Maison à la tourelle (La)
Réalisé par Eva Neymann (2013)
| Durée | 80 minutes |
| Sortie | 20/11/2013 |
| Note | 5/10 |
En plein hiver, une femme traverse avec son fils de huit ans l’Union Soviétique en 1944. Tombée gravement malade, la mère est évacuée du train et admise à l’hôpital. Son fils se trouve alors livré à lui-même, obligé de faire appel aux adultes inconnus et indifférents pour rejoindre sa mère à l’autre bout de la ville.
La critique
Par Tootpadu 07/11/2013
La photographie en noir et blanc réalise tout son potentiel poétique pendant la première moitié de ce film ukrainien. Elle participe pleinement à l’état de suspension, dans le temps et dans l’espace, dont le cinéma russe – et par effet de répercussion formelle celui de ses voisins – a le secret. Ce choix esthétique pourrait alors paraître opportuniste. Mais la réalisatrice Eva Neymann l’emploie à bon escient, sans forcer le trait du pittoresque auquel une ville délabrée sous la neige se prêterait aisément. Les contrastes appuyés, tout comme les rapports sans cesse changeants entre les zones d’ombre et de lumière, baignent le personnage principal dans l’aura glaciale de l’abandon. Ce petit garçon fait preuve d’un certain pragmatisme, mais son sort, aucunement exceptionnel dans le contexte d’un pays en guerre, nous inspire un sentiment profond de désolation.
La précarité de sa situation se heurte par intervalles réguliers à l’inertie du quotidien dans la petite ville où il a échoué avec sa mère souffrante. Partout dans cette bourgade, pleinement sous l’emprise du régime soviétique, il faut faire la file pour obtenir quoique ce soit : le ticket de bus ou de train, l’accusé d’envoi d’un télégramme, etc. Il en va de même à l’hôpital, où les infirmières presque monstrueuses font la loi, tandis que le médecin s’efforce de rassurer ses jeunes patients traumatisés. Dans un environnement si hostile et rigide, le protagoniste réussit toutefois à effectuer les tâches et à faire les courses qui devraient permettre à un moment donné la poursuite du voyage. Sauf qu’un retournement tragique, survenu aussi silencieusement que toutes les bifurcations scénaristiques de La Maison à la tourelle, le laisse définitivement seul et abandonné par tous.
C’est alors que le récit prend une direction qui nous écarte de plus en plus de l’intérêt que nous portions jusque là à l’enfant, pour un huis-clos ferroviaire guère excitant. Le retour dans l’espace confiné du train, cette fois-ci en compagnie de la famille de substitution, équivaut à un essoufflement progressif de la narration, qui s’écroule au point mort lors des derniers plans du film. Au lieu de rebondir sur ces nouvelles conditions de vie du garçon, à peine moins difficiles que les précédentes, l’intrigue se braque contre toute évolution qui le mènerait ou vers l’avilissement, ou vers la rébellion contre les adultes qui décident désormais de son avenir. Ainsi se clôt un film, qui avait commencé avec une certaine élégance, dans une vacuité du fond et de la forme, qui nous éprouve plus qu’elle nous inspire.
Vu le 7 novembre 2013, au Club Marbeuf, en VO