ 7/10

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